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LE REGARD

August 31, 2013 Rasel Rana 0 Comments

     Regard ardant, cruel meurtrier de l'ame,
Et qui le corps retire de la lame,
Portant l'enfer en son superbe trait,
Et paradis en son plus doux attrait.


     Regard posé d'un oeil demy ouvert,
Orné d'esmail, d'esmail noir, blanc et verd,
Dessous le sein d'une voille argentée,
Rasserenant l'oeillade redoutée.


     Regard aygu à la force asseurée
Contre les rais de la torche etherée,
Et qui descend par sa vivacité
Au fond plus creux du val précipité


     Regard en qui tant de vertu s’assemble
Que son moins vainc l’Aigle et le Lynce ensemble.


     Regard pudique irrité quelquefoys
Du vil accent de la lubrique voix,
Qui fait rougir la blancheur lilialle
Sous un ciel paint de honte virginalle,
Et, relevant ses rais en la pensée,
Monstre combien son ame est offensée.


     Regard qui peult seullement par un clin
Du corps mourant retarder le declin,
Et ramener mainte ame vagabonde
Dedans son corps de long temps mort au monde.


     Regard luisant, la transparante porte
Du cueur caché, où amour se transporte :
Regarde moy, seiche mes tristes larmes,
contre le mal foibles et vaines armes,
Oste l’ardeur qui m’esblouit, à fin
Que de mon deuil je puisse voir la fin.


Maclou de la Haye
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( in Cinq blasons des cinq contentemens en amour, Paris 1553 )
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source Gallica
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SECRET DU POETE

August 31, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Je n'ai pour amie que la nuit.

Avec elle, toujours je pourrai parcourir
De moment en moment des heures, non pas vides,
Mais un temps que je mesure avec mon coeur
Comme il me plaît, sans jamais m'en distraire.

Ainsi lorsque je sens,
Encore s'arrachant à l'ombre,
L'espérance immuable
A nouveau débusquer en moi le feu
Et le rendre en silence
A tes gestes de terre
Aimés au point de paraître, lumière,
Immortels.

Giuseppe Ungaretti (1888-1970)
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(traduit de l'italien par Philippe Jaccottet et Jean Lescure)
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( in Vie d'un homme - Poésie 1914-1970, Gallimard, 2005 )
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pour en savoir plus sur Giuseppe Ungaretti : cliquez ici
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SOUS LES AILES DE NULMOT

August 31, 2013 Rasel Rana 0 Comments

D'abord tu brûleras
les images. Puis
tu
brûleras

les lettres. Puis tu brûleras
ce qui est écrit
dans l'eau.
Et ce

qui est écrit dans la pierre
tu le
brûleras aussi. Et pour finir ce qui
n'est écrit

nulle part. Des cendres
de nulmot
s'élève
l'oiseau de nulmot. Sous ses coups d'aile

tu te penches
en arrière, tu
respires. Puis
tu brûleras les images.

Jan Erik Vold
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(traduit du norvégien par Jacques Outin)
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(in Il pleut des étoiles dans notre lit - Cinq poètes du grand Nord - Gallimard, nrf, 2011)
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pour en savoir plus sur Jan Erik Vold : cliquez ici
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Ma seule amour...

August 31, 2013 Rasel Rana 1 Comments

Ma seule amour, ma joie et ma maîtresse,
Puisqu'il me faut loin de vous demeurer,
Je n'ai plus rien, à me réconforter,
Qu'un souvenir pour retenir liesse.

En alléguant, par Espoir, ma détresse,
Me conviendra le temps ainsi passer,
Ma seule amour, ma joie et ma maîtresse,
Puisqu'il me faut loin de vous demeurer.

Car mon coeur las, bien garni de tristesse,
S'en est voulu avecques vous aller,
Ne je ne puis jamais le recouvrer,
Jusque verrai votre belle jeunesse,
Ma seule amour, ma joie et ma maîtresse.

Charles d'Orléans (1394-1465)
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source Gallica
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L'agréable leçon

August 30, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Dans la brise ailée et sonore
S’éveillent les dieux bocagers ;
Et le chalumeau des bergers
Brode de ses accords légers
Le voile rose de l’aurore.


