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Extase

March 22, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Mon coeur dans le silence a soudain tressailli,
Comme une onde que trouble une brise inquiète ;
Puis la paix des beaux soirs doucement s'est refaite,
Et c'est un calme ciel qu'à présent je reflète
En tendant vers tes yeux mon désir recueilli.

Comme ceux-là qu'on voit dans les anciens tableaux,
Mains jointes et nu-tête, à genoux sur la pierre,
Je voudrais t'adorer sans lever la paupière,
Et t'offrir mon amour ainsi qu'une prière
Qui monte vers le ciel entre les grands flambeaux.

Ta respiration n'est qu'un faible soupir.
Dans la solennité de ta pose immobile,
Seul, le rythme des mers gonfle ton sein tranquille,
Et sur ton lit d'amour, d'où la pudeur s'exile,
La beauté de ton corps fait songer à mourir...

Extrait de: Au jardin de l'infante (1893)

Albert Samain (1858 - 1900)


 

 

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Devant la mer, un soir ...

March 10, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Devant la mer, un soir, un beau soir d’Italie,
Nous rêvions... toi, câline et d’amour amollie,
Tu regardais, bercée au coeur de ton amant,
Le ciel qui s’allumait d’astres splendidement.

Les souffles qui flottaient parlaient de défaillance ;
Là-bas, d’un bal lointain, à travers le silence,
Douces comme un sanglot qu’on exhale à genoux,
Des valses d’Allemagne arrivaient jusqu’à nous.

Incliné sur ton cou, j’aspirais à pleine âme
Ta vie intense et tes secrets parfums de femme,
Et je posais, comme une extase, par instants,
Ma lèvre au ciel voilé de tes yeux palpitants !

Des arbres parfumés encensaient la terrasse,
Et la mer, comme un monstre apaisé par ta grâce,
La mer jusqu’à tes pieds allongeait son velours,
La mer...

... Tu te taisais ; sous tes beaux cheveux lourds
Ta tête à l’abandon, lasse, s’était penchée,
Et l’indéfinissable douceur épanchée
À travers le ciel tiède et le parfum amer
De la grève noyait ton coeur d’une autre mer,

Si bien que, lentement, sur ta main pâle et chaude
Une larme tomba de tes yeux d’émeraude.
Pauvre, comme une enfant tu te mis à pleurer,
Souffrante de n’avoir nul mot à proférer.

Or, dans le même instant, à travers les espaces
Les étoiles tombaient, on eût dit, comme lasses,
Et je sentis mon coeur, tout mon coeur fondre en moi
Devant le ciel mourant qui pleurait comme toi...

C’était devant la mer, un beau soir d’Italie,
Un soir de volupté suprême, où tout s’oublie,
Ô Ange de faiblesse et de mélancolie.

Recueil : "Le chariot d'or"

Albert SAMAIN (1858-1900)

poesiedumonde

Photo: privé

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Sublime sensation

March 09, 2014 Rasel Rana 0 Comments

En fièvre dans mon antre au lever d’une aurore
M’épongeant du désir il m’aura pris durant
Par un vent de l’Ouest qui soufflait sur la flore
D’ humer ton doux parfum ce cruel excitant

Tout tachant d’apaiser cette attache au martyre
J’ai vu reflet fantasque au premier rai du jour
Tes accords en graphie que jouait l'oiseau-lyre
A mon esprit brûlant s'embrasant à l'amour

Toi qui suis ma foulée vers la voûte finale
Dévoile au dernier jour l'ineffable alchimie
Le regard d'une flamme vers la plume spectrale
Compagne du forfait en amante chérie

Il règne sur nos corps le suc de l'enthousiasme
Quelques perles d'extase où se lie la passion
Des frissons en échos qu'amplifie le fantasme
Je nous sens attachés sublime sensation.

Gerard Artal (Istres, août 2012)

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