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Encore frissonnant…

February 26, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Encore frissonnant
Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Épargne encore un peu
Ce que j'ai de nocturne,
D'étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

Jules Supervielle, tiré de 'La Fable du monde' (1938)



Source:  Youtube "Gilles-Claude Thériault"

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Fleurs du Ciel

February 15, 2014 Rasel Rana 0 Comments

 

Poème écrit après avoir lu ces deux vers de Ronsard :

        Je vous envoie un bouquet que ma main
        Vient de trier de ces fleurs épanies

Des fleurs? Je n'en veux pas! Celles du ciel
Je cueillerai, quand, comme la racine
D'un mont brisé, le vil, le corporel
Vêtement qui me serre la poitrine,
Oú le coeur bat trop fort, sera fendu
Par l'elan frénétique, et que les têtes
Du serpent qui me mord - il a mordu
Depuis toujours les âmes des poètes! --
Tomberont sous l'azur, sous les rayons
De la Foi, sous le bec de tourterelles;
Quand je pourrai crier: "Appareillons!"
Quand mes bras impuissants seront des ailes.

Par mes yeux descendra dans la poussière
Un fleuve d'ésperance et de lumière,
Pendant qu'au fond de nos jardins humides
Prendront des fleurs les troubadours timides...

Et moi, pâle d'amour, débout sur l'ombre,
Enveloppé de gigantesques voiles,
Déroulant sans trembler le fil du Nombre,
Je formerai deux grands bouquets d'étoiles
Pour le sein tiède de ma Dame obscure
Et pour sa délirante chevelure.

José Martí 1853- 1895

Source: Poésies - José Martí, Traduites en français par Armand Godoy
                 Bernard Grasset, 1937

martijose


Photo: José Marti  [source]

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Anonymous Rondeaux

February 15, 2014 Rasel Rana 0 Comments



Toute seule passerai le vert boscage,
Puis que compagnie n'ai;
Se j'ai perdu mon ami par mon outrage,
Toute seule passerai le vert boscage.
Je li ferai à savoir par un message
Que je li amenderai.
Toute seule passerai le vert boscage,
Puis que compagnie n'ai.



English translation:
I will walk through the greenwood alone, for I have no one to go with me. If I lost my love through my own fault, I will walk through the greenwood alone. I will send message to let him know that I will make him amends. I will walk through the greenwood alone, for I hae no one to go with me.



Source: The Penguin of French Verse I To the 15th Century
Brian Woledge - with plain prose translations of each poem
Penguin Books 1968







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Le réveil

February 14, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Si tu m'appartenais (faisons ce rêve étrange !),
Je voudrais avant toi m'éveiller le matin
Pour m'accouder longtemps près de ton sommeil d'ange,
Egal et murmurant comme un ruisseau lointain.

J'irais à pas discrets cueillir de l'églantine,
Et, patient, rempli d'un silence joyeux,
J'entr'ouvrirais tes mains, qui gardent ta poitrine,
Pour y glisser mes fleurs en te baisant les yeux.

Et tes yeux étonnés reconnaîtraient la terre
Dans les choses où Dieu mit le plus de douceur,
Puis tourneraient vers moi leur naissante lumière,
Tout pleins de mon offrande et tout pleins de ton cœur.

Oh ! Comprends ce qu'il souffre et sens bien comme il aime,
Celui qui poserait, au lever du soleil,
Un bouquet, invisible encor, sur ton sein même,
Pour placer ton bonheur plus près de ton réveil !


René-François Sully Prudhomme (16 March 1839 – 6 September 1907)

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The Passionate Shepherd to His Love

February 13, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Come live with me and be my love,
And we will all the pleasures prove
That valleys, groves, hills, and fields,
Woods or steepy mountain yields.

And we will sit upon the rocks,
Seeing the shepherds feed their flocks,
By shallow rivers to whose falls
Melodious birds sing madrigals.

And I will make thee beds of roses
And a thousand fragrant posies,
A cap of flowers, and a kirtle
Embroidered all with leaves of myrtle;

A gown made of the finest wool
Which from our pretty lambs we pull;
Fair lined slippers for the cold,
With buckles of th purest gold;

A belt of straw and ivy buds,
With coral clasps and amber studs:
And if these pleasures may thee move,
Come live with me and be my love.

The shepherds' swains shall dance and sing
For thy delight each May morning:
If these delights thy mind may move,
Then live with me and be my love.

