Authors

Vous qui sur mon front, toute en larmes

December 24, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Vous qui sur mon front, toute en larmes,
Pressez vos yeux pour ne plus voir
Les feuilles du berceau de charmes
Sur le sable humide pleuvoir,

Dans le brouillard funèbre où glissent
Ces ombres des jours révolus,
Pauvre enfant dont les cils frémissent,
Vous qui pleurez, ne pleurez plus.

Car bientôt, dans les avenues,
Décembre transparent et bleu
Etendra sur les branches nues
Ses belles nuits d'astres en feu,

Et, perçant les voûtes profondes
Qui les séparaient de l'azur,
Nos coeurs approcheront les mondes
Etincelants de l'amour pur.

Ô tendre femme que l'automne
Glace et brise comme les fleurs,
Vers ces bois demain sans couronne
Levez des yeux libres de pleurs

Chaque feuille morte qui tombe
Nous découvre un peu plus de ciel ;
Quand l'amour descend vers sa tombe,
On voit mieux le jour éternel.

Charles GUÉRIN (1873-1907)

0 comments:

A George Sand (IV)

October 24, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Il faudra bien t’y faire à cette solitude,
Pauvre coeur insensé, tout prêt à se rouvrir,
Qui sait si mal aimer et sait si bien souffrir.
Il faudra bien t’y faire ; et sois sûr que l’étude,

La veille et le travail ne pourront te guérir.
Tu vas, pendant longtemps, faire un métier bien rude,
Toi, pauvre enfant gâté, qui n’as pas l’habitude
D’attendre vainement et sans rien voir venir.

Et pourtant, ô mon coeur, quand tu l’auras perdue,
Si tu vas quelque part attendre sa venue,
Sur la plage déserte en vain tu l’attendras.

Car c’est toi qu’elle fuit de contrée en contrée,
Cherchant sur cette terre une tombe ignorée,
Dans quelque triste lieu qu’on ne te dira pas.

Alfred de Musset

0 comments:

Never doubt I love

June 19, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Shakespeare quote

0 comments:

Sonnet à mon ami R…

June 06, 2016 Rasel Rana 0 Comments

J’avais toujours rêvé le bonheur en ménage,
Comme un port où le cœur, trop longtemps agité,
Vient trouver, à la fin d’un long pèlerinage,
Un dernier jour de calme et de sérénité.

Une femme modeste, à peu près de mon âge
Et deux petits enfants jouant à son côté ;
Un cercle peu nombreux d’amis du voisinage,
Et de joyeux propos dans les beaux soirs d’été.

J’abandonnais l’amour à la jeunesse ardente
Je voulais une amie, une âme confidente,
Où cacher mes chagrins, qu’elle seule aurait lus ;

Le ciel m’a donné plus que je n’osais prétendre ;
L’amitié, par le temps, a pris un nom plus tendre,
Et l’amour arriva qu’on ne l’attendait plus.

Félix Arvers, Mes heures perdues

(1806 - 1850)

Félix Arvers portrait

0 comments:

Arc-en-ciel

June 04, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Tu as redessiné ma vie
Aux couleurs de ton arc en ciel...

Rouge, tes lèvres purpurines,
Ton sourire qui m'émerveille ;
Orange, au couchant, ton soleil
Dans la douce brise marine ;
Jaune d'or, l'éclat de tes yeux
Que tes rêves secrets mordorent ;
Verte, la mousse où tu t'endors
Dans le sous-bois privé des dieux ;
Bleus, l'océan de tes désirs
Et la puissance de ses lames ;
Et violette l'ultime flamme
Des feux-follets de mon plaisir..

( 17 décembre 2006 )


Arnaud Somveille

0 comments:

La Poèsie

May 13, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Je suis la confidente et la compagne douce
Qui jamais ne refuse et jamais ne repousse;
Mon amour est un lac calme et silencieux,
Discret comme les bois et pur comme les cieux,
Dont les bords sont remplis de parfums, dont les ondes
Bercent des baisers bleus et des caresses blondes.
Oh! viens, poète aimé, te baigner dans mes eaux;
La brise chante et change en flûtes les roseaux,
Et répand sur mon sein les pétales des roses.
Je t'apporte l'oubli des minutes moroses;
Je suis l'apaisement qui s'offre aux désespoirs.
Autour de mes bras blancs roule tes cheveux noirs,
O mon poète! A l'heure où chacun te repousse,
Viens reposer en moi, car je suis la plus douce!

(Maurice Olivaint 1860 – 1929)

Extrait: Poèmes de France et de Bourbon

Source: Gallica

0 comments:

VERS

April 22, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Ecrits après une visite au Cimetière du Père-Lachaise

Je suivais, tout pensif et sombre, ces allées
Que bordent de milliers de tristes mausolées,
Rêvant l’éternité dont la tombe est le seuil ;
Je voyais la nature elle-même être en deuil :
Les feuilles des rameaux, par le froid détachées,
Voltigeaient sur le sol, jaunes et desséchées.
L’hiver venait, l’hiver et toutes ses rigueurs
Qui glacent le vieillard, les plantes et les fleurs ;
Mais la nature, quand reviendra l’hirondelle,
Au printemps renaîtra plus riante et plus belle.
Accablé par les maux et courbé par le temps,
L’homme, jamais hélas ! ne revoit son printemps.

Clovis Tisserand (1835-1898)

---
( source Gallica )

0 comments:

La rose

April 15, 2016 Rasel Rana 0 Comments

À Madame M….

Quand la rose s’entr’ouvre, heureuse d’être belle,
De son premier regard elle enchante autour d’elle
Et le bosquet natal et les airs et le jour.
Dès l’aube elle sourit. La brise avec amour
Sur le buisson la berce, et sa jeune aile errante
Se charge en là touchant d’une odeur enivrante ;
Confiante, la fleur livre à tous son trésor.
Pour la mieux respirer en passant on s’incline ;
Nous sommes déjà loin, mais la senteur divine
Se répand sur nos pas et nous parfume encor.