Tircis aux pieds d’Églé dit son âme amoureuse.
L’air est bleu ; la rosée étincelle aux buissons ;
Le ruisseau d’argent clair brille dans les cressons,
Et le chien noir a l’oeil sur la brebis peureuse.


Sur ses pipeaux Tircis à la Journée Heureuse
Prélude ; mais soudain, jalousant ses chansons,
Églé veut à son tour, par d’aimables leçons,
D’une haleine qui chante emplir la flûte creuse.


Inhabile, elle souffle, et, penché sur son cou,
Tircis lève, descend ses doigts sur chaque trou,
Et les maintient crispés sur des accords moroses.


Églé s’irrite ; alors, Tircis pour l’apaiser
Sur sa bouche vermeille appuie un long baiser ;
Et la flûte à leurs pieds roule parmi les roses...


Dans la lumière qui recule
S’endorment les dieux bocagers ;
Et le chalumeau des bergers
Suspend ses accords prolongés
Au voile bleu du crépuscule.


Albert SAMAIN (1858-1900)


“Le Chariot D’Or”


Librairie des Amateurs
A. Ferroud – F. Ferroud, Successeur
127, Boulevard Saint-Germain – 1907

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The Caurnie Poets

August 24, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Oh, caurnie, whaur's your rhymers noo?
You yince had poets quite a few,
But noo I look your paper through,
and no'a verse,
Can it be you've lost the breed
That jingled cot a wee bit screed?
Are they asleep or are they deid?
whit mak's them scarce?

But maybe it's because you're "dry",
And no' a drink to them supply,
That they to ither taverns hie,
and you neglect
And there they sing O' "Ballochmyle","
Or else some place in Erin's Isle,
And you, forgotten a' the while,
gets nae respect.

Oh, wha will rise and sing a sang,
And praise you up baith loud and lang,
For wi' you there's naething' wrang-
oh, one thing, yes,
When will your honest, sober folk
Tak' pity on your bare-faced nock?
They let it staun' the tempest's shock
witoot a glass.

The a'e hauf does its very best,
Fechtin' winds frae east or west,
An tho' at times it's backward pressed,
will no' gi'e in,
Meanwhile, on the sheltered side
The haunds ha'e got a smoother glide,
Waiting not for time nor tide,
aroond they spin.

The two haunds on the northern face
Ha'e found a way to set the pace,
For lockit in a fond embrace
the 'oors flee past,
The wee yin, noo she's got a mate,
Cars'oors flee by at sic a rate,
She's able now tae change the date,
an' jook the blast.

And Archie Leitch, who tols the bell,
How he kens when I canna tell,
Unless the callant's bocht himsel'
a pocket ben.

No, Archie keep your wee watch right,
Tak' care it's no' rowed up too ticht,
Or we'll miss some 'oors sleep some night
awaitin' ten.

I hope I havena' raisen your ire
By criticisin' yor auld spire,
Whar each face ca's the ither liar
behint their back,
For I set oot withoot intention
Ony fan'ts o' yours tae mention,
But maybe noo some fists are clenchin'
my jaw tae smack.

So, for the present, that's enough:
You, for the warld, I widna' huff;
I'll balance this wi'praisin' stuff
when I come back


Kenneth Robertson


K. Herald 6 April 1958

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ORACIÓN VERDE

August 16, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Madre verde que estás con nosotros,
danos tu luz y tu sombra;
danos, madre, tu voz y tu silencio,
la danza y la quietud,
los abrazos del bosque,
el esplendor del mar y de la aurora.
Ven agua madre, ven; deja tus ríos
correr o remansarse,
la tempestad clamar;
que la gracia del tiempo entre las olas,
como un ave nos cante en la alborada.
¿Dónde si no en tu corazón en llamas,
madre fuego, nacieron tus arrullos,
el talismán dorado del ocaso
que es siempre amanecer;
la música estelar,
el bosque iluminado de palabras?
Danos, madre, tu suelo, ese ángel tibio
que nos besa y nos besa;
tus arenas, tus piedras, el polvo enamorado
que nos persigue como un duende loco.
Ahora y en la hora en que juntamos
este caudal de historias, estas fábulas,
danos el viento para navegar, los huracanes,
la brisa sosegada, el soplo de tu aliento,
tú que estás con nosotros,
madre verde de sombra,
madre verde de luz.