Christopher Marlowe (baptised 26 February 1564 – 30 May 1593)

sheep

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Grenzen/ Frontière

February 12, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Grenzen

Hoe zou mij met politiek verminken
wanneer een aangezicht een aangezicht belijdt,
wanneer de Zwarte Zee de Noordzee lijkt,
wanneer een Donau-vlot mijn voet herkent,
wanneer een wilde wijn mijn mond verwent,
wanneer mijn keel een donkere taal verkent,
wanneer een Vlaamse vloek een lichter oor bekoort,
wanneeer een zelfde maan mijn heimwee smoort?

En dan, hoe zou ik als ik naar de luchtkaart kijk
en onder mij de westernwolken mee zie glijden
nog grenzen voelen die alleen maar scheiden
es grillig zijn en van papier en pijn?

Karel Jonckheere - Ostend, 9 April 1906 – Rijmenam, 13 December 1993

***

Pourquoi me laisserais-je mutiler par la politique
Quand un visage s'ouvre à mon visage,
Quand la mer Noire en moi salue la mer du Nord,
Quand les fleurs du Danube caressent mes pieds,
Quand un vin sauvage ravit ma langue et mon palais,
Quand ma gorge découvre la chaleur d'un nouveau parler,
Quand un juron flamand charme une oreille plus douce,
Et que la même lune apaise ma nostalgie?

Et puis contemplant la carte du ciel
Et les nuages sous moi qui m'accompagnent,
Comment encore sentir ces frontières qui séparent,
Frontières insensées, de papier et de douleur?

1906 Belge

Traduit par Hugo Richter

 

Source: L'Europe des Poètes. Anthologie multilingue.
DE ZAGON (Elizabeth S.)/ Le Cherche Midi ; Seghers, 1980

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Explosión

February 10, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Si la vida es amor, bendita sea!
Quiero más vida para amar! Hoy siento
Que no valen mil años de la idea
Lo que un minuto azul del sentimiento.

Mi corazon moria triste y lento…
Hoy abre en luz como una flor febea;
La vida brota como un mar violento
Donde la mano del amor golpea!

Hoy partio hacia la noche, triste, fría
Rotas las alas mi melancolía;
Como una vieja mancha de dolor
En la sombra lejana se deslíe…
Mi vida toda canta, besa, ríe!
Mi vida toda es una boca en flor!

***

Explosion

Si la vie est amour, bénie soit-elle!
Je veux plus de vie encore pour aimer! Car je sens
que mille ans de l'idée ne valent pas
une minute azurée de sentiment.

Mon coeur s'étiolait triste et dolent...
Aujourd'hui, fleur de Phébus, il s'ouvre en lumière;
la vie éclate comme une mer violente
par la main de l'amour meurtrie!

Aujourd'hui s'en est allée vers la nuit, triste et froide,
ailes brisées, mon humeur chagrine;
telle une vieille tache de douleur
dans l'ombre lointaine elle se dissipe...
Ma vie toute chante, caresse, rit!
Ma vie toute est une bouche en fleur!

(El libro blanco)

Delmira Agustini (1886 - 1914)

Source: Poésie uruguayenne du XXe siècle 1998
Edition bilingue - Patiño - Unesco
Renard, Marilyne Armande (trad.)

***

English -Translation by Valerie Martínez

If life were love, how blessed it would be!
I want more life so to love! Now I feel
A thousand years of ideas are not worth
One blue minute of sentiment.

My heart was dying slowly, sadly…
Now it opens like a Phoebean flower:
Life rushes forth like a turbulent sea
Whipped by the hand of love.

My sorrow flies into the night, sad, cold
With its broken wings;
Like an old scar that continues to ache–
In the distant shade it dissolves…
All my life sings, kisses, laughs!
All my life is a flowering mouth!

 



Source: Youtube Liliana Varela

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Ville morte

February 04, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Vague, perdue au fond des sables monotones,
La ville d'autrefois, sans tours et sans remparts,
Dort le sommeil dernier des vieilles Babylones,
Sous le suaire blanc de ses marbres épars.

Jadis elle régnait ; sur ses murailles fortes
La Victoire étendait ses deux ailes de fer.
Tous les peuples d'Asie assiégeaient ses cent portes ;
Et ses grands escaliers descendaient vers la mer...

Vide à présent, et pour jamais silencieuse,
Pierre à pierre, elle meurt, sous la lune pieuse,
Auprès de son vieux fleuve ainsi qu'elle épuisé,

Et, seul, un éléphant de bronze, en ces désastres,
Droit encore au sommet d'un portique brisé,
Lève tragiquement sa trompe vers les astres.

