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Les Aieules

July 31, 2013 Rasel Rana 1 Comments

                            A madame Judith Mendès


A la fin de juillet les villages sont vides.
Depuis longtemps déjà des nuages livides,
Menaçant d’un prochain orage à l’occident,
Conseillaient la récolte au laboureur prudent.
Donc voici la moisson, et bientôt la vendange ;
On aiguise les faux, on prépare la grange,
Et tous les paysans, dès l’aube rassemblés,
Joyeux vont à la fête opulente des blés.
Or, pendant tout ce temps de travail, les aïeules
Au village, devant les portes, restent seules,
Se chauffant au soleil et branlant le menton,
Calmes et les deux mains jointes sur leur bâton ;
Car les travaux des champs leur ont courbé la taille.
Avec leur long fichu peint de quelque bataille,
Leur jupe de futaine et leur grand bonnet blanc,
Elles restent ainsi tout le jour sur un banc,
Heureuses, sans penser peut-être et sans rien dire,
Adressant un béat et mystique sourire
Au clair soleil qui dore au loin le vieux clocher
Et mûrit les épis que leurs fils vont faucher.


Ah ! c’est la saison douce et chère aux bonnes vieilles!
Les histoires autour du feu, les longues veilles
Ne leur conviennent plus. Leur vieux mari, l’aïeul,
Est mort, et, quand on est très-vieux, on est tout seul :
La fille est au lavoir, le gendre est à sa vigne.
On vous laisse ; et pourtant encore on se résigne,
S’il fait un beau soleil aux rayons réchauffants.
Elles aimaient naguère à bercer les enfants.
Le cœur des vieilles gens, surtout à la campagne,
Bat lentement et très-volontiers s’accompagne
Du mouvement rythmique et calme des berceaux.
Mais les petits sont grands aujourd’hui ; ces oiseaux
Ont pris leur vol ; ils n’ont plus besoin de défense ;
Et voici, que les vieux, dans leur seconde enfance,
N’ont même plus, hélas ! ce suprême jouet.


Elles pourraient encor bien tourner le rouet;
Mais sur leurs yeux pâlis le temps a mis son voile; •
Leurs maigres doigts sont las de filer de la toile ;
Car de ces mêmes mains, que le temps fait pâlir,
Elles ont déjà dû souvent ensevelir
Des chers défunts la froide et lugubre dépouille
Avec ce même lin filé par leur quenouille.


Mais ni la pauvreté constante, ni la mort
Des troupeaux, ni le fils aîné tombant au sort,
Ni la famine après les mauvaises récoltes,
Ni les travaux subis sans cris et sans révoltes,
Ni la fille, servante au loin, qui n’écrit pas,
Ni les mille tourments qui font pleurer tout bas,
En cachette, la nuit, les craintives aïeules,
Ni la foudre du ciel incendiant les meules,
Ni tout ce qui leur parle encore du passé
Dans l’étroit cimetière à l’église adossé
Où vont jouer les blonds enfants après l’école,
Et qui cache, parmi l’herbe et la vigne folle,
Plus d’une croix de bois qu’elles connaissent bien,
Rien n’a troublé leur cœur héroïque et chrétien.
Et maintenant, à l’âge où l’âme se repose,
Elles ne semblent pas désirer autre chose
Que d’aller, en été, s’asseoir, vers le midi,
Sur quelque banc de pierre au soleil attiédi,
Pour regarder d’un œil plein de sereine extase
Les canards bleus et verts caquetant dans la vase,
Entendre la chanson des laveuses et voir
Les chevaux de labour descendre à l’abreuvoir.
Leur sourire d’enfant et leur front blanc qui tremble
Rayonnent de bien-être et de candeur; il semble
Qu’elles ne songent plus à leurs chagrins passés,
Qu’elles pardonnent tout, et que c’est bien assez
Pour elles que d’avoir, dans leurs vieilles années,
Les peines d’autrefois étant bien terminées,
Et pour donner la joie à leurs quatre-vingts ans,
Le grand soleil, ce vieil ami des paysans.


François COPPÉE 1842 - 1908
Poèmes Et Récits, Édition Illustrée De 45
Sans date (1886)
Dessins De Myrbach, Gravés Par Florian.

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Ne vas pas gentiment dans cette douce nuit

July 30, 2013 Rasel Rana 1 Comments

(Original)

Do not go gentle into that good night

Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rave at close of day;
Rage, rage against the dying of the light.

Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had forked no lightning they
Do not go gentle into that good night,

Good men, the last wave by, crying how bright
Their frail deeds might have danced in a green bay,
Rage, rage against the dying of the light.

Wild men who caught and sang the sun in flight,
And learn, too late, they grieved it on its way,
Do not go gentle into that good night,

Grave men, near death, who see with blinding sight
Blind eyes could blaze like meteors and be gay,
Rage, rage against the dying of the light.

And you, my father, there on the sad height,
Curse, bless, me now with your fierce tears, I pray.
Do not go gentle into that good night,
Rage, rage against the dying of the light.

 Dylan Thomas 1914 – 1953 

***

Traduction de Rolland Pauzin, conservant la forme de la villanelle :

Ne vas pas gentiment dans cette douce nuit
L’âge devrait brûler ou briser sa clôture
Rage, rage et combats la mort du soir qui luit

Bien qu'un sage vieillard sait que le trou noir suit,
Ses mots étant sans lux, aucune créature
Ne va docilement dans cette douce nuit.

Bonhomme prés du but, pleurant pour ce vert buis
Brillant, où danseraient ses dernières mesures,
Rage, rage et combat la mort du soir qui luit.

L'excité qui chantait le vol d'un soleil cuit
Et qui apprend trop tard le deuil de ses brûlures,
Ne va docilement dans cette douce nuit.

L'homme grave et mourant, dont les yeux, tels des puits,
Peuvent de joie briller avant leurs fermetures,
Rage, rage et combat la mort du soir qui luit.

Et toi père en ce corps qui tristement s'enfuit,
En pleurs fiers, maudis-moi, bénis-moi, je t'adjure,
Ne vas pas gentiment dans cette douce nuit
Rage, rage et combats la mort du soir qui luit.

 

http://ecritsaai.blogspot.de/

 

[caption id="attachment_5054" align="alignnone" width="300"]La maison de Thomas à Laugharne, appelée le Boat House La maison de Thomas à Laugharne, appelée le Boat House[/caption]

 

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La fleur de l’amitié

July 28, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Un jour, en pleine Nature,
...Enfoui sous la verdure,
Un bourgeon m’a souri.
Le regard ému et attendri,
Je l’ai délicatement cueilli ;
Soudain, il s’est épanoui,
Transformé en rose de l’amitié,
Au grand cœur passionné,
Aux tendres pétales colorés,
Au doux parfum printanier.
Cette belle et sensible fleur
Sème l’odeur du Bonheur.

© Katia Hacène

http://katiahacene.monsite-orange.fr/

 

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Je veux sortir de ce monde

July 28, 2013 Rasel Rana 0 Comments

VERS SIMPLES (1891)

Verse XXIII

Je veux sortir de ce monde
Par la porte d'un beau jour,
Et qu'un arbre vert m'inonde
De son végétal amour.

Non, je ne veux pas l'obscure
Nuit pour mon dernier sommeil.
Je suis bon, j'ai l'âme pure
Je mourrai face au soleil

José Martí 1853 - 1895

Poésies - Traduit en français par Armand Godoy
Èditions Bernard Grasset, Paris 1937

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L'Eternité

July 28, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Elle est retrouvée.
Quoi? - L'Éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

Âme sentinelle,
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s'exhale
Sans qu'on dise : enfin.

Là pas d'espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

Mai 1872

Arthur RIMBAUD (1854-1891)

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Les souvenirs

July 27, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Les souvenirs, ce sont les chambres sans serrures,
Des chambres vides où l’on n’ose plus entrer,
Parce que de vieux parents jadis y moururent.
On vit dans la maison où sont ces chambres closes.
On sait qu’elles sont là comme à leur habitude,
Et c’est la chambre bleue, et c’est la chambre rose…
La maison se remplit ainsi de solitude,
Et l’on y continue à vivre en souriant…

Henry Bataille (1872-1922)

 

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L'ABIME

July 27, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Un abîme de silence nous sépare l'un de l'autre
Je me tiens d'un côté de l'abîme et vous de
l'autre
Je ne peux pas vous voir ou vous entendre, cependant je le sais
Vous êtes là
Souvent je vous crie votre nom d'enfant
En prétends que l'écho qui répond à mon appel est
Votre voix.
Comment pouvons-nous jeter un pont sur cet abîme? Jamais.
Par une parole ou par une rencontre
Une fois j'ai pensé que nous pourrions le remplir avec des
Larmes
Maintenant je veux le faire relentir de nos rires.

