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Loin du monde

November 12, 2017 Rasel Rana 0 Comments

Entrez, mes souvenirs, ouvrez ma solitude !
Le monde m'a troublée ; elle aussi me fait peur.
Que d'orages encore et que d'inquiétude
Avant que son silence assoupisse mon coeur !

Je suis comme l'enfant qui cherche après sa mère,
Qui crie, et qui s'arrête effrayé de sa voix.
J'ai de plus que l'enfant une mémoire amère :
Dans son premier chagrin, lui, n'a pas d'autrefois.

Entrez, mes souvenirs, quand vous seriez en larmes,
Car vous êtes mon père, et ma mère, et mes cieux !
Vos tristesses jamais ne reviennent sans charmes ;
Je vous souris toujours en essuyant mes yeux.

Revenez ! Vous aussi, rendez-moi vos sourires,
Vos longs soleils, votre ombre, et vos vertes fraîcheurs,
Où les anges riaient dans nos vierges délires,
Où nos fronts s'allumaient sous de chastes rougeurs.

Dans vos flots ramenés quand mon coeur se replonge,
Ô mes amours d'enfance ! ô mes jeunes amours !
Je vous revois couler comme l'eau dans un songe,
Ô vous, dont les miroirs se ressemblent toujours !

Marceline DESBORDES-VALMORE (1786-1859)

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Requiem d'automne

November 05, 2017 Rasel Rana 1 Comments

Tout ce que le monde m'offre ici-bas
pour me consoler me pèse.
Imitation de Jésus-Christ.

L'automne fait gronder ses grandes orgues grises
Et célèbre le deuil des soleils révolus,
L'avare automne entasse aux rebords des talus
Les vols de feuilles d'or que flagelle la bise.

Stérile et glacial reliquaire où s'effrite
Ce qui ne peut pas être avec ce qui n'est plus,
L'âme s'entrouvre, et son fragile cristal nu
Vibre et s'étoile au bruit des branches qui se brisent.

Le dôme clair de la forêt tremble sans trêve,
Tandis que, prompt et froid et sifflant comme un glaive,
Le vent aigu du Doute effeuille tes croyances.

Que ce soit donc l'automne enfin de ta jeunesse,
Ô toi qui vas, au temps où les roses renaissent,
Ramasser d'âcres fruits sous l'arbre de Science.

Charles GUÉRIN (1873-1907)

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Je l'appelle Jerry

November 02, 2017 Rasel Rana 0 Comments

J’ignore pourquoi j’ai sympathisé avec lui
Il ne ressemble pas à ce que l’on retrouve
dans les dessins animés gris de l’enfance.
Les rayons de la lune lampadaire
lui éclaira comme une idole noir et doré.
Peut-être c’était ces yeux vert-marbrés
qui me sondaient à travers son abyme.

Il ne ressemblait à aucun d’autre.
Ne m’a jamais lancé d’autre regard qu’à l’arrêt de bus.
Il était déjà assis sur le banc métallique
les yeux perdus sans me voir
et comme j’approchais il n’eut aucune réaction.
Juste une comme un questionnement.
Vous attendez vous aussi ?

Sans réponse de ma part
Il me frôla et vint tomber sur mes pieds
En faisant tinter la clochette de collier.
Un éclair vert
qui disparut aussitôt
au coin de la rue.
Eclair dans la nuit ténébreuse.

Le bus arriva.
Une fois embarqué,
j’ai guetté en vain les yeux verts…
Je lui ai fait néanmoins
un signe en espérant
qu’il attrape mes adieux.
Bonne nuit Jerry !

Pontif


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Pourquoi ?

November 01, 2017 Rasel Rana 0 Comments

Quand vous suiviez ma trace,
J'allais avoir quinze ans,
Puis la fleur, puis la grâce,
Puis le feu du printemps.

J'étais blonde et pliante
Comme l'épi mouvant,
Et surtout moins savante
Que le plus jeune enfant.

J'avais ma douce mère,
Me guidant au chemin,
Attentive et sévère
Quand vous cherchiez ma main.

C'est beau la jeune fille
Qui laisse aller son coeur
Dans son regard qui brille
Et se lève au bonheur !

Vous me vouliez pour femme,
Je le jurais tout bas.
Vous mentiez à votre âme,
Moi, je ne mentais pas.

Si la fleur virginale
D'un brûlant avenir,
Si sa plus fraîche annale
N'ont pu vous retenir,

Pourquoi chercher ma trace
Quand je n'ai plus quinze ans,
Ni la fleur, ni la grâce,
Ni le feu du printemps ?

Marceline DESBORDES-VALMORE (1786-1859)

Constant-Joseph Desbordes Marceline Desbordes-Valmore Douai détail.jpg
Von Constant-Joseph Desbordes - http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/constant-desbordes_portrait-de-marcelline-desbordes-valmore-1785-1859, Gemeinfrei, Link

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