Louise Ackermann, Contes et poésies (1863)

0 comments:

Vous êtes calme, vous voulez un voeu discret

April 14, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Vous êtes calme, vous voulez un voeu discret,
Des secrets à mi-voix dans l'ombre et le silence,
Le coeur qui se répand plutôt qu'il ne s'élance,
Et ces timides, moins transis qu'il ne paraît.

Vous accueillez d'un geste exquis telles pensées
Qui ne marchent qu'en ordre et font le moins de bruit.
Votre main, toujours prête à la chute du fruit,
Patiente avec l'arbre et s'abstient de poussées.

Et si l'immense amour de vos commandements
Embrasse et presse tout en sa sollicitude,
Vos conseils vont dicter aux meilleurs et l'étude
Et le travail des plus humbles recueillements.

Le pécheur, s'il prétend vous connaître et vous plaire,
Ô vous qui nous aimant si fort parliez si peu,
Doit et peut, à tout temps du jour comme en tout lieu,
Bien faire obscurément son devoir et se taire,

Se taire pour le monde, un pur sénat de fous,
Se taire sur autrui, des âmes précieuses,
Car nous taire vous plaît, même aux heures pieuses,
Même à la mort, sinon devant le prêtre et vous.

Donnez-leur le silence et l'amour du mystère,
Ô Dieu glorifieur du bien fait en secret,
À ces timides moins transis qu'il ne paraît,
Et l'horreur, et le pli des choses de la terre,

Donnez-leur, ô mon Dieu, la résignation,
Toute forte douceur, l'ordre et l'intelligence,
Afin qu'au jour suprême ils gagnent l'indulgence
De l'Agneau formidable en la neuve Sion,

Afin qu'ils puissent dire : " Au moins nous sûmes croire "
Et que l'Agneau terrible, ayant tout supputé,
Leur réponde : " Venez, vous avez mérité,
Pacifiques, ma paix, et douloureux, ma gloire. "

Paul VERLAINE (1844-1896)

0 comments:

Le papillon malade

April 13, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Apologue

Las des fleurs, épuisé de ses longues amours,
Un papillon dans sa vieillesse
(Il avait du printemps goûté les plus beaux jours)
Voyait d'un oeil chagrin la tendre hardiesse
Des amants nouveau-nés, dont le rapide essor
Effleurait les boutons qu'humectait la rosée.
Soulevant un matin le débile ressort
De son aile à demi-brisée :

" Tout a changé, dit-il, tout se fane. Autrefois
L'univers n'avait point cet aspect qui m'afflige.
Oui, la nature se néglige ;
Aussi pour la chanter l'oiseau n'a plus de voix.
Les papillons passés avaient bien plus de charmes !
Toutes les fleurs tombaient sous nos brûlantes armes !
Touchés par le soleil, nos légers vêtements
Semblaient brodés de diamants !
Je ne vois plus rien sur la terre
Qui ressemble à mon beau matin !
J'ai froid. Tout, jusqu'aux fleurs, prend une teinte austère,
Et je n'ai plus de goût aux restes du festin !
Ce gazon si charmant, ce duvet des prairies,
Où mon vol fatigué descendait vers le soir,
Où Chloé, qui n'est plus, vint chanter et s'asseoir,
N'offre plus qu'un vert pâle et des couleurs flétries !
L'air me soutient à peine à travers les brouillards
Qui voilent le soleil de mes longues journées ;
Mes heures, sans amour, se changent en années :
Hélas ! Que je plains les vieillards !

" Je voudrais, cependant, que mon expérience
Servît à tous ces fils de l'air.
Sous des bosquets flétris j'ai puisé ma science,
J'ai défini la vie, enfants : c'est un éclair !
Frêles triomphateurs, vos ailes intrépides
S'arrêteront un jour avec étonnement :
Plus de larcins alors, plus de baisers avides ;
Les roses subiront un affreux changement.

" Je croyais comme vous qu'une flamme immortelle
Coulait dans les parfums créés pour me nourrir,
Qu'une fleur était toujours belle,
Et que rien ne devait mourir.
Mais le temps m'a parlé ; sa sévère éloquence
A détendu mon vol et glacé mes penchants :
Le coteau me fatigue et je me traîne aux champs ;
Enfin, je vois la mort où votre inconséquence
Poursuit la volupté. Je n'ai plus de désir,
Car on dit que l'amour est un bonheur coupable :
Hélas ! D'y succomber je ne suis plus capable,
Et je suis tout honteux d'avoir eu du plaisir. "

Près du sybarite invalide,
Un papillon naissait dans toute sa beauté :
Cette plainte l'étonne ; il rêve, il est tenté
De rentrer dans sa chrysalide.

" Quoi ! Dit-il, ce ciel pur, ce soleil généreux,
Qui me transforme et qui me fait éclore,
Mon berceau transparent qu'il chauffe et qu'il colore,
Tous ces biens me rendront coupable et malheureux !
Mais un instinct si doux m'attire dans la vie !
Un souffle si puissant m'appelle autour des fleurs !
Là-bas, ces coteaux verts, ces brillantes couleurs
Font naître tant d'espoir, tant d'amour, tant d'envie !
Oh ! Tais-toi, pauvre sage, ou pauvre ingrat, tais-toi !
Tu nous défends les fleurs encor penché sur elles.
Dors, si tu n'aimes plus ; mais les cieux sont à moi :
J'éclos pour m'envoler, et je risque mes ailes ! "

Marceline DESBORDES-VALMORE (1786-1859)

0 comments:

Amitié

April 12, 2016 Rasel Rana 0 Comments

A Mlle N***

Je connais un petit ange
Lequel n'a jamais mouillé
Sa blanche robe à la fange
Dont notre monde est souillé.

C'est lui qui donne le change
Au pauvre coeur dépouillé
Que l'amour, vautour étrange,
D'un bec cruel a fouillé.

Cet ange, qui vous ressemble,
Sous son aile nous rassemble
C'est la divine Amitié.

Son regard est doux et calme ;
Il m'offre sa chaste palme...
En voulez-vous la moitié ?

Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

0 comments:

Souvent, le front posé sur tes genoux...