Katherine Mansfield 1888 - 1923

(Poémes - Traduit et présentés par Jean Pierre Le Mée, Collection NQR Plein Midi 1946)

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À la Bien-Aimée

July 26, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,
Et ma voile de soie et mon jardin de lys,
Ma cassolette d’or et ma blanche colonne,
Mon par cet mon étang de roseaux et d’iris.

Vous êtes mes parfums d’ambre et de miel, ma plume,
Mes feuillages, mes chants de cigales dans l’air,
Ma neige qui se meurt d’être hautaine et calme,
Et mes algues et mes paysages de mer.

Et vous êtes ma cloche au sanglot monotone,
Mon île fraîche et ma secourable oasis…
Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,
Et ma voile de soie et mon jardin de lys.

Pauline Tarn, aka Renée Vivien, 1877-1909

(Recueil : "À l'heure des mains jointes")

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Mon Rêve Familier

July 26, 2013 Rasel Rana 0 Comments

 

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur, transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse? - Je l’ignore.
Son nom? je me souviens qu’il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

Paul VERLAINE 1844 - 1896
- - -
( in Poèmes Saturniens )
- - -
source Gallica
-

s

Source: Youtube Phil Sucrepop

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L'HORLOGE

July 23, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : " Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible,

Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! "

Charles Baudelaire (1821-1867)
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(in Les Fleurs du Mal, Spleen et Idéal, LXXXV, éd. de 1861)
- - -
source : Gallica

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ΤΗΣ ΕΛΕΝΗΣ

July 23, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Ελένη, μάθε να μην γυρίζεις ποτέ πίσω.
Κι αν κυριεύτηκε η Τροία,
κι αν παίρνονται τα κάστρα τα περήφανα,
κι αν ζώνουν το παλάτι εχθροί,
κι αν φτάνουν μες στα δώματα
οι θρήνοι από τα τείχη,
πάσχισε εσύ αιχμάλωτη να μην πιαστείς.
Πάντα θα υπάρχει κάποια δίοδος μυστική
για να ξεφύγεις,
να μην προσπέσεις στου Μενέλαου
τη διάθεση.
Ακόμα κι αν συλλογίζεσαι
πως δεν θα είναι ολότελα πικρή η επιστροφή
μα κάπως σαν λιμάνι, σαν καταφύγιο βολικό
μετά τη μάταιη φυγή σου, αρνήσου.
Πάσχισε εσύ να βρεις μονάχα την έξοδονα φύγεις.
Και μη λυπάσαι για την εστία,
το τζάκι, τους δικούς που εκεί στη Σπάρτη έχουν μείνει.
Και μη σκεφτείς πως θα ήταν μία λύση
η επιστροφή - φύγε Ελένη.
Μη φοβάσαι χωρίς εφόδια να κινήσεις
για το άγνωστο.
Συλλογίσου μόνο τις χώρες τις ιδανικές
που ονειρευόσουνα εκεί στη Σπάρτη,
τους τόπους που αναζήταγες
κι έφυγες για την Τροία
και πες πως τώρα είναι ευκαιρία για σένα
να τις προσεγγίσεις. Και πες πως τώρα
είναι ευκαιρία για σένα ν’ αρχίσεις
όλο να προχωράς.

Ira Feloukatzi
- - -
( in ΔΙΑΔΡΟΜΗ ΣΤΑ ΔΟΝΗΤΙΚΑΤΟΠΙΑ )

site de l'auteure : www.ira-feloukatzi.fr

- - -
(traduction française par Vassilis Vassilikos)

HELENE

Hélène,
Apprends à ne jamais retourner en arrière.
Même si Troie est tombée
si les fières citadelles succombent
si les ennemis encerclent le palais
si les lamentations te parviennent des remparts
ne te laisse pas capturer.
Il y aura toujours une issue secrète
pour t'échapper
ne plus te soumettre encore
au bon plaisir de Ménélas.
Même si tu penses que le retour
ne serait pas si amer
qu'il pourrait être un havre
un refuge confortable
après ta vaine fuite
refuse !
Fais tout pour trouver l'issue.
Ne regrette pas le foyer
la famille restée à Sparte.
Ne crois pas que le retour
soit une solution – pars, Hélène!
Ne crains pas d'aller sans bagages
vers l'inconnu.
Pense seulement aux pays idéaux
dont tu rêvais à Sparte
aux lieux que tu cherchais en partant pour Troie
et dis-toi qu'à présent ils sont tout proches.
Et qu'à présent pour toi un chemin s'ouvre
pour aller toujours
en avant.

