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A un ange gardien

October 29, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Mon rêve, par l’amour redevenu chrétien,
T’évoque à ses côtés, ô doux ange gardien,
Divin et pur esprit, compagnon invisible
Qui veilles sur cette âme innocente et paisible !
N’est-ce pas, beau soldat des phalanges de Dieu,
Qui, pour la protéger, fais toujours, en tout lieu,
Sur l’adorable enfant planer ton ombre ailée,
Que ta chaste personne est moins immaculée,
Que ton regard, reflet des immenses azurs,
Et que le feu qui brille à ton front, sont moins purs,
Dans leur sublime essence au paradis conquise,
Que le coeur virginal de cette enfant exquise ?

O toi qui de la voir as toujours la douceur,
Bel ange, n’est-ce pas qu’elle est comme ta soeur ?
O céleste témoin qui fais que sa pensée
Par une humble prière au matin commencée
Dans ses rêves du soir est plus naïve encor,
N’est-ce pas qu’en voyant s’abaisser ses cils d’or
Sur ses yeux ingénus comme ceux des gazelles,
Tu t’étonnes parfois qu’elle n’ait pas des ailes ?

François Coppée (26 January 1842 – 23 May 1908)

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Elizir d’Amor

October 28, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Tu ne me veux pas en rêve,
Tu m’auras en cauchemar !
T’écorchant au vif, sans trêve,
- Pour moi.., pour l’amour de l’art.

- Ouvre : je passerai vite,
Les nuits sont courtes, l’été…
Mais ma musique est maudite,
Maudite en l’éternité !

J’assourdirai les recluses,
Ereintant à coups de pieux,
Les Neuf et les autres Muses…
Et qui n’en iront que mieux !…

Répéterai tous mes rôles
Borgnes - et d’aveugle aussi…
D’ordinaire tous ces drôles
Ont assez bon oeil ici :

- A genoux, haut Cavalier,
A pied, traînant ma rapière,
Je baise dans la poussière
Les traces de Ton soulier !

- Je viens, Pèlerin austère,
Capucin et Troubadour,
Dire mon bout de rosaire
Sur la viole d’amour.

- Bachelier de Salamanque,
Le plus simple et le dernier…
Ce fonds jamais ne me manque :
- Tout voeux ! et pas un denier ! -

- Retapeur de casseroles,
Sale Gitan vagabond,
Je claque des castagnoles
Et chatouille le jambon…

- Pas-de-loup, loup sur la face,
Moi chien-loup maraudeur,
J’erre en offrant de ma race :
- Pur-Don-Juan-du-Commandeur. -

Maîtresse peut me connaître,
Chien parmi les chiens perdus :
Abeilard n’est pas mon maître,
Alcibiade non plus !

Tristan Corbière (18 July 1845 – 1 March 1875)

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À l'éternel amour

October 28, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Ô mer, ô mer immense et triste, qui déroules,
Sous les regards mouillés de ces millions d'étoiles,
Les longs gémissements de tes millions de houles,
Lorsque dans ton élan vers le ciel tu t'écroules ;

Ô ciel, ô ciel immense et triste, qui dévoiles,
Sur les gémissements de ces millions de houles,
Les regards pleins de pleurs de tes millions d'étoiles,
Quand l'air ne cache point la mer sous de longs voiles ;

Vous qui, par des millions et des millions d'années,
À travers les éthers toujours remplis d'alarmes.
L'un vers l'autre tendez vos âmes condamnées

À l'éternel amour qu'aucun temps ne consomme,
Il me semble, ce soir, que mon étroit cœur d'homme
Contient tous vos sanglots, contient toutes vos larme

Auguste Angellier (1848-1911).

Recueil : À l'amie perdue (1896).

poesie du monde

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Chagrin

October 27, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Usez moins avec moi du droit de tout charmer ;
Vous me perdrez bientôt si vous n’y prenez garde.
J’aime bien a vous voir, quoi qu’enfin j’y hasarde ;
Mais je n’aime pas bien qu’on me force d’aimer.

Cependant mon repos a de quoi s’alarmer ;
Je sens je ne sais quoi dès que je vous regarde ;
Je souffre avec chagrin tout ce qui m’en retarde,
Et c’est déjà sans doute un peu plus qu’estimer.

Ne vous y trompez pas, l’honneur de ma défaite
N’assure point d’esclave à la main qui l’a faite,
Je sais l’art d’échapper aux charmes les plus forts,
Et quand ils m’ont réduit à ne plus me défendr
Savez-vous, belle Iris, ce que je fais alors ?
Je m’enfuis de peur de me rendre.

Pierre Corneille, Poésies diverses (1606 - 1684)

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A une chatte

October 26, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Chatte blanche, chatte sans tache,
Je te demande, dans ces vers,
Quel secret dort dans tes yeux verts,
Quel sarcasme sous ta moustache.

Tu nous lorgnes, pensant tout bas
Que nos fronts pâles, que nos lèvres
Déteintes en de folles fièvres,
Que nos yeux creux ne valent pas

Ton museau que ton nez termine,
Rose comme un bouton de sein,
Tes oreilles dont le dessin
Couronne fièrement ta mine.

Pourquoi cette sérénité ?
Aurais-tu la clé des problèmes
Qui nous font, frissonnants et blêmes,
Passer le printemps et l’été ?

Devant la mort qui nous menace,
Chats et gens, ton flair, plus subtil
Que notre savoir, te dit-il
Où va la beauté qui s’efface,

Où va la pensée, où s’en vont
Les défuntes splendeurs charnelles ?
Chatte, détourne tes prunelles ;
J’y trouve trop de noir au fond.

Charles Cros, (October 1, 1842 – August 9, 1888)

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Une louve je vis sous l’antre d’un rocher

October 25, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Une louve je vis sous l’antre d’un rocher
Allaitant deux bessons : je vis à sa mamelle
Mignardement jouer cette couple jumelle,
Et d’un col allongé la louve les lécher.

Je la vis hors de là sa pâture chercher,
Et courant par les champs, d’une fureur nouvelle
Ensanglanter la dent et la patte cruelle
Sur les menus troupeaux pour sa soif étancher.

Je vis mille veneurs descendre des montagnes
Qui bornent d’un côté les lombardes campagnes,
Et vis de cent épieux lui donner dans le flanc.

Je la vis de son long sur la plaine étendue,
Poussant mille sanglots, se vautrer en son sang,
Et dessus un vieux tronc la dépouille pendue.

Joachim Du Bellay, Les antiquités de Rom

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L’enfant au miroir

October 24, 2014 Rasel Rana 0 Comments

(A Mlle Emilie Bascans)

Si j’étais assez grande,
Je voudrais voir
L’effet de ma guirlande
Dans le miroir.
En montant sur la chaise,
Je l’atteindrais ;
Mais sans aide et sans aise,
Je tomberais.

La dame plus heureuse,
Sans faire un pas,
Sans quitter sa causeuse,
De haut en bas,
Dans une glace claire,
Comme au hasard,
Pour apprendre à se plaire
Jette un regard.

Ah ! c’est bien incommode
D’avoir huit ans !
Il faut suivre la mode
Et perdre un temps !…
Peut-on aimer la ville
Et les salons !
On s’en va si tranquille
Dans les vallons !
Quand ma mère qui m’aime
Et me défend,
Et qui veille elle-même
Sur son enfant,
M’emporte où l’on respire
Les fleurs et l’air,
Si son enfant soupire,
C’est un éclair !

Les ruisseaux des prairies
Font des psychés
Où, libres et fleuries,
Les fronts penchés
Dans l’eau qui se balance,
Sans nous hausser,
Nous allons en silence
Nous voir passer.
C’est frais dans le bois sombre,
Et puis c’est beau
De danser comme une ombre
Au bord de l’eau !
Les enfants de mon âge,
Courant toujours,
Devraient tous au village
Passer leurs jours !