April 11, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Souvent, le front posé sur tes genoux, je pleure,
Plus faible que ton coeur amoureux, faible femme,
Et ma main qui frémit en recevant tes larmes
Se dérobe aux baisers de feu dont tu l'effleures.

" Mais, dis-tu, cher petit enfant, tu m'inquiètes ;
J'ai peur obscurément de cette peine étrange :
Quel incurable rêve ignoré des amantes
L'Infini met-il donc au coeur de ces poètes ? "

Il ne faut plus parler, ma bien-aimée. Ah ! laisse...
La douceur de tes doigts à mes tempes me blesse.
Sache qu'il est ainsi d'immenses nuits d'étoiles

Où j'implore, malgré mon coeur, que tu t'éloignes,
Où ta voix, tes serments, ta bouche et ta chair nue
Ne font qu'approfondir ma détresse inconnue.

Charles GUÉRIN (1873-1907)

0 comments:

Le vent est doux comme une main de femme

April 09, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Le vent est doux comme une main de femme,
Le vent du soir qui coule dans mes doigts ;
L'oiseau bleu s'envole et voile sa voix,
Les lys royaux s'effeuillent dans mon âme ;

Au clavecin s'alanguissent les gammes,
Le soleil est triste et les coeurs sont froids ;
Le vent est doux comme une main de femme,
Le vent du soir qui coule dans mes doigts.

Je suis cet enfant que nul ne réclame,
Qu'une dame pâle aimait autrefois ;
Laissez le soleil mourir sur les toits,
Dormir la mer plus calme, lame à lame...
Le vent est doux comme une main de femme.

Charles GUÉRIN (1873-1907)

0 comments:

Soleil couchant

April 08, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l'âpre sommet que le couchant allume ;
Au loin, brillante encor par sa barre d'écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.

A mes pieds c'est la nuit, le silence. Le nid
Se tait, l'homme est rentré sous le chaume qui fume.
Seul, l'Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
A la vaste rumeur de l'Océan s'unit.

Alors, comme du fond d'un abîme, des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.

L'horizon tout entier s'enveloppe dans l'ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d'or de son rouge éventail.

José-Maria de HEREDIA (1842-1905)

0 comments:

Tant que mes yeux pourront larmes épandre

April 07, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Tant que mes yeux pourront larmes épandre
A l'heur passé avec toi regretter,
Et qu'aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
Tant que l'esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre,

Je ne souhaite encore point mourir.
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d'amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

Louise LABÉ (1524-1566)

0 comments:

In the morning when ye rise

April 06, 2016 Rasel Rana 1 Comments

In the morning when ye rise,
Wash your hands and cleanse your eyes.
Next be sure ye have a care
To disperse the water far;
For as far as that doth light,
So far keeps the evil sprite.

By Robert Herrick

1 comments:

Amitié Fidèle

April 06, 2016 Rasel Rana 0 Comments

(Sur la mort d’Iris en 1654.)
Parmi les doux transports d’une amitié fidèle,
Je voyais près d’Iris couler mes heureux jours:
Iris que j’aime encore, et que j’aimerai toujours,
Brûlait des mêmes feux dont je brûlais pour elle:
Quand, par l’ordre du ciel, une fièvre cruelle
M’enleva cet objet de mes tendres amours;
Et, de tous mes plaisirs interrompant le cours,
Me laissa de regrets une suite éternelle.
Ah! qu’un si rude coup étonna mes esprits!
Que je versais de pleurs! que je poussais de cris!
De combien de douleurs ma douleur fut suivie!
Iris, tu fus alors moins à plaindre que moi:
Et, bien qu’un triste sort t’ait fait perdre la vie,
Hélas! en te perdant j’ai perdu plus que toi.

Nicolas Boileau (1636 - 1711) Poésies

0 comments:

Ode

April 04, 2016 Rasel Rana 0 Comments

The spacious firmament on high,
With all the blue ethereal sky,
And spangled heav'ns, a shining frame,
Their great original proclaim:
Th' unwearied Sun, from day to day,
Does his Creator's power display,
And publishes to every land
The work of an Almighty Hand.

Soon as the evening shades prevail,
The Moon takes up the wondrous tale,
And nightly to the list'ning Earth
Repeats the story of her birth:
Whilst all the stars that round her burn,
And all the planets, in their turn,
Confirm the tidings as they roll,
And spread the truth from pole to pole.

What though, in solemn silence, all
Move round the dark terrestrial ball?
What though nor real voice nor sound
Amid their radiant orbs be found?
In Reason's ear they all rejoice,
And utter forth a glorious voice,
For ever singing, as they shine,
"The Hand that made us is Divine."

Joseph Addison (1 May 1672 – 17 June 1719)

Joseph Addison

0 comments:

Le rêve de la vie

April 02, 2016 Rasel Rana 0 Comments

A vingt ans, poète aux abois,
Quand revenait la saison rose,
J'allais promener sous les bois
Mon coeur morose.

A la brise jetant, hélas !
Le doux nom de quelque infidèle,
Je respirais les frais lilas
En rêvant d'elle.

Toujours friand d'illusions,
Mon coeur, que tout amour transporte,
Plus tard à d'autres visions
Ouvrit sa porte.

La gloire sylphe décevant
Si prompt à fuir à tire-d'aile,
A son tour m'a surpris souvent
A rêver d'elle.

Mais maintenant que j'ai vieilli,
Je ne crois plus à ces mensonges ;
Mon pauvre coeur plus recueilli
A d'autres songes.

Une autre vie est là pour nous,
Ouverte à toute âme fidèle:
Bien tard, hélas ! à deux genoux,
Je rêve d'elle !

Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

0 comments:

Je brûle avec mon âme et mon sang rougissant

April 02, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Je brûle avec mon âme et mon sang rougissant
Cent amoureux sonnets donnés pour mon martyre,
Si peu de mes langueurs qu’il m’est permis d’écrire
Soupirant un Hécate, et mon mal gémissant.
Pour ces justes raisons, j’ai observé les cent :
A moins de cent taureaux on ne fait cesser l’ire
De Diane en courroux, et Diane retire
Cent ans hors de l’enfer les corps sans monument.
Mais quoi ? puis-je connaître au creux de mes hosties,
A leurs boyaux fumants, à leurs rouges parties
Ou l’ire, ou la pitié de ma divinité ?
Ma vie est à sa vie, et mon âme à la sienne,
Mon coeur souffre en son coeur. La Tauroscytienne
Eût son désir de sang de mon sang contenté.