- - -
(in Paysages Vibrants, éd. L'Harmattan)

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Ελπίδα/ Espoir

July 22, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Πάντα περιμένουμε κάτι να τελειώσει
για ν’ αρχίσει επιτέλους αυτό που προσδοκούμε
Φοράμε την ελπίδα μας
κι οδεύουμε στο χρόνο
αθόρυβα
σπέρνοντάς τον με όνειρα

Σε κάποιο σημείο
νιώθουμε την ψυχή μας να τρέμει
γδύνουμε πυρετωδώς το σώμα μας
μετά κοιτάμε έκθαμβοι
-θαρρείς βρισκόμαστε σε μουσείο τέχνης-
το έργο των βασάνων μας
με τις ποδοπατημένες επιθυμίες μας

Γυμνοί κι αδύναμοι
σαν να ξυπνάμε από μια βαριά αρρώστια
περιμένουμε να περάσει ο πυρετός
και ξαναφοράμε
την ελπίδα μας

Constance Dima

http://www.constance-dima.com/

(traduction française par l'auteure elle-même)

Espoir

Toujours on attend
que quelque chose s'achève
que commence enfin le premier de nos songes
on se vêt du voile de l’espoir
et on progresse dans le temps
sans bruit
en le parsemant de rêves

A un certain point
on sent l’âme frémir
on se dévêt fiévreusement
se découvre avec des yeux ébahis
comme la statue d’un musée
chef d'œuvre de ses souffrances
désirs enfouis
désemparés, dénudés

Rescapé improbable on attend
que la fièvre passe
puis on se revêt
de l'espoir

Hope


 Always waiting for something to end
so what we truly anticipate can finally begin
Clothed in hope
we move through time
silently
sowing it with dreams 


At some point
the soul shudders
we undress our body feverishly
and then gaze incredulously
- as if in an art museum –
at the masterpiece of our suffering
created by our trampled desires 


Naked and exhausted
as if just rousing from a grave illness
we wait for the fever to pass
then wearily cover ourselves again
in hope


Translation from Greek: SOTIRIS BIZIOURAS

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After Great Pain, A Formal Feeling Comes

July 20, 2013 Rasel Rana 0 Comments

After great pain, a formal feeling comes--
The Nerves sit ceremonious, like Toombs--
The stiff Heart questions was it He, that bore,
And Yesterday, or Centuries before?

The Feet, mechanical, go round--
Of Ground, or Air, or Ought--
A Wooden way
Regardless grown,
A Quartz contentment, like a stone--

This is the Hour of Lead--
Remembered, if outlived,
As Freezing persons recollect the Snow--
First--Chill--then Stupor--then the letting go--

Emily Dickinson

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I'll not weep..Je ne pleurerai pas

July 20, 2013 Rasel Rana 0 Comments

I'll not weep that thou art going to leave me
There's nothing lovely here,
And doubly will the dark world grieve me
While thy heart suffers there -

I'll not weep - because the summer's glory
Must always end in gloom
And follow out the happiest story,
It closes with the tomb -

And I am weary of the anguish
Increasing winter bear -
I'm sick to see the spirit languish
Through years of dead despair -

So if a tear when thou art dying
Should haply fall from me
It is but that my soul is sighing
To go and rest with thee -

May 4th 1840

Emily Brontë (1818-1848)
- - -
( in Cahiers E.J.B. )

- - -
(traduction de Claire Malroux
Cahiers de Poèmes, Points, édition bilingue)

Je ne pleurerai pas de voir que tu me quittes
Ici il n'y a rien d'enchanteur,
Et doublement m'affligera le sombre monde
Tant qu'y souffre ton coeur -

Je ne pleurerai pas - car la splendeur de l'été
Toujours doit finir en ténèbre
Et le conte le plus heureux, à terme
Se clôt avec la tombe -

Et puis je suis lasse de la détresse
Qu'engendrent les hivers grandissants
Ecoeurée de voir l'esprit se languir
Dans le pur désespoir des ans -

Si donc une larme à l'heure de ta mort
Vient par hasard à m'échapper
C'est seulement que mon âme soupire
D'aller près de toi reposer -

4 mai 1840

[caption id="attachment_4968" align="alignnone" width="300"]Haworth cemetary Haworth, cimetière[/caption]

-

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Amie !