CARLOS FRANCISCO MONGE

 

PRIÈRE VERTE  (Traduction: Jean Régis Migne)

Mère verte, notre terre, qui est toujours avec nous,
donne-nous ta lumière et ta pénombre;
donne-nous, mère terre, ta voix et ton silence,
l’agitation et le calme,
les caresses de la forêt,
la splendeur de l’océan à l’aube.
Viens, mère eau, viens; laisse tes rivières
s’écouler ou s’étaler,
laisse la tempête gronder;
laisse le temps au calme bienvenu entre les vagues
chanter pour nous comme une alouette à l’aube.
Si ce n’est dans ton coeur embrasé, mère de feu,
d’où naquit ce doux murmure,
le talisman d’or du crépuscule
qui est aussi l’aurore;
la musique galactique,
la forêt illuminée de mots?
Donne-nous, mère terre, ton sol,
qui, de baisers chauds et mouillés,
sans cesse nous comble;
ton sable, tes rochers, la poussière chérie
qui ne cesse de nous poursuivre comme un elfe fou.
Maintenant et au moment même où nous devenons
part de ce courant d’histoires, de fables,
fais lever le vent dans nos voiles, des ouragans,
une brise placide, un souffle de ton haleine,
toi qui est toujours avec nous,
terre mère de la pénombre,
terre mère de la lumière.

 

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La mort de loup

August 10, 2013 Rasel Rana 0 Comments

I

Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. -- Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs ; seulement
La girouette en deuil criait au firmament ;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d'en bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant ; bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse ;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu'adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ;
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

II

J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuve
Ne l'eût pas laissé seul subir la grande épreuve ;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

III

Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
- Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur !
Il disait : " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. "

Alfred de Vigny ( 1797 - 1863 )
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( in Les Destinées, éditions Michel Lévy Frères, Paris 1864 )
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source Gallica
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Air vif

August 09, 2013 Rasel Rana 0 Comments

(Derniers poèmes d’amour, 1963)

J’ai regardé devant moi
Dans la foule je t’ai vue
Parmi les blés je t’ai vue
Sous un arbre je t’ai vue
Au bout de tous mes voyages
Au fond de tous mes tourments
Au tournant de tous les rires
Sortant de l’eau et du feu
L’été l’hiver je t’ai vue
Dans ma maison je t’ai vue
Entre mes bras je t’ai vue
Dans mes rêves je t’ai vue
Je ne te quitterai plus.

Paul Eluard

.

Paul Eluard

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Quand je suis à tes pieds ...

August 09, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Quand je suis à tes pieds, comme un fidèle au temple
Immobile et pieux, quand fervent je contemple
Ta bouche exquise ou flotte un sourire adoré,
Tes cheveux blonds luisant comme un casque doré,
Tes yeux penchés d’où tombe une douceur câline,
Ton cou svelte émergeant d’un flot de mousseline,
L’ombre de tes longs cils sur ta joue et tes seins
Où mes baisers jaloux s’abattent par essaims,
Quand j’absorbe ta vie ainsi par chaque pore,
Et, comme un encensoir brûlant qui s’évapore,
Quand je sens, d’un frisson radieux exalté,
Tout mon coeur à longs flots fumer vers ta beauté,
Toujours ce vain désir inassouvi me hante
D’emporter avec moi tes yeux vivants d’amante,
De les mettre en mon coeur comme on garde un bijou
Afin de les trouver à toute heure et partout.
Aussi quand je m’en vais, pour conserver dans l’âme
Encore un peu de toi qui brille, douce flamme,
Aux lèvres que tu tends vers mes lèvres d’amant
À longs traits, à longs traits, je bois éperdument
D’une soif de désert, vorace, inassouvie,
Comme si je voulais te prendre de ta vie ! ...
Mais en vain... car à peine une dernière fois
T’ai-je envoyé mon coeur suprême au bout des doigts,
En me retrouvant seul sur le pavé sonore
Dans la rue où là-bas ta vitre brille encore,
Je sens parmi le vent nocturne s’exhaler
Tout ce que j’avais pris de toi pour m’en aller...
Et de tout son trésor mon coeur triste se vide,
Car ton subtil amour, ô femme, est plus fluide
Que l’eau vive, qu’on puise aux sources dans les bois
Et qu’on sent, malgré tout, fuir au travers des doigts...

