Author: PDM

Les chats trempent leur langue rose
Au bord des soucoupes de lait ;
Les yeux fixés sur le soufflet,
Le chien bâille en songeant, morose.

Et tandis qu’il songe et repose
Près de la flamme au chaud reflet,
Les chats trempent leur langue rose
Au bord des soucoupes de lait.

Dans le salon, seul le feu glose ;
Mère-grand dit son chapelet,
Suzanne dort sur un ourlet,
Et dans le lait, paupière close,
Les chats trempent leur langue rose.

Charles GUÉRIN (1873-1907)

Et je m’en reviens de mer,
Pauvre pêcheur,
Maintenant et à l’heure
De ce dimanche,
Ainsi soit-il.

Et je m’en reviens de l’eau
Les rames haut
Sonnant comme des heures
Au beau dimanche,
Ainsi soit-il.

La voile a coulé dans l’eau,
Mon beau bateau,
Maintenant sonne l’heure
D’un beau dimanche,
Ainsi soit-il.

Or la voile, l’aient les tailleurs,
Aussi la mer,
Alors que sonne l’heure
D’un beau dimanche,
Ainsi soit-il.

Un dimanche est dans mon coeur,
Pauvre pêcheur,
Maintenant et à l’heure
De ce dimanche,
Ainsi soit-il.

Max ELSKAMP (1862-1931)

Ton coeur est fatigué des voyages ? Tu cherches
Pour asile un toit bas et de chaume couvert,
Un verger frais baigné d’un crépuscule vert
Où du linge gonflé de vent pende à des perches ?

Alors ne va pas plus avant : Voici l’enclos.
Cette porte d’osier qui repousse des feuilles,
Ouvre-la, s’il est vrai, poète, que tu veuilles
Connaître après l’amer chemin, le doux repos.

Arrête-toi devant l’étable obscure. Ecoute.
L’agneau bêle, le boeuf mugit et l’âne brait.
Approche du cellier humide où, bruit secret,
Le laitage à travers les éclisses s’égoutte.

C’est le soir. La maison rêve ; regarde-la,
Vois le feu qu’on y fait à l’heure accoutumée
Se trahir dans l’azur par une humble fumée.
Mais tu cherchais la paix de l’âme ? Entre : Elle est là.

Charles GUÉRIN (1873-1907)

Sois le bienvenu, rouge Automne,
Accours dans ton riche appareil,
Embrase le coteau vermeil
Que la vigne pare et festonne.
Père, tu rempliras la tonne
Qui nous verse le doux sommeil ;
Sois le bienvenu, rouge Automne,
Accours dans ton riche appareil.
Déjà la Nymphe qui s’étonne,
Blanche de la nuque à l’orteil,
Rit aux chants ivres de soleil
Que le gai vendangeur entonne.
Sois le bienvenu, rouge Automne.

Théodore de Banville

Death

By PDM

Death! that struck when I was most confiding
In my certain faith of joy to be –
Strike again, Time’s withered branch dividing
From the fresh root of Eternity!

Leaves, upon Time’s branch, were growing brightly,
Full of sap, and full of silver dew;
Birds beneath its shelter gathered nightly;
Daily round its flowers the wild bees flew.

Sorrow passed, and plucked the golden blossom;
Guilt stripped off the foliage in its pride;
But, within its parent’s kindly bosom,
Flowed for ever Life’s restoring-tide.

Little mourned I for the parted gladness,
For the vacant nest and silent song –
Hope was there, and laughed me out of sadness;
Whispering, ” Winter will not linger long!”

And, behold! with tenfold increase blessing,
Spring adorned the beauty-burdened spray;
Wind and rain and fervent heat, caressing,
Lavished glory on that second May!

High it rose – no winged grief could sweep it;
Sin was scared to distance with its shine;
Love, and its own life, had power to keep it
From all wrong – from every blight but thine!

Cruel Death! The young leaves droop and languish;
Evening’s gentle air may still restore –
No! the morning sunshine mocks my anguish –
Time, for me, must never blossom more!

Strike it down, that other boughs may flourish
Where that perished sapling used to be;
Thus, at least, its mouldering corpse will nourish
That from which it sprung – Eternity.

 by Emily Bronte

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R.I.P. “G” – 22.05.2017

Depuis que je suis né,
Ma plus belle saison
Est celle où mes parents
Dans une même pensée
Me montraient les chemins
Menant à tous les cœurs.

Depuis ma prime jeunesse,
Mon plus beau rêve
Est celui dans lequel
J’ai vu les pays du monde
Se donner la main
Pour chanter à l’unisson
La chanson de la vie.

Depuis que je suis homme,
Mon plus beau voyage
Est celui qui m’a conduit
Jusqu’à toi, mon Amour.

Kouam Tawa

Kouam Tawa est auteur dramatique, poète et metteur en scène. Il réside au Cameroun et se consacre à la littérature, au théâtre et à l’animation des ateliers d’écriture.

Ma sœur
ranime
le feu
sous cette
nue brumeuse.

Mon oreille pâtit
à voir
mon front
timbré
d’une étoile indécise.

Que sais-tu
de ta source ?

L’étendard
cruenté
étale
sa toile de titan.