July 19, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Permettez-moi, amie, de m’adresser à vous,
De vous parler, quoique je n’en sache rien je l’avoue,
De l’héritage d’une génération disparue ;
En vous et moi, et en d’autres, certes réapparu.
Un don ? –On ne dirait plus. Un mal ? –Oui, peut-être.
Telle est la sensibilité, crime qu’on perpètre 
Vis-à-vis du monde, au détriment de nous-mêmes ;
N’a-t-on dit qu’on ne récolte que ce que l’on sème ?
Puis, comme une bougie brûle pour nous illuminer,
On s’épuise pour que l’autre puisse nous éliminer.
Accablés, moroses probablement nous mourrons ;
Pourtant, le paradis, croyez-moi, nous l’aurons.
On nous accuse de fous, de faibles et de givrés,
Il faut le savoir, personne d’entre eux ne dit vrai.
De l’existence, nous pénétrons les profondeurs,
Et de l’univers, nous découvrons la grandeur.
Laissez-les parler, tels sont tous les passagers,
Volubiles, ils s’en souviennent une fois âgés.
Ainsi sommes-nous, sensibles à la réalité,
Tout homme ne l’étant est dénué d’humanité.
Restons pareil, implorons que l’on nous comprenne
Malgré tous ces innombrables doutes qui nous enchaînent.
Et si, enfin, incompris semblons-nous rester,
Il vaut mieux convoiter des spleens les majestés.
Ce ne sont que les paroles d’un homme comme les autres
Qui, fin, a pu deviner ses maux et les vôtres.


BAKA Jaouad
Le Dimanche 07 Novembre de l’an 2010

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Tedd a kezed

July 09, 2013 Rasel Rana 1 Comments

Tedd a kezed
homlokomra,
mintha kezed
kezem volna.

Úgy őrizz, mint
ki gyilkolna,
mintha éltem
élted volna.

Úgy szeress, mint
ha jó volna,
mintha szívem
szíved volna.

Attila József

---

traduction française de Francis Combes

Le Printemps des poétes présente Poésies du Monde Anthologie, Seghers

Là sur mon front

Là sur mon front
Pose ta main
Comme si ta main
Était ma main

Serre-moi fort
Comme à la mort
Comme si ma vie
Était ta vie

Et aime moi
Comme à bonheur
Comme si mon coeur
Était ton coeur

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SPLEEN

July 08, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Ah ! quel voyage nous allons faire
Mon âme et moi, quel lent voyage

Et quel pays nous allons voir
Quel long pays, pays d'ennui.

Ah ! d'être assez fourbu le soir
Pour revenir sans plus rien voir

Et de mourir pendant la nuit
Mort de moi, mort de notre ennui.

Hector Saint-Denys Garneau (1912-1943)
- - -
( in Regards et jeux dans l'espacePoésies Complètes, Fides, Montréal 1972 )

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DER KIRCHHOF/ LE CIMETIERE

July 06, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Du stiller Ort, der grünt mit jungem Grase,
Da liegen Mann und Frau, und Kreuze stehn,
Wohin hinaus geleitet Freunde gehn,
Wo Fenster sind glänzend mit hellem Glase.

Wenn glänzt an dir des Himmels hohe Leuchte
Des Mittags, wann der Frühling dort oft weilt,
Wenn geistige Wolke dort, die graue, feuchte,
Wenn sanft der Tag vorbei mit Schönheit eilt !

Wie still ists nicht an jener grauen Mauer,
Wo drüber her ein Baum mit Früchten hängt ;
Mit schwarzen tauigen, und Laub voll Trauer,
Die Früchte aber sind sehr schön gedrängt.

Dort in der Kirch ist eine dunkle Stille
Und der Altar ist auch in dieser Nacht geringe,
Noch sind darin einige schöne Dinge,
Im Sommer aber singt auf Feldern manche Grille.

Wenn einer dort Reden des Pfarrherrn hört,
Indes die Schar der Freunde steht daneben,
Die mit dem Toten sind, welch eignes Leben
Und welcher Geist, und fromm sein ungestört.

Friedrich Hölderlin (1770-1843)
- - -
( in Derniers poèmes )

- - -
(traduction française de Jean-Pierre Burgart,
Derniers poèmes, Points, édition bilingue )

LE CIMETIERE

Toi, lieu tranquille qui verdis de jeune herbe,
Où gisent homme et femme, où des croix se dressent,
Où conduits au loin des amis s'en vont,
Où des fenêtres sont brillantes de verre clair.