Poésies inédites

Marceline Desbordes-Valmore, (June 20, 1786 – July 23, 1859)

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Dit de la force de l’amour

October 23, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Entre tous mes tourments entre la mort et moi
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a l’injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère

Il y a les maquis couleur de sang d’Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang le ciel et le droit à l’espoir
Pour tous les innocents qui haïssent le mal

La lumière toujours est tout près de s’éteindre
La vie toujours s’apprête à devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n’en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s’installe

Et la chaleur aura raison des égoïstes
Leurs sens atrophiés n’y résisteront pas
J’entends le feu parler en riant de tiédeur
J’entends un homme dire qu’il n’a pas souffert

Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j’aime à jamais toi qui m’as inventé
Tu ne supportais pas l’oppression ni l’injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre
Tu rêvais d’être libre et je te continue.

Paul Eluard

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La terre est bleue

October 22, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Les fous et les amours
Elle sa bouche d’alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d’indulgence
À la croire toute nue.

Les guêpes fleurissent vert
L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.

Paul Eluard

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Couleurs

October 21, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Au-dessus de Paris
la lune est violette.
Elle devient jaune
dans les villes mortes.
Il y a une lune verte
dans toutes les légendes.
Lune de toile d’araignée
et de verrière brisée,
et par-dessus les déserts
elle est profonde et sanglante.

Mais la lune blanche,
la seule vraie lune,
brille sur les calmes
cimetières de villages.

Federico Garcia Lorca (5 June 1898 – 19 August 1936)

[caption id="" align="alignnone" width="129"]Lorca (1914) Lorca (1914)[/caption]

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Sur le Pont-Vieux

October 21, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Antonio di Sandro orefice.
Le vaillant Maître Orfèvre, à l’oeuvre dès matines,
Faisait, de ses pinceaux d’où s’égouttait l’émail,
Sur la paix niellée ou sur l’or du fermail
Épanouir la fleur des devises latines.

Sur le Pont, au son clair des cloches argentines,
La cape coudoyait le froc et le camail ;
Et le soleil montant en un ciel de vitrail
Mettait un nimbe au front des belles Florentines.

Et prompts au rêve ardent qui les savait charmer,
Les apprentis, pensifs, oubliaient de fermer
Les mains des fiancés au chaton de la bague ;

Tandis que d’un burin trempé comme un stylet,
Le jeune Cellini, sans rien voir, ciselait
Le combat des Titans au pommeau d’une dague.

José-Maria de Heredia

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Découverte

October 19, 2014 Rasel Rana 0 Comments

J’étais enfant. J’aimais les grands combats,
Les Chevaliers et leur pesante armure,
Et tous les preux qui tombèrent là-bas
Pour racheter la Sainte Sépulture.

L’Anglais Richard faisait battre mon coeur
Et je l’aimais, quand après ses conquêtes
Il revenait, et que son bras vainqueur
Avait coupé tout un collier de têtes.

D’une Beauté je prenais les couleurs,
Une baguette était mon cimeterre ;
Puis je partais à la guerre des fleurs
Et des bourgeons dont je jonchais la terre.

Je possédais au vent libre des cieux
Un banc de mousse où s’élevait mon trône ;
Je méprisais les rois ambitieux,
Des rameaux verts j’avais fait ma couronne.

J’étais heureux et ravi. Mais un jour
Je vis venir une jeune compagne.
J’offris mon coeur, mon royaume et ma cour,
Et les châteaux que j’avais en Espagne.

Elle s’assit sous les marronniers verts ;
Or je crus voir, tant je la trouvais belle,
Dans ses yeux bleus comme un autre univers,
Et je restai tout songeur auprès d’elle.

Pourquoi laisser mon rêve et ma gaieté
En regardant cette fillette blonde ?
Pourquoi Colomb fut-il si tourmenté
Quand, dans la brume, il entrevit un monde.

Guy de Maupassant (5 August 1850 – 6 July 1893)

Guy de Maupassant fotograferad av Félix Nadar 1888

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En bateau

October 18, 2014 Rasel Rana 0 Comments

L’étoile du berger tremblote
Dans l’eau plus noire et le pilote
Cherche un briquet dans sa culotte.

C’est l’instant, Messieurs, ou jamais,
D’être audacieux, et je mets
Mes deux mains partout désormais !

Le chevalier Atys, qui gratte
Sa guitare, à Chloris l’ingrate
Lance une oeillade scélérate.

L’abbé confesse bas Eglé,
Et ce vicomte déréglé
Des champs donne à son coeur la clé.

Cependant la lune se lève
Et l’esquif en sa course brève
File gaîment sur l’eau qui rêve.

Paul Verlaine

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Souvenir

October 15, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Le ciel, aux lueurs apaisées,
Rougissait le feuillage épais,
Et d'un soir de mai, doux et frais,
On sentait perler les rosées.

Tout le jour, le long des sentiers,
Vous aviez, aux mousses discrètes,
Cueilli les pâles violettes
Et défleuri les églantiers.

Vous aviez fui, vive et charmée,
Par les taillis, en plein soleil ;
Un flot de sang jeune et vermeil
Pourprait votre joue animée.

L'écho d'argent de votre voix
Avait sonné sous les yeuses,
D'où les fauvettes envieuses
Répondaient toutes à la fois.

Et rien n'était plus doux au monde
Que de voir, sous les bois profonds,
Vos yeux si beaux, sous leurs cils longs,
Etinceler, bleus comme l'onde !

O jeunesse, innocence, azur !
Aube adorable qui se lève !
Vous étiez comme un premier rêve
Qui fleurit au fond d'un coeur pur !

Le souffle des tièdes nuées,
Voyant les roses se fermer,
Effleurait, pour s'y parfumer,
Vos blondes tresses dénouées.

Et déjà vous reconnaissant
A votre grâce fraternelle,
L'Etoile du soir, blanche et belle,
S'éveillait à l'Est pâlissant.

C'est alors que, lasse, indécise,
Rose, et le sein tout palpitant,
Vous vous blottîtes un instant
Dans le creux d'un vieux chêne assise.

Un rayon, par l'arbre adouci,
Teignait de nuances divines
Votre cou blanc, vos boucles fines.
Que vous étiez charmante ainsi !

Autour de vous les rameaux frêles,
En vertes corbeilles tressés,
Enfermaient vos bras enlacés,
Comme un oiseau fermant ses ailes ;

Ou comme la Dryade enfant,
Qui dort, s'ignorant elle-même,
Et va rêver d'un Dieu qui l'aime
Sous l'écorce qui la défend !

Nous vous regardions en silence.
Vos yeux étaient clos ; dormiez-vous ?
Dans quel monde joyeux et doux
L'emportais-tu, jeune Espérance ?

Lui disais-tu qu'il est un jour
Où, loin de la terre natale,
La Vierge, d'une aile idéale,
S'envole au ciel bleu de l'amour ?

Qui sait ? L'oiseau sous la feuillée
Hésite et n'a point pris l'essor,
Et la Dryade rêve encor...
Un Dieu ne l'a point éveillée !

Charles-Marie LECONTE DE LISLE (1818-1894)

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Les larmes de l'ours

October 14, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Le Roi des Runes vint des collines sauvages.
Tandis qu'il écoutait gronder la sombre mer,
L'ours rugir, et pleurer le bouleau des rivages,
Ses cheveux flamboyaient dans le brouillard amer.

Le Skalde immortel dit : - Quelle fureur t'assiège,
Ô sombre Mer ? Bouleau pensif du cap brumeux,
Pourquoi pleurer ? Vieil Ours vêtu de poil de neige,
De l'aube au soir pourquoi te lamenter comme eux ?

- Roi des Runes ! lui dit l'Arbre au feuillage blême
Qu'un âpre souffle emplit d'un long frissonnement,
Jamais, sous le regard du bienheureux qui l'aime,
Je n'ai vu rayonner la vierge au col charmant.

- Roi des Runes ! jamais, dit la Mer infinie,
Mon sein froid n'a connu la splendeur de l'été.
J'exhale avec horreur ma plainte d'agonie,
Mais joyeuse, au soleil, je n'ai jamais chanté.