(Recueil : Au jardin de l'infante)

Albert Samain

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Le refus

February 03, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Au fond de la chambre élégante
Que parfuma son frôlement,
Seule, immobile, elle dégante
Ses longues mains, indolemment.

Les globes chauds et mats des lampes
Qui luisent dans l'obscurité,
Sur son front lisse et sur ses tempes
Versent une douce clarté.

Le torrent de sa chevelure,
Où l'eau des diamants reluit,
Roule sur sa pâle encolure
Et va se perdre dans la nuit.

Et ses épaules sortent nues
Du noir corsage de velours,
Comme la lune sort des nues
Par les soirs orageux et lourds.

Elle croise devant la glace,
Avec un tranquille plaisir,
Ses bras blancs que l'or fin enlace
Et qui ne voudraient plus s'ouvrir,

Car il lui suffit d'être belle :
Ses yeux, comme ceux d'un portrait,
Ont une fixité cruelle,
Pleine de calme et de secret ;

Son miroir semble une peinture
Que quelque vieux maître amoureux
Offrit à la race future,
Claire sur un fond ténébreux,

Tant la beauté qui s'y reflète
A d'orgueil et d'apaisement,
Tant la somptueuse toilette
Endort ses plis docilement,

Et tant cette forme savante
Paraît d'elle-même aspirer
A l'immobilité vivante
Des choses qui doivent durer.

Pendant que cette créature,
Rebelle aux destins familiers,
Divinise ainsi la Nature
De sa chair et de ses colliers,

Le miroir lui montre, dans l'ombre,
Son amant doucement venu,
Au bord de la portière sombre,
Offrir son visage connu.

Elle se retourne sereine,
Dans l'amas oblique des plis,
Qu'en soulevant la lourde traîne
Son talon disperse, assouplis,

Darde, sans pitié, sans colère,
La clarté de ses grands yeux las,
Et, d'une voix égale et claire,
Dit : " Non ! je ne vous aime pas. "

Anatole FRANCE (1844-1924)

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Ô rage ! Ô désespoir...

February 02, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?
Mon bras qu'avec respect tout l'Espagne admire,
Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire,
Tant de fois affermi le trône de son roi,
Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?
Ô cruel souvenir de ma gloire passée !
OEuvre de tant de jours en un jour effacée !
Nouvelle dignité fatale à mon bonheur !
Précipice élevé d'où tombe mon honneur !
Faut-il de votre éclat voir triompher le comte,
Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte ?
Comte, sois de mon prince à présent gouverneur;
Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur;
Et ton jaloux orgueil par cet affront insigne
Malgré le choix du roi, m'en a su rendre indigne.
Et toi, de mes exploits glorieux instrument,
Mais d'un corps tout de glace inutile ornement,
Fer, jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense,
M'as servi de parade, et non pas de défense,
Va, quitte désormais le dernier des humains,
Passe, pour me venger, en de meilleures mains.

(Le Cid, extrait acte I, scène 4)

Pierre Corneille (1606 - 1684)



Source: youtube Auguste Vertu

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Leçon d'histoire

February 01, 2014 Rasel Rana 0 Comments

J'ai tenté d'expliquer
l'histoire aux pierres
elles se sont tues
J'ai tenté de l'expliquer aux arbres
ils ont penché leurs feuillages

J'ai tenté de l'expliquer au jardin
il m'a souri doucement

L'histoire se compose
de quatre saisons a-t-il dit
le printemps l'été
l'automne et l'hiver

Maintenant c'est l'hiver qui vient

Kanyadi Sandor (1929 -)

Traduits du hongrois par Margit Molnar

Source: http://www.espritsnomades.com/

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Kanyadi Sandor [Image Source]

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Larme

February 01, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Je buvais, accroupi dans quelque bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Par un brouillard d'après-midi tiède et vert.

Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, Ciel couvert.
Que tirais-je à la gourde de colocase ?
Quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer.

Tel, j'eusse été mauvaise enseigne d'auberge.
Puis l'orage changea le ciel, jusqu'au soir.
Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches,
Des colonnades sous la nuit bleue, des gares.

L'eau des bois se perdait sur des sables vierges.
Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares...
Or ! tel qu'un pêcheur d'or ou de coquillages,
Dire que je n'ai pas eu souci de boire !

Mai 1872

Arthur Rimbaud

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