Quand brille sur toi la haute lumière du ciel
A midi, quand le printemps là souvent s'attarde,
Quand des nuages pensifs là-bas, gris et humides,
Quand tendrement le jour avec beauté passe et s'enfuit !

Quelle tranquillité n'est pas sur ces murs gris
Par dessus lesquels un arbre pend avec ses fruits ;
Couverts de rosée noire et le feuillage plein de deuil,
Les fruits cependant sont massés avec une grande beauté.

Là-bas dans l'église est une obscure tranquillité
Et l'autel est aussi dans cette nuit bien peu,
A l'intérieur sont encore quelques belles choses,
Mais en été dans la campagne chante maint grillon.

Quand on entend là-bas les paroles du pasteur
Tandis que se tient à ses côtés le groupe des amis
Qui sont avec le mort, quelle vie singulière,
Et quel esprit, et se recueillir sans être troublé.

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L'ÎLE DES BOSSUS

July 04, 2013 Rasel Rana 0 Comments

CONTE-CHANSON

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

Un jour, le vent moqueur y jette
Un puîné de Jean de Calais ;
Jean débarque et prend sa lorgnette :
" Tudieu ! que ces magots sont laids ! "
Et Jean, d'un air superbe,
Les toise à chaque pas ;
Car il est un proverbe
Que Jean ne connaît pas :

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

D'un air triomphant, il s'étale
Le soir aux Bouffes ; mais soudain
Autour de lui, de stalle en stalle,
Bourdonne un rire de dédain.
Maint faiseur d'épigramme
Crie : A la porte ! il va
Faire avorter le drame
Et la dona diva.

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

Jean le comprit, et d'une haleine
Vite à son auberge il courut
Endosser deux bosses de laine ;
Puis dans le monde il reparut ;
Et soudain chaque belle,
Prise à ce tour subtil,
Du beau Polichinelle
Voulut tenir le fil.

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

Mainte vieille, à la dérobée,
Epuisa pour lui soins et fard ;
Mainte fois sa bosse est tombée
Aux pieds d'une Putiphar ;
Enfin, pouvant à peine
Suffire à son bonheur,
Jean d'une énorme reine
Fut… l'écuyer d'honneur.

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

Mais du roi Pouf il vit la fille ;
L'auguste enfant, des plus jolis,
Epouvantail de sa famille,
Avait poussé droit comme un lis.
De ce côté sans cesse
Jean soupire, et, vainqueur,
Aux pieds de la princesse
Met sa bosse et son coeur.

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

Tous deux s'esquivent : bon voyage !
Puis en France il vont saintement
Ajouter à leur mariage
La formule du sacrement.
Bref, de sa double bosse,
Inutile à Calais,
Pour danser à la noce,
Jean se fit des mollets.

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

Il eut un enfant, deux, trois, quatre ;
Fut échevin et marguillier,
Vit des abus sans les combattre,
Ecouta des sots sans bâiller.
Et, vieux, de la jeunesse
Devenu le Mentor
Au sortir de la messe,
Il fredonnait encor :

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

Hégésippe Moreau (1810-1838)
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( in Le Myosotis, 1838 )
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LE PENDU

July 04, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Original en langue normande (du Cotentin),
suivie de sa traduction française par l'auteur lui-même
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A n-eun matin d'avri men amin s'est pendu
A la trache impossiblle d'eun graund cyil incounu
Emplli de nuaées créties ou byin d'horizouns nus
Qu'eune lumyire effabie écllipera jammais pus

A n-eun matin d'avri men amin s'est pendu
A la trache impossiblle d'eun loung quemin tordu
Qui cache à sen leisi à des senteurs perdues
Qu'eune rile évalinguie acoundit jammais pus

A n-eun matin d'avri men amin s'est pendu
A la trache impossiblle d'eune musique qu'a mouoru
D'aveu des brits minchis et des prêches éperdus
Qu'eune caunchoun défenaillie remôquera jammais pus

Marcel Dalarun
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( in A men leisi, L'Harmattan, 2004)

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version française :

Un matin d'avril mon ami s'est pendu
A l'impossible recherche d'un grand ciel inconnu
Gorgé de nuages pelotonnés ou d'horizons nus
Qu'une blafarde lumière n'illuminera jamais plus

Un matin d'avril mon ami s'est pendu
A l'impossible recherche d'un long chemin tortueux
Qui conduit à sa guise à des parfums perdus
Qu'une brise échevelée n'accompagne jamais plus

Un matin d'avril mon ami s'est pendu
A l'impossible recherche d'une musique disparue
Avec des bruits déchiquetés et des paroles égarées
Qu'une chanson embrouillée ne ranimera jamais plus

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LIED

July 04, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Dors lentement avec des rêves
Légers de l'air pur respiré
Le long des rives fraternelles
Où nos pas doubles ont errés.