Théodore Agrippa d’Aubigné, 1552 -  1630

0 comments:

Aux montagnes divines

April 01, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Glaciers bleus, pics de marbre et d'ardoise, granits,
Moraines dont le vent, du Néthou jusqu'à Bègle,
Arrache, brûle et tord le froment et le seigle,
Cols abrupts, lacs, forêts pleines d'ombre et de nids !

Antres sourds, noirs vallons que les anciens bannis,
Plutôt que de ployer sous la servile règle,
Hantèrent avec l'ours, le loup, l'isard et l'aigle,
Précipices, torrents, gouffres, soyez bénis !

Ayant fui l'ergastule et le dur municipe,
L'esclave Geminus a dédié ce cippe
Aux Monts, gardiens sacrés de l'âpre liberté ;

Et sur ces sommets clairs où le silence vibre,
Dans l'air inviolable, immense et pur, jeté,
Je crois entendre encor le cri d'un homme libre !

José-Maria de HEREDIA (1842-1905)

0 comments:

A Gravestone

March 30, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Far from the churchyard dig his grave,
On some green mound beside the wave;
To westward, sea and sky alone,
And sunsets. Put a mossy stone,
With mortal name and date, a harp
And bunch of wild flowers, carven sharp;
Then leave it free to winds that blow,
And patient mosses creeping; slow,
And wandering wings, and footsteps rare
Of human creature pausing there.

William Allingham (19 March 1824 – 18 November 1889)

William Allingham

0 comments:

A mon ami ***

March 29, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Tu sais l’amour et son ivresse
Tu sais l’amour et ses combats ;
Tu sais une voix qui t’adresse
Ces mots d’ineffable tendresse
Qui ne se disent que tout bas.

Sur un beau sein, ta bouche errante
Enfin a pu se reposer,
Et sur une lèvre mourante
Sentir la douceur enivrante
Que recèle un premier baiser…

Maître de ces biens qu’on envie
Ton cœur est pur, tes jours sont pleins !
Esclave à tes vœux asservie,
La fortune embellit ta vie
Tu sais qu’on t’aime, et tu te plains !

Et tu te plains ! et t’exagères
Ces vagues ennuis d’un moment,
Ces chagrins, ces douleurs légères,
Et ces peines si passagères
Qu’on ne peut souffrir qu’en aimant !

Et tu pleures ! et tu regrettes
Cet épanchement amoureux !
Pourquoi ces maux que tu t’apprêtes ?
Garde ces plaintes indiscrètes
Et ces pleurs pour les malheureux !

Pour moi, de qui l’âme flétrie
N’a jamais reçu de serment,
Comme un exilé sans patrie,
Pour moi, qu’une voix attendrie
N’a jamais nommé doucement,

Personne qui daigne m’entendre,
A mon sort qui saigne s’unir,
Et m’interroge d’un air tendre,
Pourquoi je me suis fait attendre
Un jour tout entier sans venir.

Personne qui me recommande
De ne rester que peu d’instants
Hors du logis ; qui me gourmande
Lorsque je rentre et me demande
Où je suis allé si longtemps.

Jamais d’haleine caressante
Qui, la nuit, vienne m’embaumer ;
Personne dont la main pressante
Cherche la mienne, et dont je sente
Sur mon cœur les bras se fermer !

Une fois pourtant – quatre années
Auraient-elles donc effacé
Ce que ces heures fortunées
D’illusions environnées
Au fond de mon âme ont laissé ?

Oh ! c’est qu’elle était si jolie !
Soit qu’elle ouvrit ses yeux si grands,
Soit que sa paupière affaiblie
Comme un voile qui se déplie
Éteignit ses regards mourants !

- J’osai concevoir l’espérance
Que les destins moins ennemis,
Prenant pitié de ma souffrance,
Viendraient me donner l’assurance
D’un bonheur qu’ils auraient permis :

L’heure que j’avais attendue,
Le bonheur que j’avais rêvé
A fui de mon âme éperdue,
Comme une note suspendue,
Comme un sourire inachevé !

Elle ne s’est point souvenue
Du monde qui ne la vit pas ;
Rien n’a signalé sa venue,
Elle est passée, humble, inconnue,
Sans laisser trace de ses pas.

Depuis lors, triste et monotone,
Chaque jour commence et finit :
Rien ne m’émeut, rien ne m’étonne,
Comme un dernier rayon d’automne
J’aperçois mon front qui jaunit.

Et loin de tous, quand le mystère
De l’avenir s’est refermé,
Je fuis, exilé volontaire !
- Il n’est qu’un bonheur sur la terre,
Celui d’aimer et d’être aimé.

Félix Arvers, 1806 - 1850  

0 comments:

A la France

March 28, 2016 Rasel Rana 0 Comments

France ! ô belle contrée, ô terre généreuse
Que les dieux complaisants formaient pour être heureuse,
Tu ne sens point du Nord les glaçantes horreurs ;
Le Midi de ses feux t’épargne les fureurs ;
Tes arbres innocents n’ont point d’ombres mortelles ;
Ni des poisons épars dans tes herbes nouvelles
Ne trompent une main crédule ; ni tes bois
Des tigres frémissants ne redoutent la voix ;
Ni les vastes serpents ne traînent sur tes plantes
En longs cercles hideux leurs écailles sonnantes.
Les chênes, les sapins et les ormes épais
En utiles rameaux ombragent tes sommets ;
Et de Beaune et d’Aï les rives fortunées,
Et la riche Aquitaine, et les hauts Pyrénées,
Sous leurs bruyants pressoirs font couler en ruisseaux
Des vins délicieux mûris sur leurs coteaux.
La Provence odorante, et de Zéphyre aimée,
Respire sur les mers une haleine embaumée,
Au bord des flots couvrant, délicieux trésor,
L’orange et le citron de leur tunique d’or ;
Et plus loin, au penchant des collines pierreuses,
Forme la grasse olive aux liqueurs savoureuses,
Et ces réseaux légers, diaphanes habits,
Où la fraîche grenade enferme ses rubis.
Sur tes rochers touffus la chèvre se hérisse,
Tes prés enflent de lait la féconde génisse,
Et tu vois tes brebis, sur le jeune gazon,
Épaissir le tissu de leur blanche toison.
Dans les fertiles champs voisins de la Touraine,
Dans ceux où l’Océan boit l’urne de la Seine,
S’élèvent pour le frein des coursiers belliqueux.
Ajoutez cet amas de fleuves tortueux :
L’indomptable Garonne aux vagues insensées,
Le Rhône impétueux, fils des Alpes glacées,
La Seine au flot royal, la Loire dans son sein
Incertaine, et la Saône, et mille autres enfin
Qui nourrissent partout, sur tes nobles rivages,
Fleurs, moissons et vergers, et bois et pâturages,
Rampent aux pieds des murs d’opulentes cités,
Sous les arches de pierre à grand bruit emportés.