- Roi des Runes ! dit l'Ours, hérissant ses poils rudes,
Lui que ronge la faim, le sinistre chasseur ;
Que ne suis-je l'agneau des tièdes solitudes
Qui paît l'herbe embaumée et vit plein de douceur ! -

Et le Skalde immortel prit sa harpe sonore :
Le Chant sacré brisa les neuf sceaux de l'hiver ;
L'Arbre frémit, baigné de rosée et d'aurore ;
Des rires éclatants coururent sur la Mer.

Et le grand Ours charmé se dressa sur ses pattes :
L'amour ravit le coeur du monstre aux yeux sanglants,
Et, par un double flot de larmes écarlates,
Ruissela de tendresse à travers ses poils blancs.

Charles-Marie LECONTE DE LISLE (1818-1894)

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Le pardon

October 14, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Je me meurs, je succombe au destin qui m'accable.
De ce dernier moment veux-tu charmer l'horreur ?
Viens encore une fois presser ta main coupable
Sur mon coeur.

Quand il aura cessé de brûler et d'attendre,
Tu ne sentiras pas de remords superflus ;
Mais tu diras : " Ce coeur, qui pour moi fut si tendre,
N'aime plus. "

Vois l'amour qui s'enfuit de mon âme blessée,
Contemple ton ouvrage et ne sens nul effroi :
La mort est dans mon sein, pourtant je suis glacée
Moins que toi.

Prends ce coeur, prends ton bien ! L'amante qui t'adore
N'eut jamais à t'offrir, hélas ! Un autre don ;
Mais en le déchirant, tu peux y lire encore
Ton pardon.

Marceline DESBORDES-VALMORE (1786-1859)

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Après avoir souffert

September 29, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Après avoir souffert, après avoir vécu,
Tranquille, et du néant de l'homme convaincu,
Tu dis je ne sais rien ! — Et je te félicite,
Ô lutteur, ô penseur, de cette réussite.

Maintenant, sans regret, sans désir, humblement,
Bienveillant pour la nuit et pour l'aveuglement,
Tu médites, vibrant au vent comme une lyre ;
Tu savoures l'azur, le jour, l'astre ; et sans lire
Les papyrus hébreux, grecs, arabes, indous,
Tu regardes le ciel mystérieux et doux ;
Et par l'immensité ton âme est dilatée
Au point d'emplir de flamme et d'aube un monde athée.
Tes jardins sentent bon, et sont tout chevelus
De lierres, de jasmins et de convolvulus ;
Mai fleurit tes lilas, août mûrit tes pommes ;
Et, pendant que le tas tumultueux des hommes
Crie : abattons ! tuons ! exterminons ! broyons !
Toi, parmi les parfums et parmi les rayons,
Voilà que tu finis et que tu te reposes,
Vieux, dans une masure, et sage, dans les roses.

Victor Hugo

Publiés en 1902, - œuvre posthume .(Dernière Gerbe)

Victor_Hugo_statue_Guernsey

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L'Amour

September 27, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Vous demandez si l'amour rend heureuse;
Il le promet, croyez-le, fût-ce un jour.
Ah! pour un jour d'existence amoureuse,
Qui ne mourrait? la vie est dans l'amour.

Quand je vivais tendre et craintive amante,
Avec ses feux je peignais ses douleurs:
Sur son portrait j'ai versé tant de pleurs,
Que cette image en paraît moins charmante.

Si le sourire, éclair inattendu,
Brille parfois au milieu de mes larmes,
C'était l'amour; c'était lui, mais sans armes;
C'était le ciel. . . qu'avec lui j'ai perdu.

Sans lui, le cœur est un foyer sans flamme;
Il brûle tout, ce doux empoisonneur.
J'ai dit bien vrai comme il déchire une âme:
Demandez-donc s'il donne le bonheur!

Vous le saurez: oui, quoi qu'il en puisse être,
De gré, de force, amour sera le maître;
Et, dans sa fièvre alors lente à guérir,
Vous souffrirez, ou vous ferez souffrir.

Dès qu'on l'a vu, son absence est affreuse;
Dès qu'il revient, on tremble nuit et jour;
Souvent enfin la mort est dans l'amour
Et cependant….oui, l’amour rend heureuse!

Marceline Desbordes-Valmore (1786 - 1859)

The kiss Rodin

[Image Source]

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Souvenir

September 23, 2014 Rasel Rana 4 Comments

Ils ne restent que des souvenirs,
Ces jours qu’on a passés en commun.
Etant jeune, on n’a profité de tant de plaisirs
A présent, on nous a séparés du destin.
En ce temps là, nos nos ennuis semblaient fuir,
Ah ! Les longues veillées à deux, pleines d’entrain !

Avec toi, je voyais ces jours éternels
Où l’amour ne cesserait de prospérer.
Plus jamais d’amertume nouvelle
Et l’on verra la paix s’installer,
Car on nous a oint d’une inquiétude cruelle
Qui s’est enracinée dans le cœur pour durer.
Celle-ci a brisé notre espoir conventionnel,
Chacun de nous se retrouve désorienté.

Le lieu ou nous fîmes connaissance,
Je m’empresse de m’y déplacer.
Aussitôt, ton visage surgit dans ma conscience
Je le fixe des yeux, par des larmes inondés
Les ans nous ont séparés par coïncidence,
Ceux là mêmes qui ont lié notre amitié
A présent, elle s’avère sans importance
Puisque de moi, ils viennent de t’éloigner.


Quand le printemps nous a quitté,
Nous avons regretté la verdure.
Qui a cru à cette réalité
De nous voir plongés dans un vain futur ?
Maintenant que notre tour est arrivé,
Notre amour est balayé par le vent à vive allure.
C’est à croire qu’il n’a jamais existé,
Car dès le début, il avait déjà connu l’usure.

Ahmed ARARBI

Avec l'aimable permission de l'auteur

Publlié le 15 septembre a Paris chez les éditions EDILIVRE
dans un recueil de poésie intitulé "le regard vers le passé"





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Chanson d'automne

September 22, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul VERLAINE (1844-1896)
John Atkinson Grimshaw (1836- 1893)
November Afternoon, Stapleton Park
John Atkinson Grimshaw (1836- 1893)

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Somewhere in time's own space

September 16, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Somewhere in time's own space
There must be some sweet pastured place
Where creeks sing on and tall trees grow
Some paradise where horses go,
For by the love that guides my pen
I know great horses live again.

Stanley Harrison, breeder, trainer, poet 1889-1980 

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Wild Horses in Dartmoor National Park (England)

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Glastonbury

September 12, 2014 Rasel Rana 0 Comments

O three times famous isle, where is that place that might
Be with thyself compared for glory and delight,
Whilst Glastonbury stood? exalted to that pride,
Whose monastery seemed all other to deride:
O, who thy ruin sees, whom wonder doth not fill
With their great fathers' pomp, devotion, and their skill?
Thou more than mortal power (this judgment rightly weighed),
Then present to assist, at that foundation laid;
On whom for this sad waste should justice lay the crime?
Is there a power in fate, or doth it yield to time?
Or was there error such, that thou couldst not protect
Those buildings which thy hand did with their zeal erect?
To whom didst thou commit that monument to keep,
That suffered with the dead their memory to sleep,
When not great Arthur's tomb nor holy Joseph's grave
From sacrilege had power their sacred bones to save?
He who that God in man to his sepulchre brought,
Or he which for the faith twelve famous battles fought.
What! did so many kings do honour to that place,
For avarice at last so vilely to deface?
For reverence to that seat which had ascribed been,
Trees yet in winter bloom, and bear their summer's green.

Michael Drayton (1563 - 1631)

Glastonbury Abbey

 

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Amitié. À Mlle N***

September 10, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Je connais un petit ange
Lequel n'a jamais mouillé
Sa blanche robe à la fange
Dont notre monde est souillé.

C'est lui qui donne le change
Au pauvre cœur dépouillé
Que l'amour, vautour étrange,
D'un bec cruel a fouillé.

Cet ange, qui vous ressemble,
Sous son aile nous rassemble :
C'est la divine Amitié.