Albert SAMAIN (1858-1900)

“Le Chariot D’Or”
Composition & Gravures de Charles Chessa

Librairie des Amateurs
A. Ferroud – F. Ferroud, Successeur
127, Boulevard Saint-Germain – 1907

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MA CAMPAGNE

August 08, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Comme' pou eun'  lett'  eud jour de l'an

Où qu' no vèye eun'  bell'  découpure,

Mâs fé d' man mieux pou l'écriture

Sans m' crair' d'emblèye un grand savant.

 

J'ai dans les yeux des paysâges

Où ma campagn' n'a point vieulli :

Y'  a des caanchons dans ses taillis,

Y'  a tout san coeur dans mes imâges.

 

Y'  a des jours où l' solei la cuit :

Pôr lors à semb' un brin tannéye,

Sa paur'  figü'  est tout'  fannèye

Et nô crairait qu'a'  s'  mour'  d'ennui.

 

Li faut d' la mucreu pou s'essourdre

Et la grande é qui vient d' la mé.

Qu'alle est-y belle en plein mouâ d' Mai,

Limpid' comm' eud' l'iâ qui vient d' sourdre.

 

Guettez-mê c'te pièche d' cossard :

Nô dirait du solei qu' embaume !

Pis c'te mazu' et san toit d' chaume

Décoré comme un vieux hussard.

 

Y' a des boqu'rons, y' a des quênèyes,

D'z' âb' censément draits comm' des i,

Y' a des pommiers partout (ça s' dit !)

Pis des lié' qui n' compt' pu l'z annèyes.

 

Y' a des clochers où l' coq dit l' vent :

D'aucuns en piêrr', d'aôt' en erdoise,

(Tout comme eun' manié d' coëff' cauchoise)

L'z hirondell' y r'vienn' au biaô temps.

 

Nô n' na par moment la berlue,

Comm' çu pêqueux d'vant un champ d' lin

Qui s' mit à brâiller - çu malin ! - :

" Mais fré dé Guiû qu' la mé est blue !"

 

" Tout cha, m' direz-vous, c'est des mots !

Faut la couleu' pis la musique. "

Qu' chacun d' vous un brin seu' y' applique ;

Mê, j' gard' mes pieds dans mes chabots !

 

Ô ma campagne euq' t'es-t'y belle

Aveu tous tes vivants atours !

Eul' rossignol, tan troubadour,

S' pâme en t'offrant ses ritournelles !

Gaston Demongé, dit Maît' Arsène (1888-1973), poète cauchois
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( in Les Terreux, éd. L. Durand & Fils, Fécamp, 1955 )
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Pour en savoir un peu plus : cliquez ici (source Gallica)

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Rondeau amoureux

August 07, 2013 Rasel Rana 0 Comments

M’aimerez vous bien,
Dictes, par vostre ame ?
Mais que je vous aime
Plus que nulle rien,
M’aimerez vous bien ?

Dieu mit tant de bien
En vous que c’est basme,
Pour ce je me clame
Vostre. Mais combien
M’aimerez vous bien ?

Jean MESCHINOT (1420-1491)

MILLE ET CENT ANS DE POESIE FRANCAISE
De la séquence de sainte Eulalie à Jean Genet

Bernard DELVAILLE - Édition Robert Laffont

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Un seul mot

August 06, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Les paroles sont semblables aux abeilles,
Possédant miel et venin.
Tantôt un excès de saveur sans pareil,
Tantôt, elles sont pires qu’un surin.

Un seul mot peut te hisser
Vers l’apogée et la gloire.
Tu connaitras les sommets,
L’aisance et le pouvoir,
Les portes s’ouvriront d’un trait,
Des richesses à gogo vont pleuvoir.

Un seul mot peut causer ta chute,
Tu mordras la poussière.
Tu perdras tout en une minute,
Tout comme par un mystère.
Dont la discussion que tu débute,
Pèse bien les mots que tu profères.