Dirai-je ces travaux, source de l’abondance,
Ces ports, où des deux mers l’active bienfaisance
Amène les tributs du rivage lointain
Que visite Phoebus le soir ou le matin ?
Dirai-je ces canaux, ces montagnes percées,
De bassins en bassins ces ondes amassées
Pour joindre au pied des monts l’une et l’autre Téthys ?
Et ces vastes chemins en tous lieux départis,
Où l’étranger, à l’aise achevant son voyage,
Pense au nom des Trudaine et bénit leur ouvrage ?

Ton peuple industrieux est né pour les combats.
Le glaive, le mousquet n’accablent point ses bras.
Il s’élance aux assauts, et son fer intrépide
Chassa l’impie Anglais, usurpateur avide.
Le ciel les fit humains, hospitaliers et bons,
Amis des doux plaisirs, des festins, des chansons ;
Mais, faibles opprimés, la tristesse inquiète
Glace ces chants joyeux sur leur bouche muette,
Pour les jeux, pour la danse appesantit leurs pas,
Renverse devant eux les tables des repas,
Flétrit de longs soucis, empreinte douloureuse,
Et leur front et leur âme. Ô France ! trop heureuse,
Si tu voyais tes biens, si tu profitais mieux
Des dons que tu reçus de la bonté des cieux !

Vois le superbe Anglais, l’Anglais dont le courage
Ne s’est soumis qu’aux lois d’un sénat libre et sage,
Qui t’épie, et, dans l’Inde éclipsant ta splendeur,
Sur tes fautes sans nombre élève sa grandeur.
Il triomphe, il t’insulte. Oh ! combien tes collines
Tressailliraient de voir réparer tes ruines,
Et pour la liberté donneraient sans regrets,
Et leur vin, et leur huile, et leurs belles forêts !
J’ai vu dans tes hameaux la plaintive misère,
La mendicité blême et la douleur amère.
Je t’ai vu dans tes biens, indigent laboureur,
D’un fisc avare et dur maudissant la rigueur,
Versant aux pieds des grands des larmes inutiles,
Tout trempé de sueurs pour toi-même infertiles,
Découragé de vivre, et plein d’un juste effroi
De mettre au jour des fils malheureux comme toi.

Tu vois sous les soldats les villes gémissantes ;
Corvée, impôts rongeurs, tributs, taxes pesantes,
Le sel, fils de la terre, ou même l’eau des mers,
Sources d’oppression et de fléaux divers ;
Vingt brigands, revêtus du nom sacré de prince,
S’unir à déchirer une triste province,
Et courir à l’envi, de son sang altérés,
Se partager entre eux ses membres déchirés.
Ô sainte Égalité ! dissipe nos ténèbres,
Renverse les verrous, les bastilles funèbres.
Le riche indifférent, dans un char promené,
De ces gouffres secrets partout environné,
Rit avec les bourreaux, s’il n’est bourreau lui-même ;
Près de ces noirs réduits de la misère extrême,
D’une maîtresse impure achète les transports,
Chante sur des tombeaux, et boit parmi des morts.

Malesherbes, Turgot, ô vous en qui la France
Vit luire, hélas ! en vain sa dernière espérance,
Ministres dont le coeur a connu la pitié,
Ministres dont le nom ne s’est point oublié ;
Ah ! si de telles mains, justement souveraines,
Toujours de cet empire avaient tenu les rênes,
L’équité clairvoyante aurait régné sur nous ;
Le faible aurait osé respirer près de vous ;
L’oppresseur, évitant d’armer d’injustes plaintes,
Sinon quelque pudeur aurait eu quelques craintes ;
Le délateur impie, opprimé par la faim,
Serait mort dans l’opprobre, et tant d’hommes enfin,
A l’insu de nos lois, à l’insu du vulgaire,
Foudroyés sous les coups d’un pouvoir arbitraire,
De cris non entendus, de funèbres sanglots,
Ne feraient point gémir les voûtes des cachots.

Non, je ne veux plus vivre en ce séjour servile ;
J’irai, j’irai bien loin me chercher un asile,
Un asile à ma vie en son paisible cours,
Une tombe à ma cendre à la fin de mes jours,
Où d’un grand au coeur dur l’opulence homicide
Du sang d’un peuple entier ne sera point avide,
Et ne me dira point, avec un rire affreux,
Qu’ils se plaignent sans cesse et qu’ils sont trop heureux ;
Où, loin des ravisseurs, la main cultivatrice
Recueillera les dons d’une terre propice ;
Où mon coeur, respirant sous un ciel étranger,
Ne verra plus des maux qu’il ne peut soulager ;
Où mes yeux, éloignés des publiques misères,
Ne verront plus partout les larmes de mes frères,
Et la pâle indigence à la mourante voix,
Et les crimes puissants qui font trembler les lois.