Dors doucement avec des songes
Parfumés des fleurs du chemin
Qui ce soir encore dans l'ombre
Sont odorantes de tes mains.

Dors seule en rêve avec toi-même
Sois ton propre songe ; il n'est pas
D'autre couronne pour ta tête
Que le cercle nu de tes bras.

Henri de Régnier (1864-1936)
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( in La Cité des eaux, Société du Mercure de France, Paris 1902 )
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LA TOMBE IGNOREE

July 03, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Quelque part - je sais où - près d'un saule qui pousse
Ignoré du soleil quand le printemps sourit,
Un tombeau que quelqu'un a cherché dans la mousse,
Laisse voir sur sa croix que nul nom n'est inscrit.

Personne que je sache, à genoux sur la pierre,
N'est venu, vers le soir, y prier en pleurant ;
Mais un ange descend sans doute avec mystère
Dans ce lieu, quand le jour s'abat triste et mourant.

Les fleurs n'y vivent pas et la mort ne recueille
Pour moisson, que le foin oublié du faucheur,
C'est à peine, l'été, si parfois une feuille,
- Triste larme du saule - y tombe comme un pleur.

Je suis allé revoir cette tombe ignorée ;
Et seul, quand j'ai voulu retrouver le chemin,
Quelqu'un était debout, en défendant l'entrée :

C'était l'Oubli, pensif, et le front dans la main.

Eudore Evanturel (1852-1919)
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( in Premières poésies, Augustin Côté et Cie, Québec 1878 - p.101 )
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LOUISE

July 03, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Un soir, elle était là, rêveuse à mes côtés ;
Le torrent qui grondait nous lançait son écume ;
Son oeil d'azur jetait ses premières clartés ,
Comme un jeune astre qui s'allume !

Sa main touchait ma main, et sur mon front brûlant,
Ses cheveux noirs flottaient ; je respirais à peine...
Et sur mes yeux émus je sentais en tremblant
Passer le vent de son haleine !

Mon Dieu, qu'elle était belle ! et comme je l'aimais !
Oh ! comme je l'aimais, ma Louise infidèle !
Infidèle ! que dis-je ? ... Elle ne sut jamais
Que je me fus damné pour elle !

Louis-Honoré Fréchette (1839-1908)
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( in Mes Loisirs, 1863 )

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Il a plu...

July 03, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Il a plu. Soir de juin. Ecoute,
par la fenêtre large ouverte,
Tomber le reste de l'averse
De feuille en feuille, goutte à goutte.

C'est l'heure choisie entre toutes
Où flotte à travers la campagne
L'odeur de vanille qu'exhale
La poussière humide des routes.

L'hirondelle joyeuse jase.
Le soleil déclinant se croise
Avec la nuit sur les collines ;

Et son mourant sourire essuie
Sur la chair pâle des glycines
Les cheveux d'argent de la pluie.

Charles Guérin (1873-1907)
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( in Le Coeur solitaire, Société du Mercure de France, Paris, 1904 - p.130 )
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PLAINTES AMOUREUSES

July 02, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Nul hom ne peut souffrir plus de tourment
Que j'ai pour vous, chère dame honorée,
Qui chaque jour êtes en ma pensée ;

Se il vous plaît, je vous dirai comment,
Car loin de vous ai vie despérée :
Nul hom ne peut souffrir plus de tourment
Que j'ai pour vous, chère dame honorée.

Mais Faux-Rapport vous a dit faussement
Que j'aime  ailleurs ; c'est fausseté prouvée ;
Je n'aim fors vous et sachez, belle née,
nul hom ne peut souffrir plus de tourment
Que j'ai pour vous, chère dame honorée,
Qui chaque jour êtes en ma pensée.