Son regard est doux et calme ;
Il m'offre sa chaste palme…
En voulez-vous la moitié ?

Louis Honoré Fréchette (1839 –  1908)

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J’AI VU

September 08, 2014 Rasel Rana 0 Comments

J’ai vu les couleurs de l’ironie
J’ai connu les degrés de la haine
Et j’ai entendu des violons
Qui s’accordaient
Pour la symphonie de la douleur …
J’ai vu une géante araignée
Répandre sa toile sur une ville
Longtemps muette
Longtemps bâillonnée
Longtemps ligotée
J’ai vu la ville
Prisonnière dans une cage d’insouciance …
Seul à seul
Moi et l’ennui
Nous allons à la vente aux enchères
De la rage et de la folie …
De la misère aussi
Jai vu un homme
Assister fièrement au défilé des escargots
J’ai vu un homme
Etouffer sa colère et taire sa plainte
J’ai vu un homme ……Saigner à blanc
J’ai vu un homme
Pénétrer dans le silence …
Seul à seul
Moi et l’ennui
Nous frappons à la porte
Du souvenir mutilé
De l’oubli
De l’amnésie
J’ai vu une femme
Pour des complots de sexe
Prendre un bain
Dans l’urine des crapauds
J’ai vu une femme
Essayer de transformer la réalité
A la recherche d’une consolation
J’ai vu une femme déçue …
J’ai vu une femme ….Epuiser ses larmes
Seul à seul
Moi et l’ennui
Nous luttons
Mais au fond de moi
Des choses se tordent et se déchirent …

J’ai vu un enfant
Surnommé « ordure «
J’ai vu un enfant
Maudire un soleil indifférent
Qui ne réchauffe plus son corps froid
J’ai entendu sa voix qui s’élevait
Puis se taisait , désespérée
J’ai entendu ses cris éclater dans le vide
J’ai vu un enfant
Mourir
Plein de songes , plein d’ espérances …
Seul à seul
Moi et l’ennui
Nous rêvons de changer la ville
En une blague
Un rire
Un cri … électrique

Noureddine Neggaz - poème de son recueil « CHANTS DU CORPS » paru en Mai 2014

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The Cat Behind the Door

August 06, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Why are you looking at me?
Can’t you see I want to be alone?
I hid behind the door for a reason
But I can’t get it to close

The dogs are barking
The kids are crazy
I hid behind this door for a reason
I just want to be lazy

The T.V. is loud
Interrupting my sleep
I hid behind this door for a reason
I don’t want to hear a peep

Now you mow the lawn?!
You were supposed to do it for weeks
I hid behind this door for a reason
So move and don’t peak

So go away and don’t come back
Shut the door when you leave please
I hid behind this door for a reason
So I can sit here in peace

Anonyme




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A l'Arc de triomphe

July 19, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Oh ! Paris est la cité mère !
Paris est le lieu solennel
Où le tourbillon éphémère
Tourne sur un centre éternel !
Paris ! feu sombre ou pure étoile !
Morne Isis couverte d'un voile !
Araignée à l'immense toile
Où se prennent les nations !
Fontaine d'urnes obsédée !
Mamelle sans cesse inondée
Où pour se nourrir de l'idée
Viennent les générations !

Quand Paris se met à l'ouvrage
Dans sa forge aux mille clameurs,
A tout peuple, heureux, brave ou sage,
Il prend ses lois, ses dieux, ses moeurs.
Dans sa fournaise, pêle-mêle,
Il fond, transforme et renouvelle
Cette science universelle
Qu'il emprunte à tous les humains ;
Puis il rejette aux peuples blêmes
Leurs sceptres et leurs diadèmes,
Leurs préjugés et leurs systèmes,
Tout tordus par ses fortes mains !

Paris, qui garde, sans y croire,
Les faisceaux et les encensoirs,
Tous les matins dresse une gloire,
Eteint un soleil tous les soirs ;
Avec l'idée, avec le glaive,
Avec la chose, avec le rêve,
Il refait, recloue et relève
L'échelle de la terre aux cieux ;
Frère des Memphis et des Romes,
Il bâtit au siècle où nous sommes
Une Babel pour tous les hommes,
Un Panthéon pour tous les dieux !

Ville qu'un orage enveloppe !
C'est elle, hélas ! qui, nuit et jour,
Réveille le géant Europe
Avec sa cloche et son tambour !
Sans cesse, qu'il veille ou qu'il dorme,
Il entend la cité difforme
Bourdonner sur sa tête énorme
Comme un essaim dans la forêt.
Toujours Paris s'écrie et gronde.
Nul ne sait, question profonde !
Ce que perdrait le bruit du monde
Le jour où Paris se tairait !

Victor Hugo

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Voyage du silence

July 11, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Voyage du silence
De mes mains à tes yeux
Et dans tes cheveux
Où des filles d’osier
S’adossent au soleil
Remuent les lèvres
Et laissent l’ombre à quatre feuilles
Gagner leur cœur chaud de sommeil.

Eluard, Paul, (1895-1952)

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LA DEVISE DU POETE

July 06, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Loisir et liberté
C'est bien son seul désir ;
Ce serait un plaisir
Pour traiter vérité.
L'esprit inquiété
Ne se fait que moisir ;
Loisir et Liberté,
S'ils viennent cet été,
Liberté et loisir,
Ils pourront la saisir
A perpétuité,
Loisir et liberté.

Bonaventure Des Périers ( v1510-v1543 )
- - -
source : "La Poésie du passé, du douzième au dix-huitième siècle
Première anthologie vivante de la poésie du passé" par Paul Eluard (éd. Seghers)
- - -
pour connaître un peu mieux Bonaventure des Périers :
source Gallica : cliquez ici
- - -

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Rondel - Dedens mon livre...

July 02, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Dedens mon livre de pensée,
J'ay trouvé escripvant mon cueur
La vraye histoire de doleur,
De lermes toute enluminée,
En deffassent la très amée
Ymage de plaisant doulceur,
Dedens mon livre de pensée,
J'ay trouvé escripvant mon cueur

Helas ! où l'a mon cueur trouvée ?
Les grosses goutes de sueur
Lui saillent, de peine et labeur
Qu'il y prent, et nuit, et journée,
Dedens mon livre de pensée.

Charles d'Orléans ( 1394 - 1465 )

Source:
Poésie - Charles Orléans
Librairie de Charles Gosselin,
1842
- - -
source Gallica : cliquez ici

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Si les larmes servoient...

June 29, 2014 Rasel Rana 1 Comments

Si les larmes servoient de remede au malheur,
Et le pleurer pouvoit la tristesse arrester,
On devroit (Seigneur mien) les larmes acheter,
Et ne se trouveroit rien si cher que le pleur.

Mais les pleurs en effect sont de nulle valeur :
Car soit qu'on ne se veuille en pleurant tormenter,
Ou soit que nuict et jour on veuille lamenter,
On ne peult divertir le cours de la douleur.

Le coeur fait au cerveau ceste humeur exhaler,
Et le cerveau la fait par les yeux devaller,
mais le mal par les yeux ne s'allambique pas.

Dequoy donques nous sert ce fascheux larmoyer ?
De jetter, comme on dit, l'huile sur le foyer,
Et perdre sans profit le repos et repas.

Joachim du Bellay (1525-1560)
- - -
Les Regrets, LII )

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Dans Paris...

June 23, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Dans Paris, il y a une rue,
dans cette rue, il y a une maison,
Dans cette maison, il y a un escalier,
Dans cet escalier, il y  a une chambre,
Dans cette chambre, il y a une table,
Sur cette table, il y a un tapis,
Sur ce tapis, il y a une cage ;

Dans cette cage, il y a un nid,
Dans ce nid, il y a un œuf,
Dans cet œuf, il y a un oiseau.

L’oiseau renversa l’œuf,
L’œuf renversa le nid,
Le nid renversa la cage,
La cage renversa le tapis,
Le tapis renversa la table,
La table renversa la chambre,
La chambre renversa l’escalier,
L’escalier renversa la maison,
La maison renversa la rue,
La rue renversa la ville de Paris.