Toi donc, Équité sainte, ô toi, vierge adorée,
De nos tristes climats pour longtemps ignorée,
Daigne du haut des cieux goûter le libre encens
D’une lyre au coeur chaste, aux transports innocents,
Qui ne saura jamais, par des voeux mercenaires,
Flatter à prix d’argent des faveurs arbitraires,
Mais qui rendra toujours, par amour et par choix,
Un noble et pur hommage aux appuis de tes lois.
De voeux pour les humains tous ses chants retentissent ;
La vérité l’enflamme, et ses cordes frémissent
Quand l’air qui l’environne auprès d’elle a porté
Le doux nom des vertus et de la liberté.

André Chénier, Hymnes et Odes

0 comments:

Hymn to Love

March 27, 2016 Rasel Rana 0 Comments

We are thine, O Love, being in thee and made of thee,
As théou, Léove, were the déep thought
And we the speech of the thought; yea, spoken are we,
Thy fires of thought out-spoken:

But burn’d not through us thy imagining
Like fiérce méood in a séong céaught,
We were as clamour’d words a fool may fling,
Loose words, of meaning broken.

For what more like the brainless speech of a fool,—
The lives travelling dark fears,
And as a boy throws pebbles in a pool
Thrown down abysmal places?

Hazardous are the stars, yet is our birth
And our journeying time theirs;
As words of air, life makes of starry earth
Sweet soul-delighted faces;

As voices are we in the worldly wind;
The great wind of the world’s fate
Is turn’d, as air to a shapen sound, to mind
And marvellous desires.

But not in the world as voices storm-shatter’d,
Not borne down by the wind’s weight;
The rushing time rings with our splendid word
Like darkness fill’d with fires.

For Love doth use us for a sound of song,
And Love’s meaning our life wields,
Making our souls like syllables to throng
His tunes of exultation.

Down the blind speed of a fatal world we fly,
As rain blown along earth’s fields;
Yet are we god-desiring liturgy,
Sung joys of adoration;

Yea, made of chance and all a labouring strife,
We go charged with a strong flame;
For as a language Love hath seized on life
His burning heart to story.

Yea, Love, we are thine, the liturgy of thee,
Thy thought’s golden and glad name,
The mortal conscience of immortal glee,
Love’s zeal in Love’s own glory.

Lascelles Abercrombie (9 January 1881 – 27 October 1938)

 

0 comments:

Nous verrons

March 27, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Paris, 1810.

Le passé n’est rien dans la vie,
Et le présent est moins encor :
C’est à l’avenir qu’on se fie
Pour nous donner joie et trésor.
Tout mortel dans ses voeux devance
Cet avenir où nous courons ;
Le bonheur est en espérance,
On vit, en disant : Nous verrons.

Mais cet avenir plein de charmes,
Qu’est-il lorsqu’il est arrivé ?
C’est le présent qui de nos larmes
Matin et soir est abreuvé !
Aussitôt que s’ouvre la scène
Qu’avec ardeur nous désirons,
On bâille, on la regarde à peine ;
On voit, en disant : Nous verrons.

Ce vieillard penche vers la terre ;
Il touche à ses derniers instants :
Y pense-t-il ? Non ; il espère
Vivre encor soixante et dix ans.
Un docteur, fort d’expérience,
Veut lui prouver que nous mourons :
Le vieillard rit de la sentence,
Et meurt en disant : Nous verrons.

Valère et Damis n’ont qu’une âme ;
C’est le modèle des amis.
Valère en un malheur réclame
La bourse et les soins de Damis :
” Je viens à vous, ami sincère,
Ou ce soir au fond des prisons…
- Quoi ! ce soir même ? - Oui ! - Cher Valère,
Revenez demain : Nous verrons. “

Gare ! faites place aux carrosses
Où s’enfle l’orgueilleux manant
Qui jadis conduisait deux rosses
A trente sous, pour le passant.
Le peuple écrasé par la roue
Maudit l’enfant des Porcherons ;
Moi, du prince évitant la boue,
Je me range, et dis : Nous verrons.

Nous verrons est un mot magique
Qui sert dans tous les cas fâcheux :
Nous verrons, dit le politique ;
Nous verrons, dit le malheureux.
Les grands hommes de nos gazettes,
Les rois du jour, les fanfarons,
Les faux amis et les coquettes,
Tout cela vous dit : Nous verrons.

François-René de Chateaubriand, Poésies diverses

0 comments:

J'étais couché dans l'ombre au seuil de la forêt

March 26, 2016 Rasel Rana 0 Comments

J'étais couché dans l'ombre au seuil de la forêt.
Un talus du chemin désert me séparait.
J'écoutais s'écouler près de moi, bruit débile,
Une source qui sort d'une voûte d'argile.
Par ce beau jour de juin brûlant et vaporeux
L'horizon retenait des nuages heureux.
Des faucheurs répandus à travers la prairie
Abattaient ses remparts d'herbe haute et nourrie.
D'un coteau descendaient des voitures de foin.
Ailleurs encor c'était une eau bleue, et, plus loin,
La ville aux toits d'azur liquides de lumière.

Deux hommes cependant au coin de la lisière
Apparurent, avec des fagots sur le dos,
Et qui, laissant glisser à terre leurs fardeaux,
S'assirent sans me voir aux abords de ma place.
Bientôt l'un d'eux tira du fond de sa besace
Un boisseau de fer-blanc plein de fraises des bois.
Il en fit ruisseler tous les fruits à la fois
Sur de la mousse humide au creux d'une racine ;
Il le remplit ensuite à la source voisine,
Et vint, avant d'avoir bu lui-même, l'offrir
A l'autre qui semblait être las et souffrir.

Ô nature, génie éternel, ô grand Etre,
Je mets ma passion et ma gloire à connaître
Tes forêts, tes vergers, ta flore et tes moisssons,
Et l'air et les couleurs de tes quatre saisons,
Et je dois à l'amour dont ta beauté m'enivre
Mon regret de n'avoir qu'une existence à vivre ;
Mais, ô vaste univers esclave de ta fin,
Quels que soient les trésors qu'engendre dans ton sein
Une fécondité toujours diverse et neuve,
Tu n'en possèdes point peut-être qui m'émeuve
Autant que ce pauvre homme aperçu l'autre été
Quand il agit selon l'humaine charité.

Charles GUÉRIN (1873-1907)

0 comments:

The Sadness Of Things For Sappho's Sickness.