Eustache Deschamps (1346-1406)

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LA DRAGUEUSE

July 02, 2013 Rasel Rana 0 Comments



Je me farcirais bien quelque mari honnête
car j'en ai plein le dos des rustres avinés
qui font ça tel l'éclair et qu'il faut malmener
pour qu'ils raquent leur dû. Moi, ma passion secrète,

c'est l'employé modèle, innocent dans sa tête
mais qui feint d'ignorer où je vais l'entraîner.
Celui-ci n'est pas mal, quoique désordonné
quand il veut m'aborder. Bah ! je suis déjà prête

à sortir le grand jeu. Ses doigts sont boudinés :
Serait-ce un tripoteur aux élans effrénés
ou l'obscur jouisseur qui s'éclate en cachette ?

Si sa femme l'apprend, ça va carillonner.
Je la sais envieuse, c'est pas souvent sa fête,
même si, dans la rue, elle fait sa coquette.




 

(20 février 2005)




Jean-Marie Flémal

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LE PEUPLIER

July 01, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Le temps est-il ce peuplier
Que j'interroge à ma fenêtre ?
comme moi, il a ses saisons,
Ses songes renaissant
D'une mémoire paysanne,
mais sa durée est compromise
Par les tempêtes enivrées
Que lui réservent les automnes.
A quelle altitude céleste
Portera-t-il le poids de ses années ?

A mon réveil je le salue :
Il me répond
Par une danse dans le vent.
Je lui propose un long voyage
Dans la campagne des ancêtres :
Il me répond par le gémissement
De ces racines fatiguées.

Edmond Vandercammen (1901-1980)
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( in L'arbre en poésie, éd. Gallimard, 1979 )

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Et un sourire

July 01, 2013 Rasel Rana 0 Comments

La nuit n'est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l'affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un coeur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie la vie à se partager.

Paul Eluard (1895-1952)
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(in Le Phénix, éd. Seghers)

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Mes deux filles

July 01, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe,
Lune pareille au cygne et l'autre à la colombe,
Belles, et toutes deux joyeuses, ô douceur !
Voyez, la grande soeur et la petite soeur
Sont assises au seuil du jardin, et sur elles
Un bouquet d'oeillets blancs aux longues tiges frêles,
Dans une urne de marbre agité par le vent,
Se penche, et les regarde, immobile et vivant,
Et frissonne dans l'ombre, et semble, au bord du vase,
Un vol de papillons arrêté dans l'extase.

(La terrasse, près d'Enghien, juin 1842)

Victor Hugo (1802-1885)
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( in Les contemplations, livre I, Aurore, III )

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A MA SOEUR LAURENCE

July 01, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Je t'aime parce que tu m'aimes, soeur gentille,
Parce que dans ce monde où je me sens errer
Je n'ai que toi pour bien et pour toute famille,
Et parce que je n'ai que ton sein pour pleurer.

Je t'aime parce que notre si bonne mère,
De sa tombe où sur nous son regard veille encor,
M'a fait de bien t'aimer une loi qui m'est chère,
Et que ton amour seul de jour en jour plus fort
Mêle quelque douceur au regret de sa mort.

Je t'aimerai toujours pour que tu sois heureuse,
Et, si nous le pouvons, dans un commun accord
Nous braverons les vents et la mer orageuse ;
Ensemble nous viendrons voguer au même bord,
Et nous nous trouverons ensemble dans le port.

Germain Nouveau (1851-1920)

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COMPLAINTE AMOUREUSE

July 01, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Oui, dès l'instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes !
De l'amour qu'en vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes.
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis !
De quelle cruauté vous fûtes !
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les veux que je vous offris !
En vain, je priai, je gémis,
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes
Et je ne sais comment vous pûtes,
De sang-froid voir ce que je mis
Ah ! fallait-il que je vous visse
Fallait-il que vous me plussiez
Qu'ingénument je vous le disse
Qu'avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu'en vain je m'opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse,
Pour que vous m'assassinassiez !

Alphonse Allais (1855-1905)
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Sur Paris

July 01, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Un amas confus de maisons,
des crottes dans toutes les rues,
Ponts, églises, palais, prisons,
Boutiques bien ou mal pourvues ;

Force gens noirs, blancs, roux, grisons,
Des prudes, des filles perdues,
Des meurtres et des trahisons,
Des gens de plume aux mains crochues ;

Maint poudré qui n'a point d'argent,
Maint homme qui craint le sergent,
Maint fanfaron qui toujours tremble,

Pages, laquais, voleurs de nuit,
Carrosses, chevaux et grand bruit,
C'est là Paris. Que vous en semble ?

Paul Scarron (1610-1660)
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