Paul Eluard (1895-1952)

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ADIEU A MES ELEVES

June 22, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Trognes ingrates et divines
Frottées durant des mois contre ma vie
Museaux mutins, mufles doux de cabris
Vampires aux ruses câlines
Vous lampez mes artères et mon grand sympathique
Gavez-vous, et moi, le soir, inerte
Aphone et euphorique

la lumière verte
de vos regards
le bruit d'océans et de foire
des pieds boueux qui marchent sur ma tête
des cris aigus en plein dans mon tympan
des coups de poing dans mon raisonnement
et des éclats de rire sur mes soucis

Tyrans, persécuteurs, voyous
au revoir mes petits
quand me reviendrez-vous ?

Geo Beraudes
- - -
( in Poètes de l'enseignement, réunis par Paul Parant, Ed. de la Revue Moderne, 1958 )

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Toujours Là

June 04, 2014 Rasel Rana 0 Comments

J'ai besoin de ne plus me voir et d'oublier
De parler à des gens que je ne connais pas
De crier sans être entendu
Pour rien tout seul
Je connais tout le monde et chacun de vos pas
Je voudrais raconter et personne n'écoute
Les têtes et les yeux se détournent de moi
Vers la nuit
Ma tête est une boule pleine et lourde
Qui roule sur la terre avec un peu de bruit

Loin
Rien derrière moi et rien devant
Dans le vide où je descends
Quelques vifs courants d'air
Vont autour de moi
Cruels et froids
Ce sont des portes mal fermées
Sur des souvenirs encore inoubliés
Le monde comme une pendule s'est arrêté
Les gens sont suspendus pour l'éternité
Un aviateur descend par un fil comme une araignée

Tout le monde danse allégé
Entre ciel et terre
Mais un rayon de lumière est venu
De la lampe que tu as oublié d'éteindre
Sur le palier
Ah ce n'est pas fini
L'oubli n'est pas complet
Et j'ai encore besoin d'apprendre à me connaître

Pierre Reverdy

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Mignonne, allons voir si la rose...

May 31, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vêprée,
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.

Las ! Voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las ! Ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.

Pierre de Ronsard

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A une fleur

May 28, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Que me veux-tu, chère fleurette,
Aimable et charmant souvenir ?
Demi-morte et demi-coquette,
Jusqu'à moi qui te fait venir ?

Sous ce cachet enveloppée,
Tu viens de faire un long chemin.
Qu'as-tu vu ? que t'a dit la main
Qui sur le buisson t'a coupée ?

N'es-tu qu'une herbe desséchée
Qui vient achever de mourir ?
Ou ton sein, prêt à refleurir,
Renferme-t-il une pensée ?

Ta fleur, hélas ! a la blancheur
De la désolante innocence ;
Mais de la craintive espérance
Ta feuille porte la couleur.

As-tu pour moi quelque message ?
Tu peux parler, je suis discret.
Ta verdure est-elle un secret ?
Ton parfum est-il un langage ?

S'il en est ainsi, parle bas,
Mystérieuse messagère ;
S'il n'en est rien, ne réponds pas ;
Dors sur mon coeur, fraîche et légère.

Je connais trop bien cette main,
Pleine de grâce et de caprice,
Qui d'un brin de fil souple et fin
A noué ton pâle calice.

Cette main-là, petite fleur,
Ni Phidias ni Praxitèle
N'en auraient pu trouver la soeur
Qu'en prenant Vénus pour modèle.

Elle est blanche, elle est douce et belle,
Franche, dit-on, et plus encor ;
A qui saurait s'emparer d'elle
Elle peut ouvrir un trésor.

Mais elle est sage, elle est sévère ;
Quelque mal pourrait m'arriver.
Fleurette, craignons sa colère.
Ne dis rien, laisse-moi rêver.

Alfred de Musset, Poésies nouvelles

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Que sont mes amis devenus...

May 21, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Les maux ne savent seuls venir;
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu.
Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés ?
Je crois qu'ils sont trop clairsemés
Ils ne furent pas bien semés
Ils m'ont failli.
De tels amis m'ont bien trahi
Lorsque Dieu m'a assailli
De tous côtés.
N'en vit un seul en mon logis
Le vent je crois, me les a pris,
L' amour est morte.
Ce sont amis que vent emporte,
Et il ventait devant ma porte
Les emporta.

Rutebeuf

Rutebeuf (ancien français Rustebeuf), né vers 1230 et mort vers 1285, est un poète du Moyen Âge.

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Une charogne

May 20, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Charles Baudelaire

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Watteau

May 17, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Au-dessus des grands bois profonds
L’étoile du berger s’allume...
Groupes sur l’herbe dans la brume...
Pizzicati des violons...
Entre les mains, les mains s’attardent,
Le ciel où les amants regardent
Laisse un reflet rose dans l’eau ;
Et dans la clairière indécise,
Que la nuit proche idéalise,
Passe entre Estelle et Cydalise
L’ombre amoureuse de Watteau.

Watteau, peintre idéal de la fête jolie,
Ton art léger fut tendre et doux comme un soupir,
Et tu donnas une âme inconnue au désir
En l’asseyant aux pieds de la mélancolie.

Tes bergers fins avaient la canne d’or au doigt ;
Tes bergères, non sans quelques façons hautaines,
Promenaient, sous l’ombrage où chantaient les fontaines,
Leurs robes qu’effilait derrière un grand pli droit...

Dans l’air bleuâtre et tiède agonisaient les roses ;
Les coeurs s’ouvraient dans l’ombre au jardin apaisé,
Et les lèvres, prenant aux lèvres le baiser,
Fiançaient l’amour triste à la douceur des choses.

Les pèlerins s’en vont au pays idéal...
La galère dorée abandonne la rive ;
Et l’amante à la proue écoute au loin, pensive,
Une flûte mourir, dans le soir de cristal...

Oh ! Partir avec eux par un soir de mystère,
Ô maître, vivre un soir dans ton rêve enchanté !
La mer est rose... il souffle une brise d’été,
Et quand la nef aborde au rivage argenté

La lune doucement se lève sur Cythère.

L’éventail balancé sans trêve
Au rythme intime des aveux
Fait, chaque fois qu’il se soulève,
S’envoler au front des cheveux,
L’ombre est suave... tout repose.
Agnès sourit ; Léandre pose
Sa viole sur son manteau ;
Et sur les robes parfumées,
Et sur les mains des bien-aimées,
Flotte, au long des molles ramées,
L’âme divine de Watteau.

Albert Samain

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A des âmes envolées

May 16, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Ces âmes que tu rappelles,
Mon coeur, ne reviennent pas.
Pourquoi donc s'obstinent-elles,
Hélas ! à rester là-bas ?

Dans les sphères éclatantes,
Dans l'azur et les rayons,
Sont-elles donc plus contentes
Qu'avec nous qui les aimions ?

Nous avions sous les tonnelles
Une maison près Saint-Leu.
Comme les fleurs étaient belles !
Comme le ciel était bleu !

Parmi les feuilles tombées,
Nous courions au bois vermeil ;
Nous cherchions des scarabées
Sur les vieux murs au soleil ;

On riait de ce bon rire
Qu'Éden jadis entendit,
Ayant toujours à se dire
Ce qu'on s'était déjà dit ;

Je contais la Mère l'Oie ;
On était heureux, Dieu sait !
On poussait des cris de joie
Pour un oiseau qui passait.

Victor Hugo

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Au Cabaret Vert, cinq heures du soir

May 13, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
- Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. - Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

- Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! -
Rieuse, m’apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, - et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Arthur Rimbaud, Cahier de Douai

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A la mère de l'enfant mort

May 13, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Oh! vous aurez trop dit au pauvre petit ange
Qu'il est d'autres anges là-haut,
Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n'y change,
Qu'il est doux d'y rentrer bientôt;

Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres,
Une tente aux riches couleurs,
Un jardin bleu rempli de lis qui sont des astres,
Et d'étoiles qui sont des fleurs;

Que c'est un lieu joyeux plus qu'on ne saurait dire,
Où toujours, se laissant charmer,
On a les chérubins pour jouer et pour rire,
Et le bon Dieu pour nous aimer;

Qu'il est doux d'être un coeur qui brûle comme un cierge,
Et de vivre, en toute saison,
Près de l'enfant Jésus et de la sainte Vierge
Dans une si belle maison!

Et puis vous n'aurez pas assez dit, pauvre mère,
A ce fils si frêle et si doux,
Que vous étiez à lui dans cette vie amère,
Mais aussi qu'il était à vous;

Que, tant qu'on est petit, la mère sur nous veille,
Mais que plus tard on la défend;
Et qu'elle aura besoin, quand elle sera vieille,
D'un homme qui soit son enfant;

Vous n'aurez point assez dit à cette jeune âme
Que Dieu veut qu'on reste ici-bas,
La femme guidant l'homme et l'homme aidant la femme,
Pour les douleurs et les combats ;

Si bien qu'un jour, ô deuil ! irréparable perte !
Le doux être s'en est allé !... -
Hélas ! vous avez donc laissé la cage ouverte,
Que votre oiseau s'est envolé !

Victor HUGO (1802-1885)

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Je t'aime, avec ton oeil candide

May 12, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Je t'aime, avec ton oeil candide et ton air mâle,
Ton fichu de siamoise et ton cou brun de hâle,
Avec ton rire et ta gaîté,
Entre la Liberté, reine aux fières prunelles,
Et la Fraternité, doux ange ouvrant ses ailes,
Ma paysanne Egalité !

Victor HUGO (1802-1885)

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I Have a Rendezvous with Death

April 15, 2014 Rasel Rana 0 Comments

I have a rendezvous with Death
At some disputed barricade,
When Spring comes back with rustling shade
And apple-blossoms fill the air—
I have a rendezvous with Death
When Spring brings back blue days and fair.

It may be he shall take my hand
And lead me into his dark land
And close my eyes and quench my breath—
It may be I shall pass him still.
I have a rendezvous with Death
On some scarred slope of battered hill,
When Spring comes round again this year
And the first meadow-flowers appear.

God knows 'twere better to be deep
Pillowed in silk and scented down,
Where love throbs out in blissful sleep,
Pulse nigh to pulse, and breath to breath,
Where hushed awakenings are dear...
But I've a rendezvous with Death
At midnight in some flaming town,
When Spring trips north again this year,
And I to my pledged word am true,
I shall not fail that rendezvous.

Alan Seeger. 1888–1916 (USA/WW1 poet)

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Sur une morte

April 13, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Elle était belle, si la Nuit
Qui dort dans la sombre chapelle
Où Michel-Ange a fait son lit,
Immobile peut être belle.

Elle était bonne, s’il suffit
Qu’en passant la main s’ouvre et donne,
Sans que Dieu n’ait rien vu, rien dit,
Si l’or sans pitié fait l’aumône.

Elle pensait, si le vain bruit
D’une voix douce et cadencée,
Comme le ruisseau qui gémit
Peut faire croire à la pensée.

Elle priait, si deux beaux yeux,
Tantôt s’attachant à la terre,
Tantôt se levant vers les cieux,
Peuvent s’appeler la Prière.

Elle aurait souri, si la fleur
Qui ne s’est point épanouie
Pouvait s’ouvrir à la fraîcheur
Du vent qui passe et qui l’oublie.

Elle aurait pleuré si sa main,
Sur son coeur froidement posée,
Eût jamais, dans l’argile humain,
Senti la céleste rosée.

Elle aurait aimé, si l’orgueil
Pareil à la lampe inutile
Qu’on allume près d’un cercueil,
N’eût veillé sur son coeur stérile.

Elle est morte, et n’a point vécu.
Elle faisait semblant de vivre.
De ses mains est tombé le livre
Dans lequel elle n’a rien lu.

Recueil : "Poésies complémentaires"

Alfred de MUSSET

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Le front aux vitres

April 05, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Ciel dont j’ai dépassé la nuit
Plaines toutes petites dans mes mains ouvertes
Dans leur double horizon inerte indifférent
Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Je te cherche par delà l’attente
Par delà moi même
Et je ne sais plus tant je t’aime
Lequel de nous deux est absent.

Paul ÉLUARD (1895 – 1952)
Recueil : "L'Amour la poésie"

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Extase

March 22, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Mon coeur dans le silence a soudain tressailli,
Comme une onde que trouble une brise inquiète ;
Puis la paix des beaux soirs doucement s'est refaite,
Et c'est un calme ciel qu'à présent je reflète
En tendant vers tes yeux mon désir recueilli.

Comme ceux-là qu'on voit dans les anciens tableaux,
Mains jointes et nu-tête, à genoux sur la pierre,
Je voudrais t'adorer sans lever la paupière,
Et t'offrir mon amour ainsi qu'une prière
Qui monte vers le ciel entre les grands flambeaux.

Ta respiration n'est qu'un faible soupir.
Dans la solennité de ta pose immobile,
Seul, le rythme des mers gonfle ton sein tranquille,
Et sur ton lit d'amour, d'où la pudeur s'exile,
La beauté de ton corps fait songer à mourir...

Extrait de: Au jardin de l'infante (1893)

Albert Samain (1858 - 1900)


 

 

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Devant la mer, un soir ...

March 10, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Devant la mer, un soir, un beau soir d’Italie,
Nous rêvions... toi, câline et d’amour amollie,
Tu regardais, bercée au coeur de ton amant,
Le ciel qui s’allumait d’astres splendidement.

Les souffles qui flottaient parlaient de défaillance ;
Là-bas, d’un bal lointain, à travers le silence,
Douces comme un sanglot qu’on exhale à genoux,
Des valses d’Allemagne arrivaient jusqu’à nous.

Incliné sur ton cou, j’aspirais à pleine âme
Ta vie intense et tes secrets parfums de femme,
Et je posais, comme une extase, par instants,
Ma lèvre au ciel voilé de tes yeux palpitants !

Des arbres parfumés encensaient la terrasse,
Et la mer, comme un monstre apaisé par ta grâce,
La mer jusqu’à tes pieds allongeait son velours,
La mer...

... Tu te taisais ; sous tes beaux cheveux lourds
Ta tête à l’abandon, lasse, s’était penchée,
Et l’indéfinissable douceur épanchée
À travers le ciel tiède et le parfum amer
De la grève noyait ton coeur d’une autre mer,

Si bien que, lentement, sur ta main pâle et chaude
Une larme tomba de tes yeux d’émeraude.
Pauvre, comme une enfant tu te mis à pleurer,
Souffrante de n’avoir nul mot à proférer.

Or, dans le même instant, à travers les espaces
Les étoiles tombaient, on eût dit, comme lasses,
Et je sentis mon coeur, tout mon coeur fondre en moi
Devant le ciel mourant qui pleurait comme toi...

C’était devant la mer, un beau soir d’Italie,
Un soir de volupté suprême, où tout s’oublie,
Ô Ange de faiblesse et de mélancolie.

Recueil : "Le chariot d'or"

Albert SAMAIN (1858-1900)

poesiedumonde

Photo: privé

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Sublime sensation

March 09, 2014 Rasel Rana 0 Comments

En fièvre dans mon antre au lever d’une aurore
M’épongeant du désir il m’aura pris durant
Par un vent de l’Ouest qui soufflait sur la flore
D’ humer ton doux parfum ce cruel excitant

Tout tachant d’apaiser cette attache au martyre
J’ai vu reflet fantasque au premier rai du jour
Tes accords en graphie que jouait l'oiseau-lyre
A mon esprit brûlant s'embrasant à l'amour

Toi qui suis ma foulée vers la voûte finale
Dévoile au dernier jour l'ineffable alchimie
Le regard d'une flamme vers la plume spectrale
Compagne du forfait en amante chérie

Il règne sur nos corps le suc de l'enthousiasme
Quelques perles d'extase où se lie la passion
Des frissons en échos qu'amplifie le fantasme
Je nous sens attachés sublime sensation.

Gerard Artal (Istres, août 2012)

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Encore frissonnant…

February 26, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Encore frissonnant
Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Épargne encore un peu
Ce que j'ai de nocturne,
D'étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

Jules Supervielle, tiré de 'La Fable du monde' (1938)



Source:  Youtube "Gilles-Claude Thériault"

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Fleurs du Ciel

February 15, 2014 Rasel Rana 0 Comments

 

Poème écrit après avoir lu ces deux vers de Ronsard :

        Je vous envoie un bouquet que ma main
        Vient de trier de ces fleurs épanies

Des fleurs? Je n'en veux pas! Celles du ciel
Je cueillerai, quand, comme la racine
D'un mont brisé, le vil, le corporel
Vêtement qui me serre la poitrine,
Oú le coeur bat trop fort, sera fendu
Par l'elan frénétique, et que les têtes
Du serpent qui me mord - il a mordu
Depuis toujours les âmes des poètes! --
Tomberont sous l'azur, sous les rayons
De la Foi, sous le bec de tourterelles;
Quand je pourrai crier: "Appareillons!"
Quand mes bras impuissants seront des ailes.

Par mes yeux descendra dans la poussière
Un fleuve d'ésperance et de lumière,
Pendant qu'au fond de nos jardins humides
Prendront des fleurs les troubadours timides...

Et moi, pâle d'amour, débout sur l'ombre,
Enveloppé de gigantesques voiles,
Déroulant sans trembler le fil du Nombre,
Je formerai deux grands bouquets d'étoiles
Pour le sein tiède de ma Dame obscure
Et pour sa délirante chevelure.

José Martí 1853- 1895

Source: Poésies - José Martí, Traduites en français par Armand Godoy
                 Bernard Grasset, 1937

martijose


Photo: José Marti  [source]

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Anonymous Rondeaux

February 15, 2014 Rasel Rana 0 Comments



Toute seule passerai le vert boscage,
Puis que compagnie n'ai;
Se j'ai perdu mon ami par mon outrage,
Toute seule passerai le vert boscage.
Je li ferai à savoir par un message
Que je li amenderai.
Toute seule passerai le vert boscage,
Puis que compagnie n'ai.



English translation:
I will walk through the greenwood alone, for I have no one to go with me. If I lost my love through my own fault, I will walk through the greenwood alone. I will send message to let him know that I will make him amends. I will walk through the greenwood alone, for I hae no one to go with me.



Source: The Penguin of French Verse I To the 15th Century
Brian Woledge - with plain prose translations of each poem
Penguin Books 1968







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Le réveil

February 14, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Si tu m'appartenais (faisons ce rêve étrange !),
Je voudrais avant toi m'éveiller le matin
Pour m'accouder longtemps près de ton sommeil d'ange,
Egal et murmurant comme un ruisseau lointain.

J'irais à pas discrets cueillir de l'églantine,
Et, patient, rempli d'un silence joyeux,
J'entr'ouvrirais tes mains, qui gardent ta poitrine,
Pour y glisser mes fleurs en te baisant les yeux.

Et tes yeux étonnés reconnaîtraient la terre
Dans les choses où Dieu mit le plus de douceur,
Puis tourneraient vers moi leur naissante lumière,
Tout pleins de mon offrande et tout pleins de ton cœur.

Oh ! Comprends ce qu'il souffre et sens bien comme il aime,
Celui qui poserait, au lever du soleil,
Un bouquet, invisible encor, sur ton sein même,
Pour placer ton bonheur plus près de ton réveil !


René-François Sully Prudhomme (16 March 1839 – 6 September 1907)

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The Passionate Shepherd to His Love

February 13, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Come live with me and be my love,
And we will all the pleasures prove
That valleys, groves, hills, and fields,
Woods or steepy mountain yields.

And we will sit upon the rocks,
Seeing the shepherds feed their flocks,
By shallow rivers to whose falls
Melodious birds sing madrigals.

And I will make thee beds of roses
And a thousand fragrant posies,
A cap of flowers, and a kirtle
Embroidered all with leaves of myrtle;

A gown made of the finest wool
Which from our pretty lambs we pull;
Fair lined slippers for the cold,
With buckles of th purest gold;

A belt of straw and ivy buds,
With coral clasps and amber studs:
And if these pleasures may thee move,
Come live with me and be my love.

The shepherds' swains shall dance and sing
For thy delight each May morning:
If these delights thy mind may move,
Then live with me and be my love.

Christopher Marlowe (baptised 26 February 1564 – 30 May 1593)

sheep

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Grenzen/ Frontière

February 12, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Grenzen

Hoe zou mij met politiek verminken
wanneer een aangezicht een aangezicht belijdt,
wanneer de Zwarte Zee de Noordzee lijkt,
wanneer een Donau-vlot mijn voet herkent,
wanneer een wilde wijn mijn mond verwent,
wanneer mijn keel een donkere taal verkent,
wanneer een Vlaamse vloek een lichter oor bekoort,
wanneeer een zelfde maan mijn heimwee smoort?

En dan, hoe zou ik als ik naar de luchtkaart kijk
en onder mij de westernwolken mee zie glijden
nog grenzen voelen die alleen maar scheiden
es grillig zijn en van papier en pijn?

Karel Jonckheere - Ostend, 9 April 1906 – Rijmenam, 13 December 1993

***

Pourquoi me laisserais-je mutiler par la politique
Quand un visage s'ouvre à mon visage,
Quand la mer Noire en moi salue la mer du Nord,
Quand les fleurs du Danube caressent mes pieds,
Quand un vin sauvage ravit ma langue et mon palais,
Quand ma gorge découvre la chaleur d'un nouveau parler,
Quand un juron flamand charme une oreille plus douce,
Et que la même lune apaise ma nostalgie?

Et puis contemplant la carte du ciel
Et les nuages sous moi qui m'accompagnent,
Comment encore sentir ces frontières qui séparent,
Frontières insensées, de papier et de douleur?

1906 Belge

Traduit par Hugo Richter

 

Source: L'Europe des Poètes. Anthologie multilingue.
DE ZAGON (Elizabeth S.)/ Le Cherche Midi ; Seghers, 1980

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Explosión

February 10, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Si la vida es amor, bendita sea!
Quiero más vida para amar! Hoy siento
Que no valen mil años de la idea
Lo que un minuto azul del sentimiento.

Mi corazon moria triste y lento…
Hoy abre en luz como una flor febea;
La vida brota como un mar violento
Donde la mano del amor golpea!

Hoy partio hacia la noche, triste, fría
Rotas las alas mi melancolía;
Como una vieja mancha de dolor
En la sombra lejana se deslíe…
Mi vida toda canta, besa, ríe!
Mi vida toda es una boca en flor!

***

Explosion

Si la vie est amour, bénie soit-elle!
Je veux plus de vie encore pour aimer! Car je sens
que mille ans de l'idée ne valent pas
une minute azurée de sentiment.

Mon coeur s'étiolait triste et dolent...
Aujourd'hui, fleur de Phébus, il s'ouvre en lumière;
la vie éclate comme une mer violente
par la main de l'amour meurtrie!

Aujourd'hui s'en est allée vers la nuit, triste et froide,
ailes brisées, mon humeur chagrine;
telle une vieille tache de douleur
dans l'ombre lointaine elle se dissipe...
Ma vie toute chante, caresse, rit!
Ma vie toute est une bouche en fleur!

(El libro blanco)

Delmira Agustini (1886 - 1914)

Source: Poésie uruguayenne du XXe siècle 1998
Edition bilingue - Patiño - Unesco
Renard, Marilyne Armande (trad.)

***

English -Translation by Valerie Martínez

If life were love, how blessed it would be!
I want more life so to love! Now I feel
A thousand years of ideas are not worth
One blue minute of sentiment.

My heart was dying slowly, sadly…
Now it opens like a Phoebean flower:
Life rushes forth like a turbulent sea
Whipped by the hand of love.

My sorrow flies into the night, sad, cold
With its broken wings;
Like an old scar that continues to ache–
In the distant shade it dissolves…
All my life sings, kisses, laughs!
All my life is a flowering mouth!

 



Source: Youtube Liliana Varela

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Ville morte

February 04, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Vague, perdue au fond des sables monotones,
La ville d'autrefois, sans tours et sans remparts,
Dort le sommeil dernier des vieilles Babylones,
Sous le suaire blanc de ses marbres épars.

Jadis elle régnait ; sur ses murailles fortes
La Victoire étendait ses deux ailes de fer.
Tous les peuples d'Asie assiégeaient ses cent portes ;
Et ses grands escaliers descendaient vers la mer...

Vide à présent, et pour jamais silencieuse,
Pierre à pierre, elle meurt, sous la lune pieuse,
Auprès de son vieux fleuve ainsi qu'elle épuisé,

Et, seul, un éléphant de bronze, en ces désastres,
Droit encore au sommet d'un portique brisé,
Lève tragiquement sa trompe vers les astres.

(Recueil : Au jardin de l'infante)

Albert Samain

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Le refus

February 03, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Au fond de la chambre élégante
Que parfuma son frôlement,
Seule, immobile, elle dégante
Ses longues mains, indolemment.

Les globes chauds et mats des lampes
Qui luisent dans l'obscurité,
Sur son front lisse et sur ses tempes
Versent une douce clarté.

Le torrent de sa chevelure,
Où l'eau des diamants reluit,
Roule sur sa pâle encolure
Et va se perdre dans la nuit.

Et ses épaules sortent nues
Du noir corsage de velours,
Comme la lune sort des nues
Par les soirs orageux et lourds.

Elle croise devant la glace,
Avec un tranquille plaisir,
Ses bras blancs que l'or fin enlace
Et qui ne voudraient plus s'ouvrir,

Car il lui suffit d'être belle :
Ses yeux, comme ceux d'un portrait,
Ont une fixité cruelle,
Pleine de calme et de secret ;

Son miroir semble une peinture
Que quelque vieux maître amoureux
Offrit à la race future,
Claire sur un fond ténébreux,

Tant la beauté qui s'y reflète
A d'orgueil et d'apaisement,
Tant la somptueuse toilette
Endort ses plis docilement,

Et tant cette forme savante
Paraît d'elle-même aspirer
A l'immobilité vivante
Des choses qui doivent durer.

Pendant que cette créature,
Rebelle aux destins familiers,
Divinise ainsi la Nature
De sa chair et de ses colliers,

Le miroir lui montre, dans l'ombre,
Son amant doucement venu,
Au bord de la portière sombre,
Offrir son visage connu.

Elle se retourne sereine,
Dans l'amas oblique des plis,
Qu'en soulevant la lourde traîne
Son talon disperse, assouplis,

Darde, sans pitié, sans colère,
La clarté de ses grands yeux las,
Et, d'une voix égale et claire,
Dit : " Non ! je ne vous aime pas. "

Anatole FRANCE (1844-1924)

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Ô rage ! Ô désespoir...

February 02, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?
Mon bras qu'avec respect tout l'Espagne admire,
Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire,
Tant de fois affermi le trône de son roi,
Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?
Ô cruel souvenir de ma gloire passée !
OEuvre de tant de jours en un jour effacée !
Nouvelle dignité fatale à mon bonheur !
Précipice élevé d'où tombe mon honneur !
Faut-il de votre éclat voir triompher le comte,
Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte ?
Comte, sois de mon prince à présent gouverneur;
Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur;
Et ton jaloux orgueil par cet affront insigne
Malgré le choix du roi, m'en a su rendre indigne.
Et toi, de mes exploits glorieux instrument,
Mais d'un corps tout de glace inutile ornement,
Fer, jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense,
M'as servi de parade, et non pas de défense,
Va, quitte désormais le dernier des humains,
Passe, pour me venger, en de meilleures mains.

(Le Cid, extrait acte I, scène 4)

Pierre Corneille (1606 - 1684)



Source: youtube Auguste Vertu

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Leçon d'histoire

February 01, 2014 Rasel Rana 0 Comments

J'ai tenté d'expliquer
l'histoire aux pierres
elles se sont tues
J'ai tenté de l'expliquer aux arbres
ils ont penché leurs feuillages

J'ai tenté de l'expliquer au jardin
il m'a souri doucement

L'histoire se compose
de quatre saisons a-t-il dit
le printemps l'été
l'automne et l'hiver

Maintenant c'est l'hiver qui vient

Kanyadi Sandor (1929 -)

Traduits du hongrois par Margit Molnar

Source: http://www.espritsnomades.com/

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Kanyadi Sandor [Image Source]

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Larme

February 01, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Je buvais, accroupi dans quelque bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Par un brouillard d'après-midi tiède et vert.

Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, Ciel couvert.
Que tirais-je à la gourde de colocase ?
Quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer.

Tel, j'eusse été mauvaise enseigne d'auberge.
Puis l'orage changea le ciel, jusqu'au soir.
Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches,
Des colonnades sous la nuit bleue, des gares.

L'eau des bois se perdait sur des sables vierges.
Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares...
Or ! tel qu'un pêcheur d'or ou de coquillages,
Dire que je n'ai pas eu souci de boire !

Mai 1872

Arthur Rimbaud

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Je me defends de toi....

January 29, 2014 Rasel Rana 0 Comments

Je me défends de toi chaque fois que je veille,
J'interdis à mon vif regard, à mon oreille,
De visiter avec leur tumulte empressé
Ce coeur désordonné où tes yeux sont fixés.
J'erre hors de moi-même en négligeant la place
Où ton clair souvenir m'exalte et me terrasse.
Je refuse à ma vie un baume essentiel.
Je peux, pendant le jour, ne pas goûter au miel
Que ton rire et ta voix ont laissé dans mon âme,
Où la plaintive faim brusquement me réclame...
-Mais la nuit je n'ai pas de force contre toi,
Mon sommeil est ouvert, sans portes et sans toit.
Tu m'envahis ainsi que le vent prend la plaine.
Tu viens par mon regard, ma bouche, mon haleine
Par tout l'intérieur et par tout le dehors.
Tu entres sans débats dans mon esprit qui dort.
Comme Ulysse, pieds nus, débarquait sur la grève ;
Et nous sommes tout seuls, enfermés dans mon rêve.
Nous avançons furtifs, confiants, hasardeux,
Dans un monde infini où l'on ne tient que deux.
Un mur prudent et fort nous sépare des hommes,
Rien d'humain ne pénètre aux doux lieux où nous sommes.
Les bonheurs, les malheurs n'ont plus de sens pour nous ;
Je recherche la mort en pressant tes genoux,
Tant mon amour a hâte et soif d'un sort extrême,
Et tu n'existes plus pour mon coeur, tant je t'aime !
Mon vertige est scellé sur nous comme un tombeau.
-Ce terrible moment est si brûlant, si beau,
Que lorsque lentement l'aube teint ma fenêtre,
C'est en me réveillant que je crois cesser d'être...

Anna de Noailles (1876 - 1933)


Video-Source: Youtube LAPLUMEPOETIQUE

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She At His Funeral /Funérailles

January 11, 2014 Rasel Rana 0 Comments

They bear him to his resting-place--
In slow procession sweeping by;
I follow at a stranger's space;
His kindred they, his sweetheart I.
Unchanged my gown of garish dye,
Though sable-sad is their attire;
But they stand round with griefless eye,
Whilst my regret consumes like fire!

Thomas Hardy 1840 - 1928 

***

Funérailles

On l'emporte à son dernier repos,
le lent cortège se déroule;
je le suis comme une étrangèr;
eux sont ses parents,moi, son amante.
J'ai gardé ma robe de couleur vive,
eux sont vêtus de tristes crèpes;
mais ils l'entourent avec des yeux sans larmes,
tandis que la douleur me dévore comme du feu.

Source: http://gallica.bnf

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