Un seul mot peut changer ton attitude,
D’un coup, il modifie ton humeur.
Tu le rabâches avec hébétude,
Il trouble ta paix intérieure.
Il te fera perdre ta quiétude,
De tes entrailles jaillira la vapeur.

Un seul mot te sera remède,
Il te guérira du mal passé.
Tu jouiras de la gaieté qui succède,
Tu seras réjoui et rassuré.
Ton écho te sera une aide,
Il sera aisé à tes côtés.

Un seul mot te causera des blessures,
Ses plaies sont pires que celles d’un couteau.
Pauvre âme qui souffre et endure,
On dirait des sabres qui traversent la peau,
Les larmes coulent à flot sur la figure,
Le corps semble être dans un fourneau.

Un seul mot te procurera l’ivresse,
Il est pire que le vin et la drogue.
Son effet est tel un océan que l’ouragan traverse,
Ton esprit sera saisi de sensation analogue.
Et tu passeras des nuits blanches sans cesse
Les soucis seront ton épilogue.

Ahcene Mariche 

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Soir d'été

August 03, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Une tendre langueur s'étire dans l'espace ;
Sens-tu monter vers toi l'odeur de l'herbe lasse ?
Le vent mouillé du soir attriste le jardin ;
L'eau frissonne et s'écaille aux vagues du bassin
Et les choses ont l'air d'être toutes peureuses ;
Une étrange saveur vient des tiges juteuses.
Ta main retient la mienne, et pourtant tu sens bien
Que le mal de mon rêve et la douceur du tien
Nous ont fait brusquement étrangers l'un à l'autre ;
Quel coeur inconscient et faible que le nôtre,
Les feuilles qui jouaient dans les arbres ont froid
Vois-les se replier et trembler, l'ombre croît,
Ces fleurs ont un parfum aigu comme une lame...
Le douloureux passé se lève dans mon âme,
Et des fantômes chers marchent autour de toi.
L'hiver était meilleur, il me semble ; pourquoi
Faut-il que le printemps incessamment renaisse ?
Comme elle sera simple et brève, la jeunesse !...
Tout l'amour que l'on veut ne tient pas dans les mains ;
Il en reste toujours aux closes du chemin.
Viens, rentrons dans le calme obscur des chambres douces ;
Tu vois comme l'été durement nous repousse ;
Là-bas nous trouverons un peu de paix tous deux.
- Mais l'odeur de l'été reste dans tes cheveux
Et la langueur du jour en mon âme persiste :
Où pourrions-nous aller pour nous sentir moins tristes ?...

Anna de Noailles 1876 – 1933

(Recueil : Le coeur innombrable)

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A Marceline Desbordes Valmore

August 03, 2013 Rasel Rana 0 Comments

 

L’amour, dont l’autre nom sur terre est la douleur,
De ton sein fit jaillir une source écumante,
Et ta voix était triste et ton âme charmante,
Et de toi la pitié divine eût fait sa soeur.

Ivresse ou désespoir, enthousiasme ou langueur,
Tu jetais tes cris d’or à travers la tourmente ;
Et les vers qui brûlaient sur ta bouche d’amante
Formaient leur rythme aux seuls battements de ton coeur.

Aujourd’hui, la justice, à notre voix émue,
Vient, la palme à la main, vers ta noble statue,
Pour proclamer ta gloire au vieux soleil flamand.

Mais pour mieux attendrir ton bronze aux tendres charmes,
Peut-être il suffirait - quelque soir - simplement
Qu’une amante vînt là jeter, négligemment,

Une touffe de fleurs où trembleraient des larmes.

Albert SAMAIN (1858-1900)

"Le Chariot D'Or"

Librairie des Amateurs
A. Ferroud - F. Ferroud, Successeur
127, Boulevard Saint-Germain - 1907

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L'OMBRE

August 02, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Aux jours où la chaleur arrêtait toute vie,
Quand le soleil, sur les labours exténués,
Pressait contre son coeur le vignoble muet,-
A l'heure où des faucheurs l'armée anéantie
Écrasait l'herbe sous des corps crucifiés,-
Seul debout, en ces jours de feu et de poussière.
En face de sommeil accablé de la terre,
Assourdi par le cri des cigales sans nombre,
Je cherchais votre coeur, comme je cherchais l'ombre.

François Charles Mauriac 1885 – 1970

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