March 26, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Lilies will languish; violets look ill;
Sickly the primrose; pale the daffodil;
That gallant tulip will hang down his head,
Like to a virgin newly ravished;
Pansies will weep, and marigolds will wither,
And keep a fast and funeral together;
Sappho droop, daisies will open never,
But bid good-night, and close their lids for ever.

Robert Herrick (baptized 24 August 1591 – buried 15 October 1676

0 comments:

S'il l'avait su

March 26, 2016 Rasel Rana 0 Comments

S'il avait su quelle âme il a blessée,
Larmes du coeur, s'il avait pu vous voir,
Ah ! si ce coeur, trop plein de sa pensée,
De l'exprimer eût gardé le pouvoir,
Changer ainsi n'eût pas été possible ;
Fier de nourrir l'espoir qu'il a déçu :
A tant d'amour il eût été sensible,
S'il avait su.

S'il avait su tout ce qu'on peut attendre
D'une âme simple, ardente et sans détour,
Il eût voulu la mienne pour l'entendre,
Comme il l'inspire, il eût connu l'amour.
Mes yeux baissés recelaient cette flamme ;
Dans leur pudeur n'a-t-il rien aperçu ?
Un tel secret valait toute son âme,
S'il l'avait su.

Si j'avais su, moi-même, à quel empire
On s'abandonne en regardant ses yeux,
Sans le chercher comme l'air qu'on respire,
J'aurais porté mes jours sous d'autres cieux.
Il est trop tard pour renouer ma vie,
Ma vie était un doux espoir déçu.
Diras-tu pas, toi qui me l'as ravie,
Si j'avais su !

Marceline DESBORDES-VALMORE (1786-1859)

0 comments:

Ce soir je reprendrai mon chemin solitaire

March 25, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Ce soir je reprendrai mon chemin solitaire,
Dans les champs où la nuit traîne son manteau bleu
J'irai, respirant l'air que l'herbe en fleur embaume,
Triste et pressant le pas comme ceux qui vont seuls ;
Je verrai les hameaux s'endormir sous le chaume,
Et les amants tresser leurs doigts sous les tilleuls,
Et les femmes filer encore, et les aïeuls
Rêver dans l'ombre au son d'une tardive enclume ;
Et débouchant enfin sur les hauteurs d'où l'oeil,
Caressé par le vent nocturne, avec orgueil
Embrasse l'horizon déjà noyé de brume
Et le fleuve qui luit d'un éclat morne et froid
Et la ville et parmi ses noirs pignons le toit
Où ma lampe au moment des étoiles s'allume,
Ivre de larmes, seul, à la chute du jour,
D'un cri désespéré j'appellerai l'amour.

Charles GUÉRIN (1873-1907)

0 comments:

A Geometric Feline Study

March 24, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Smooth curves
Slim lines
Soft
But poised
A spring coiled
Compact power

Ears sharp
Alert triangles
Tents intent
On picking up
The smallest sign
Of prey to find

Sleek fur
Jet black
Or mottled tabby
Friendly, content
Or raised, defensive

Eyes,
Unique
Guarded, they survey
Then, with time,
Playful and bright

The form, whole
As one
The Cat
Complete

Jake Waller

0 comments:

Love

March 23, 2016 Rasel Rana 0 Comments

O Love! thou makest all things even
In earth or heaven;
Finding thy way through prison-bars
Up to the stars;
Or, true to the Almighty plan,
That out of dust created man,
Thou lookest in a grave,--to see
Thine immortality!

Sarah Flower Adams (22 February 1805 – 14 August 1848)

 

0 comments:

Les rêves morts

March 23, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Vois ! cette mer si calme a comme un lourd bélier
Effondré tout un jour le flanc des promontoires,
Escaladé par bonds leur fumant escalier,
Et versé sur les rocs, qui hurlent sans plier,
Le frisson écumeux des longues houles noires.
Un vent frais, aujourd'hui, palpite sur les eaux,
La beauté du soleil monte et les illumine,
Et vers l'horizon pur où nagent les vaisseaux,
De la côte azurée, un tourbillon d'oiseaux
S'échappe, en arpentant l'immensité divine.
Mais, parmi les varechs, aux pointes des îlots,
Ceux qu'a brisés l'assaut sans frein de la tourmente,
Livides et sanglants sous la lourdeur des flots,
La bouche ouverte et pleine encore de sanglots,
Dardent leurs yeux hagards à travers l'eau dormante.
Ami, ton coeur profond est tel que cette mer
Qui sur le sable fin déroule ses volutes :
Il a pleuré, rugi comme l'abîme amer,
Il s'est rué cent fois contre des rocs de fer,
Tout un long jour d'ivresse et d'effroyables luttes.
Maintenant il reflue, il s'apaise, il s'abat.
Sans peur et sans désir que l'ouragan renaisse,
Sous l'immortel soleil c'est à peine s'il bat ;
Mais génie, espérance, amour, force et jeunesse
Sont là, morts, dans l'écume et le sang du combat.

Charles-Marie LECONTE DE LISLE (1818-1894)

0 comments:

Je te donne ces vers…

March 22, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Je te donne ces vers afin que si mon nom
Aborde heureusement aux époques lointaines,
Et fait rêver un soir les cervelles humaines,
Vaisseau favorisé par un grand aquilon,

Ta mémoire, pareille aux fables incertaines,
Fatigue le lecteur ainsi qu’un tympanon,
Et par un fraternel et mystique chaînon
Reste comme pendue à mes rimes hautaines ;

Être maudit à qui, de l’abîme profond
Jusqu’au plus haut du ciel, rien, hors moi, ne réponds !
- Ô toi qui, comme une ombre à la trace éphémère,

Foules d’un pied léger et d’un regard serein
Les stupides mortels qui t’ont jugée amère,
Statue aux yeux de jais, grand ange au front d’airain !

 

Charles Baudelaire,  Les Fleurs du mal

0 comments:

The Nightingale

March 21, 2016 Rasel Rana 0 Comments

To-night retired, the queen of heaven
With young Endymion stays;
And now to Hesper it is given
Awhile to rule the vacant sky,
Till she shall to her lamp supply
A stream of brighter rays.