Son visage
est feu
sang et larmes.

Aïe ! mes jours
s’ouvrent les veines.

Fusillez-moi
j’ai soif d’une vie pleine.

Kouam Tawa

Kouam Tawa est auteur dramatique, poète et metteur en scène. Il réside au Cameroun et se consacre à la littérature, au théâtre et à l’animation des ateliers d’écriture.

Vous qui sur mon front, toute en larmes,
Pressez vos yeux pour ne plus voir
Les feuilles du berceau de charmes
Sur le sable humide pleuvoir,

Dans le brouillard funèbre où glissent
Ces ombres des jours révolus,
Pauvre enfant dont les cils frémissent,
Vous qui pleurez, ne pleurez plus.

Car bientôt, dans les avenues,
Décembre transparent et bleu
Etendra sur les branches nues
Ses belles nuits d’astres en feu,

Et, perçant les voûtes profondes
Qui les séparaient de l’azur,
Nos coeurs approcheront les mondes
Etincelants de l’amour pur.

Ô tendre femme que l’automne
Glace et brise comme les fleurs,
Vers ces bois demain sans couronne
Levez des yeux libres de pleurs

Chaque feuille morte qui tombe
Nous découvre un peu plus de ciel ;
Quand l’amour descend vers sa tombe,
On voit mieux le jour éternel.

Charles GUÉRIN (1873-1907)

Photo: PDM

Il faudra bien t’y faire à cette solitude,
Pauvre coeur insensé, tout prêt à se rouvrir,
Qui sait si mal aimer et sait si bien souffrir.
Il faudra bien t’y faire ; et sois sûr que l’étude,

La veille et le travail ne pourront te guérir.
Tu vas, pendant longtemps, faire un métier bien rude,
Toi, pauvre enfant gâté, qui n’as pas l’habitude
D’attendre vainement et sans rien voir venir.

Et pourtant, ô mon coeur, quand tu l’auras perdue,
Si tu vas quelque part attendre sa venue,
Sur la plage déserte en vain tu l’attendras.

Car c’est toi qu’elle fuit de contrée en contrée,
Cherchant sur cette terre une tombe ignorée,
Dans quelque triste lieu qu’on ne te dira pas.

Alfred de Musset

J’avais toujours rêvé le bonheur en ménage,
Comme un port où le cœur, trop longtemps agité,
Vient trouver, à la fin d’un long pèlerinage,
Un dernier jour de calme et de sérénité.

Une femme modeste, à peu près de mon âge
Et deux petits enfants jouant à son côté ;
Un cercle peu nombreux d’amis du voisinage,
Et de joyeux propos dans les beaux soirs d’été.

J’abandonnais l’amour à la jeunesse ardente
Je voulais une amie, une âme confidente,
Où cacher mes chagrins, qu’elle seule aurait lus ;

Le ciel m’a donné plus que je n’osais prétendre ;
L’amitié, par le temps, a pris un nom plus tendre,
Et l’amour arriva qu’on ne l’attendait plus.

Félix Arvers, Mes heures perdues

(1806 – 1850)

Félix Arvers portrait

Tu as redessiné ma vie
Aux couleurs de ton arc en ciel…

Rouge, tes lèvres purpurines,
Ton sourire qui m’émerveille ;
Orange, au couchant, ton soleil
Dans la douce brise marine ;
Jaune d’or, l’éclat de tes yeux
Que tes rêves secrets mordorent ;
Verte, la mousse où tu t’endors
Dans le sous-bois privé des dieux ;
Bleus, l’océan de tes désirs
Et la puissance de ses lames ;
Et violette l’ultime flamme
Des feux-follets de mon plaisir..

( 17 décembre 2006 )

Arnaud Somveille

Je suis la confidente et la compagne douce
Qui jamais ne refuse et jamais ne repousse;
Mon amour est un lac calme et silencieux,
Discret comme les bois et pur comme les cieux,
Dont les bords sont remplis de parfums, dont les ondes
Bercent des baisers bleus et des caresses blondes.
Oh! viens, poète aimé, te baigner dans mes eaux;
La brise chante et change en flûtes les roseaux,
Et répand sur mon sein les pétales des roses.
Je t’apporte l’oubli des minutes moroses;
Je suis l’apaisement qui s’offre aux désespoirs.
Autour de mes bras blancs roule tes cheveux noirs,
O mon poète! A l’heure où chacun te repousse,
Viens reposer en moi, car je suis la plus douce!

(Maurice Olivaint 1860 – 1929)

Extrait: Poèmes de France et de Bourbon

Source: Gallica

À Madame M….

Quand la rose s’entr’ouvre, heureuse d’être belle,
De son premier regard elle enchante autour d’elle
Et le bosquet natal et les airs et le jour.
Dès l’aube elle sourit. La brise avec amour
Sur le buisson la berce, et sa jeune aile errante
Se charge en là touchant d’une odeur enivrante ;
Confiante, la fleur livre à tous son trésor.
Pour la mieux respirer en passant on s’incline ;
Nous sommes déjà loin, mais la senteur divine
Se répand sur nos pas et nous parfume encor.

Louise Ackermann, Contes et poésies (1863)