Propitious send thy golden ray,
Thou purest light above!
Let no false flame seduce to stray
Where gulf or steep lie hid for harm;
But lead where music's healing charm
May soothe afflicted love.

To them, by many a grateful song
In happier seasons vow'd,
These lawns, Olympia's haunts, belong:
Oft by yon silver stream we walk'd,
Or fix'd, while Philomela talk'd,
Beneath yon copses stood.

Nor seldom, where the beechen boughs
That roofless tower invade,
We came, while her enchanting Muse
The radiant moon above us held:
Till, by a clamorous owl compell'd,
She fled the solemn shade.

But hark! I hear her liquid tone!
Now Hesper guide my feet!
Down the red marl with moss o'ergrown,
Through yon wild thicket next the plain,
Whose hawthorns choke the winding lane
Which leads to her retreat.

See the green space: on either hand
Enlarged it spreads around:
See, in the midst she takes her stand,
Where one old oak his awful shade
Extends o'er half the level mead,
Enclosed in woods profound.

Hark! how through many a melting note
She now prolongs her lays:
How sweetly down the void they float!
The breeze their magic path attends;
The stars shine out; the forest bends;
The wakeful heifers graze.

Whoe'er thou art whom chance may bring
To this sequester'd spot,
If then the plaintive Siren sing,
O softly tread beneath her bower
And think of Heaven's disposing power,
Of man's uncertain lot.

O think, o'er all this mortal stage
What mournful scenes arise:
What ruin waits on kingly rage;
How often virtue dwells with woe;
How many griefs from knowledge flow;
How swiftly pleasure flies!

O sacred bird! let me at eve,
Thus wandering all alone,
Thy tender counsel oft receive,
Bear witness to thy pensive airs,
And pity Nature's common cares,
Till I forget my own.

Mark Akenside (9 November 1721 – 23 June 1770)
Mark_Akenside

0 comments:

A Wish

March 21, 2016 Rasel Rana 0 Comments

I ask not that my bed of death
From bands of greedy heirs be free;
For these besiege the latest breath
Of fortune's favoured sons, not me.

I ask not each kind soul to keep
Tearless, when of my death he hears;
Let those who will, if any, weep!
There are worse plagues on earth than tears.

I ask but that my death may find
The freedom to my life denied;
Ask but the folly of mankind,
Then, at last, to quit my side.

Spare me the whispering, crowded room,
The friends who come, and gape, and go;
The ceremonious air of gloom -
All which makes death a hideous show!

Nor bring, to see me cease to live,
Some doctor full of phrase and fame,
To shake his sapient head and give
The ill he cannot cure a name.

Nor fetch, to take the accustomed toll
Of the poor sinner bound for death,
His brother doctor of the soul,
To canvass with official breath

The future and its viewless things -
That undiscovered mystery
Which one who feels death's winnowing wings
Must need read clearer, sure, than he!

Bring none of these; but let me be,
While all around in silence lies,
Moved to the window near, and see
Once more before my dying eyes

Bathed in the sacred dew of morn
The wide aerial landscape spread -
The world which was ere I was born,
The world which lasts when I am dead.

Which never was the friend of one,
Nor promised love it could not give,
But lit for all its generous sun,
And lived itself, and made us live.

There let me gaze, till I become
In soul with what I gaze on wed!
To feel the universe my home;
To have before my mind -instead

Of the sick-room, the mortal strife,
The turmoil for a little breath -
The pure eternal course of life,
Not human combatings with death.

Thus feeling, gazing, let me grow
Composed, refreshed, ennobled, clear;
Then willing let my spirit go
To work or wait elsewhere or here!

Matthew Arnold (24 December (1822 – 15 April 1888)

Matthew_Arnold

0 comments:

TOMBEAU

January 18, 2016 Rasel Rana 0 Comments

Le noir roc courroucé que la bise le roule
Ne s'arrêtera ni sous de pieuses mains
Tâtant sa ressemblance avec les maux humains
Comme pour en bénir quelque funeste moule.

Ici presque toujours si le ramier roucoule
Cet immatériel deuil opprime de maints
Nubiles plis l'astre mûri des lendemains
Dont un scintillement argentera la foule.

Qui cherche, parcourant le solitaire bond
Tantôt extérieur de notre vagabond -
Verlaine? Il est caché parmi l'herbe, Verlaine

À ne surprendre que naïvement d'accord
La lèvre sans y boire ou tarir son haleine
Un peu profond ruisseau calomnié la mort.

- - -
Stéphane Mallarmé (1842-1898), in Les Poésies de S. Mallarmé, (1899)

(source Gallica)

0 comments:

Snow flakes

January 16, 2016 Rasel Rana 0 Comments

I counted till they danced so
Their slippers leaped the town,
And then I took a pencil
To note the rebels down.
And then they grew so jolly
I did resign the prig,
And ten of my once stately toes
Are marshalled for a jig!

Emily Dickinson 1830- 1886

snow poem

0 comments:

New Year: A Dialogue

January 01, 2016 Rasel Rana 0 Comments

MORTAL:
“The night is cold, the hour is late, the world is bleak and drear;
Who is it knocking at my door?”

THE NEW YEAR:
“I am Good Cheer.”

MORTAL:
“Your voice is strange; I know you not; in shadows dark I grope.
What seek you here?”

THE NEW YEAR:
“Friend, let me in; my name is Hope.”

MORTAL:
“And mine is Failure; you but mock the life you seek to bless. Pass on.”

THE NEW YEAR:
“Nay, open wide the door; I am Success.”

MORTAL:
“But I am ill and spent with pain; too late has come your wealth. I cannot use it.”

THE NEW YEAR:
“Listen, friend; I am Good Health.”

MORTAL:
“Now, wide I fling my door. Come in, and your fair statements prove.”

THE NEW YEAR:
“But you must open, too, your heart, for I am Love.”

 

Ella Wheeler Wilcox (1850 -  1919)


E-W-Wilcox
Portrait of Ella Wheeler Wilcox. Frontispiece from her book of poems "Three Women"

0 comments: