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The Winter Lakes

December 07, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Out in a world of death far to the northward lying,
Under the sun and the moon, under the dusk and the day;
Under the glimmer of stars and the purple of sunsets dying,
Wan and waste and white, stretch the great lakes away.

Never a bud of spring, never a laugh of summer,
Never a dream of love, never a song of bird;
But only the silence and white, the shores that grow chiller and dumber,
Wherever the ice winds sob, and the griefs of winter are heard.

Crags that are black and wet out of the grey lake looming,
Under the sunset's flush and the pallid, faint glimmer of dawn;
Shadowy, ghost-like shores, where midnight surfs are booming
Thunders of wintry woe over the spaces wan.

Lands that loom like spectres, whited regions of winter,
Wastes of desolate woods, deserts of water and shore;
A world of winter and death, within these regions who enter,
Lost to summer and life, go to return no more.

Moons that glimmer above, waters that lie white under,
Miles and miles of lake far out under the night;
Foaming crests of waves, surfs that shoreward thunder,
Shadowy shapes that flee, haunting the spaces white.

Lonely hidden bays, moon-lit, ice-rimmed, winding,
Fringed by forests and crags, haunted by shadowy shores;
Hushed from the outward strife, where the mighty surf is grinding
Death and hate on the rocks, as sandward and landward it roars.

William Wilfred Campbell 

 

 

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Fantaisie

November 21, 2013 Rasel Rana 0 Comments

 

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très-vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l'entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C'est sous Louis treize; et je crois voir s'étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que dans une autre existence peut-être,
J'ai déjà vue... et dont je me souviens !

( recueil Odelettes)

Gérard de NERVAL   (1808-1855)

 

("Tresor de la poesie francaise" Hirschgraben-Verl., Frankfurt a.M.)

 

 

 

 

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Feuilles mortes

November 13, 2013 Rasel Rana 0 Comments

La terre engloutit tout comme un ogre infernal,
Regarde cette boue que Novembre pétrit :
Le vent y a traîné, dans sa ronde automnale,
Des montagnes de fleurs et de feuilles flétries.

On dirait que le beau, dont le printemps s'emballe,
Explosion d'Espérance et profusion de Vie,
Ne naît que pour nourrir l'immense trou de balle
D'un monde stercoral où tout tombe et dévie ...

Je sais, l'homme est exempt de ce ballet annal,
Mais que lui vaut de voir la saison qui pourrit,
Sinon lui rappeler son propre point final !

O toi mon ingénue dont les yeux communient
Avec l'azur céleste ou le bleu idéal,
Rouvre-moi l'horizon, qu'on parle d'infini !

Michel Delaunay
Ma fenêtre à Bonheur, Recueil de poésie naturelle
Les Ornementales - Octobre 2012

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Nothing in November / Rien en novembre

November 09, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Nothing in November
but dark days
of black seas raging
pounding the broken shore,
blinding spray
and the foam roaring,
pouring
through the red teeth
of the red raw rock
scarred by the buffeting
of endless storms
and the wild sea lashing.
Dark days merge into sights
when the sea of my heart
refuses rest.

When the biting cold
chills the bone,
and the endless
roar and motion,
and the cry
of the storm-crossed gulls
singing, ringing in the air,
when the howl
of the salt-laden wind,
sharp as a knife,
cuts into the soul,
until the unbearable
endless night
meets the dawn...
and the gentle rain.

David Hodges (frère David Hodges)

Traduction francaise de Jean-Marie Flémal

 

Rien en novembre

Rien en novembre
hormis les sombres journées
des flots noirs qui font rage
et battent le rivage brisé,
les embruns aveuglants
et l’écume rugissante,
le déferlement des eaux
par les dents rouges
des rouges et rudes rochers
que lacèrent les coups répétés
des tempêtes interminables
et ceux de la mer sauvage.
De sombres journées
se fondent en visions
lorsque la mer de mon cœur
refuse le repos.

Quand le froid mordant
glace les os,
et le grondement infini
et le mouvement sans fin,
et le cri modulé
et sonore dans le ciel
des goélands traversés par la tempête,
quand le hurlement
du vent chargé de sel,
affûté comme une lame,
taille dans l’âme,
jusqu’à ce que l’insupportable
et interminable nuit
rencontre enfin l’aurore…
et la pluie paisible.

rocks
Île de Caldey - Plus des photos ici


David Hodges (frère David Hodges) est un moine cistercien de l’abbaye de Caldey, sur l’île de Caldey, au large de la côte galloise, au Royaume-Uni. La poésie du frère David reflète la vie monastique de prière dans un décor insulaire. Les paysages marins, la faune et la flore de l’île, le vol des oiseaux, la liturgie, la mémoire et les questions contemporaines : c’est là que se trouve le matériel qui alimente la plume du poète.

Vous en découvrirez plus à son propos ici :
http://www.davidhodgespoetry.co.uk/

 

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November 08, 2013 Rasel Rana 0 Comments

 

J’étais parti, triste de mes peines et consolé de votre joie ; ce qui me tenait dans un certain état de langueur qui n’est pas sans charme pour un coeur sensible. Je gravissais lentement et à pied des sentiers assez rudes, conduit par un homme que j’avais pris pour être mon guide, et dans lequel, durant toute la route, j’ai trouvé plutôt un ami qu’un mercenaire. Je voulais rêver, et j’en étais toujours détourné par quelque spectacle inattendu. Tantôt d’immenses roches pendaient en ruines au-dessus de ma tête. Tantôt, de hautes et bruyantes cascades m’inondaient de leur épais brouillard. Tantôt un torrent éternel m’ouvrait à mes côtés un abîme dont les yeux n’osaient sonder la profondeur. Quelques fois je me perdais dans l’obscurité d’un bois touffu. Quelquesfois en sortant d’un gouffre, une agréable prairie réjouissait tout à coup mes regards. Unmélange étonnant de la nature sauvage et de la nature cultivée montrait partout la main des hommes, où l’on eût cru qu’ils n’avaient jamais pénétré : à côté d’une caverne, on trouvait des maisons ; on voyait des pampres secs où l’on n’eût cherché que des ronces, des vignes dans des terres éboulées, d’excellents fruits sur des rochers, et des champs dans des précipices.

Ce n’était pas seulement le travail des hommes qui rendait ces pays étranges si bizarrement contrastés ; la nature semblait encore prendre plaisir à s’y mettre en opposition avec elle-même, tant on la trouvait différente en un même lieu sous divers aspects. Au levant les fleurs du printemps, au midi les fruits de l’automne, au nord les glaces de l’hiver : elle réunissait toutes les saisons dans le même instant, tous les climats dans le même lieu, des terrains contraires sur le même sol, et formait l’accord inconnu partout ailleurs des productions des plaines et de celles des Alpes. Ajoutez à tout cela les illusions de l’optique, les pointes des monts différemment éclairées, le clair-obscur du soleil et des ombres, et tous les accidents de lumière qui en résultaient le matin et le soir ; vous aurez quelque idée des scènes continuelles qui ne cessèrent d’attirer mon admiration, et qui semblaient m’être offertes en un vrai théâtre ; car la perspective des monts étant verticale frappe les yeux tout à la fois et bien plus puissamment que celle des plaines qui ne se voit qu’obliquement, en fuyant, et dont chaque objet vous en cache un autre.

Jean-Jacques Rousseau 1712–1778

La Nouvelle Héloïse 1761

"Les Plus Beaux Poèmes sur la Montagne"  Anthologie - George Jean - le cherche midi éditeur 1987

 

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Le malheur

November 07, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Suivi du Suicide impie,
A travers les pâles cités,
Le Malheur rôde, il nous épie,
Prés de nos seuils épouvantés.
Alors il demande sa proie ;
La jeunesse, au sein de la joie,
L'entend, soupire et se flétrit ;
Comme au temps où la feuille tombe,
Le vieillard descend dans la tombe,
Privé du feu qui le nourrit.

Où fuir ? Sur le seuil de ma porte
Le Malheur, un jour, s'est assis ;
Et depuis ce jour je l'emporte
A travers mes jours obscurcis.
Au soleil et dans les ténèbres,
En tous lieux ses ailes funèbres
Me couvrent comme un noir manteau ;
De mes douleurs ses bras avides
M'enlacent ; et ses mains livides
Sur mon coeur tiennent le couteau.

J'ai jeté ma vie aux délices,
Je souris à la volupté ;
Et les insensés, mes complices
Admirent ma félicité.
Moi-même, crédule à ma joie,
J'enivre mon coeur, je me noie
Aux torrents d'un riant orgueil ;
Mais le Malheur devant ma face
A passé : le rire s'efface,
Et mon front a repris son deuil.

En vain je redemande aux fêtes
Leurs premiers éblouissements,
De mon coeur les molles défaites
Et les vagues enchantements :
Le spectre se mêle à la danse ;
Retombant avec la cadence,
Il tache le sol de ses pleurs,
Et de mes yeux trompant l'attente,
Passe sa tête dégoûtante
Parmi des fronts ornés de fleurs.

Il me parle dans le silence,
Et mes nuits entendent sa voix ;
Dans les arbres il se balance
Quand je cherche la paix des bois.
Près de mon oreille il soupire;
On dirait qu'un mortel expire :
Mon coeur se serre épouvanté.
Vers les astres mon oeil se lève,
Mais il y voit pendre le glaive
De l'antique fatalité.

Sur mes mains ma tête penchée
Croit trouver l'innocent sommeil.
Mais, hélas ! elle m'est cachée,
Sa fleur au calice vermeil.
Pour toujours elle m'est ravie,
La douce absence de la vie ;
Ce bain qui rafraîchit les jours ;
Cette mort de l'âme affligée,
Chaque nuit à tous partagée,
Le sommeil m'a fui pour toujours

Ah ! puisqu'une éternelle veille
Brûle mes yeux toujours ouverts,
Viens, ô Gloire ! ai-je dit ; réveille
Ma sombre vie au bruit des vers.
Fais qu'au moins mon pied périssable
Laisse une empreinte sur le sable.
La Gloire a dit : "Fils de douleur,
"Où veux-tu que je te conduise ?
"Tremble ; si je t'immortalise,
"J'immortalise le Malheur."

Malheur ! oh ! quel jour favorable
De ta rage sera vainqueur ?
Quelle main forte et secourable
Pourra t'arracher de mon coeur,
Et dans cette fournaise ardente,
Pour moi noblement imprudente,
N'hésitant pas à se plonger,
Osera chercher dans la flamme,
Avec force y saisir mon âme,
Et l'emporter loin du danger ?

Alfred de VIGNY (1797-1863)

 

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Remémoration d'amis belges

November 05, 2013 Rasel Rana 0 Comments

À des heures et sans que tel souffle l'émeuve
Toute la vétusté presque couleur encens
Comme furtive d'elle et visible je sens
Que se dévêt pli selon pli la pierre veuve

Flotte ou semble par soi n'apporter une preuve
Sinon d'épandre pour baume antique le temps
Nous immémoriaux quelques-uns si contents
Sur la soudaineté de notre amitié neuve

O très chers rencontrés en le jamais banal
Bruges multipliant l'aube au défunt canal
Avec la promenade éparse de maint cygne

Quand solennellement cette cité m'apprit
Lesquels entre ses fils un autre vol désigne
À prompte irradier ainsi qu'aile l'esprit.

Stéphane MALLARME   (1842-1898)
Bruges

 Photo Bruges Canal -  copyright: Dave Scullion

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Fleurs flanées

November 04, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Ce matin, triste et seule,quand j'ai rouvert mon livre
Il était plein de fleurs et de plumes d'oiseaux;
Rappelez-vous nos jeux parmi les grands roseaux,
Et le temps où deux mots de vous me faisaient vivre.

Près de l'étang fleuri vous me laissiez vous suivre,
Nous prenions pour signets les feuilles de bouleaux,
Et nous allons pêcher dans le fond des îlots.
Ou causer dans les foins dont le senteur envivre.

Loin de vous,dans les bois, j'allais aussi m'assoir
Rêvant à des sonnets que j'achevais le soir,
Pensant à des baisers comme on pense à des crimes.

Hélas! tout mon bonheur est parti par lambeaux;
Je n'aime plus ces vers que je trouvais si beaux
N'ayant plus vos grands yeux où je recherchais mes rimes.

Amédée Pigeon (1851 e -  1905)

"Les deux amours. Poésies". 1876   (Alphonse Lemerre, éditeur)

 

Amédée Pigeon a collaboré à la Gazette des Beaux-Arts où il a donné des articles sur l'art allemand et sur l'art anglais, eu au Figaro. Il la publié u volume de poèmes, Les Deux Amours (1876), deux romans, La Confession de Madame de Weyre (1886), Une Femme jalouse (1888); un ouvrage sur l'Allemagne, L'Allemagne de M. de Bismarck (1885), etc.

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Il fait novembre en mon âme

November 03, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Rayures d'eau, longues feuilles couleur de brique,
Par mes plaines d'éternité comme il en tombe !
Et de la pluie et de la pluie - et la réplique
D'un gros vent boursouflé qui gonfle et qui se bombe
Et qui tombe, rayé de pluie en de la pluie.

- Il fait novembre en mon âme -
Feuilles couleur de ma douleur, comme il en tombe !

Par mes plaines d'éternité, la pluie
Goutte à goutte, depuis quel temps, s'ennuie,
- Il fait novembre en mon âme -
Et c'est le vent du Nord qui clame
Comme une bête dans mon âme.

Feuilles couleur de lie et de douleur,
Par mes plaines et mes plaines comme il en tombe ;
Feuilles couleur de mes douleurs et de mes pleurs,
Comme il en tombe sur mon coeur !

Avec des loques de nuages,
Sur son pauvre oeil d'aveugle
S'est enfoncé, dans l'ouragan qui meugle,
Le vieux soleil aveugle.

- Il fait novembre en mon âme -

Quelques osiers en des mares de limon veule
Et des cormorans d'encre en du brouillard,
Et puis leur cri qui s'entête, leur morne cri
Monotone, vers l'infini !

- Il fait novembre en mon âme -

Une barque pourrit dans l'eau,
Et l'eau, elle est d'acier, comme un couteau,
Et des saules vides flottent, à la dérive,
Lamentables, comme des trous sans dents en des gencives.

- Il fait novembre en mon âme -

Il fait novembre et le vent brame
Et c'est la pluie, à l'infini,
Et des nuages en voyages
Par les tournants au loin de mes parages
- Il fait novembre en mon âme -
Et c'est ma bête à moi qui clame,
Immortelle, dans mon âme !

Emile Verhaeren    (1855-1916)

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Regard

November 03, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Longtemps je t'ai regardée
sans te voir, toi, dans l'image
exacte et inaccessible
oú le miroir te trahit.
- Embrasse-moi! - Je t'embrasse;
et tandis que je t'embrasse,
je pense au froid de tes lèvres
dans le mirroir. Tu murmures;
"Toute mon âme est à toi!"
Et au creux de ma poitrine,
je sens un vide que seule
emplirait cette âme
que tu ne me donnes point,
cette âme qui se dérobe
sous un masque de clarté
dans ta forme de miroir.

Pedro Salinas (Madrid, 27 novembre 1891 – Boston, 4 décembre 1951) poète espagnol de la Génération de 27.

Source: Un demi siècle de poésie - la maion du poète 2 - 1954

 

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The Arrow and the Song

October 27, 2013 Rasel Rana 0 Comments

I shot an arrow into the air,
It fell to earth, I knew not where;
For, so swiftly it flew, the sight
Could not follow it in its flight.

I breathed a song into the air,
It fell to earth, I knew not where;
For who has sight so keen and strong,
That it can follow the flight of song?

Long, long afterward, in an oak
I found the arrow, still unbroke;
And the song, from beginning to end,
I found again in the heart of a friend.

Henry Wadsworth Longfellow (1807 – 1882)

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Rupture

October 26, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Nous sommes brusquement détachés
et nous sommes restés
les doigt tendus comme si une girlande
s'était échappée de nos mains;

les yeux baissés
comme à la vue d'un cristal en morceaux:
le cristal de la coupe en laquelle nous bûmes
un vin délicat et pâle...

Comme si nous nous étions perdus,
nos bras
se cherchent dans l'ombre...Cependant
nous ne nos rencontrons plus!

Dans l'alcôve profonde
nous pourrions aller des mois et des ans,
à la recherche l'un de l'autre,
sans nous trouver...

Jaime Torres-Bodet

(Traduit de l'espagnol par Edmond Vandercammen)

Source: "Un demi siècle de poésie 2" - La maison du poète 1954

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Technique de pointe

October 16, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Elle ne quittait plus la planche à clous en braille
Que lui avait écrite un vieil admirateur
Elle en aimait beaucoup le moelleux la douceur
Car moins pénible au dos qu'une botte de paille

Qui en outre faisait cracra voire pagaille
Surtout que mélangée à ces litres de pleurs
Que la belle versait étant d'aqueuse humeur
L'affaire eût eu de quoi retourner ses entrailles.

Jean-Marie Flémal

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Nighttime

October 12, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Lying still and silent, I listen to the night,
The Emotions of a day gone by are dying with the light.

Busy places settle and enjoy the evening breeze.
The atmosphere is cleansed and given time to drift and breathe.

I think I hear the clouds, whisper with relief,
As the sun no longer sears through them and the winds’ cool underneath.

The orange glow from street lights can make a cosy place,
When weary eyes are rested by it’s false one-colour haze.

Threatening and fearful places of the day,
Are mellowed by the shadows as you slowly drift away.

A million moods may pass you by, if your senses are awake.
As a day is gone and one is ready now, for you to take.

©  Tamara Forge

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You

October 12, 2013 Rasel Rana 0 Comments

You’re so full of laughter


You couldn’t hear me crying


You’re eyes so full of joy


You didn’t see me dying


Dying in the dark, for you have all the light


Light that goes but nowhere, it drifts into the night


For all you’re love is wasted, on no-one else but you


And so deep down I hate you, I only wish you knew


© Tamara Forge

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Forgetfulness

October 07, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Forgetfulness is like a song
That, freed from beat and measure, wanders.
Forgetfulness is like a bird whose wings are reconciled,
Outspread and motionless, --
A bird that coasts the wind unwearyingly.

Forgetfulness is rain at night,
Or an old house in a forest, -- or a child.
Forgetfulness is white, -- white as a blasted tree,
And it may stun the sybil into prophecy,
Or bury the Gods.

I can remember much forgetfulness.

Harold Hart Crane - 21 July 1899 – 27 April 1932

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Enfants d'Octobre

October 05, 2013 Rasel Rana 0 Comments

1

Des enfants
Les mains nues
les yeux et le cœur désertés
Par le rêve et l’espoir
Ont pris soudain la rue
A la gorge
En ce matin d’octobre…

Ils l’ont secoué si fort
Qu’elle s’est vidée
De son sang
En un tour
De mains nues
Pour laver de l’opprobre
un Peuple dépossédé
En ce matin d’octobre

2

Des enfants
Comme des bourgeons têtus
Aux regards sentinelles
Gardiens de la crête et des jours d’espérance…

La gorge pleine
De gros cailloux
De haine
Ont poussé
En ces matins d’octobre…
Des cris
Plus hauts
que les montagnes
de mensonges
Pendant si longtemps enfouis
au fond de leurs mémoires obtuses
Et que la raison refuse

3

Des enfants
Dos au mur
Pendant si longtemps
Fatigués
De soutenir
L’insoutenable
Se sont mis en marche
Dans la rue
Les mains nues
Et les yeux pleins de rêves…
Face à l’armée de leur peuple

Et des cris
gros
Comme des cailloux
Sortaient sans trêve
De leurs poitrines d’hommes !

4

Des enfants
Sans école
A l’alphabet dispersé
Aux nombres infinis
Des enfants sans sommeil
Qui s’inventent des lits
Pour s’endormir debout
Au creux d’un lampadaire
Dans Bab El Oued éteint.

5

Des enfants
sans usines et sans terres
Aux outils remisés
A l’ombre des colères
Surgissant de leurs yeux
Fourmillant de rêves insensés
De départs sans retours
Vers de lointains pays…

Dis moi
L’Australie c’est où ?
Et l’autre vie …
C’est beau
ou c’est bateau ?

6

Des enfants aux mains vides
Aux regards
Sans rêves et sans étoiles
Ont brisé les amarres
Un beau matin d’octobre
Et levé au grand mât
Des espérances folles
Les corolles
Grandes ouvertes
Des fleurs de Liberté.

SMB.
il y a vingt cinq ans
Baghdadi Si Mohamed

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Autumnal Wish

October 04, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Bed me in autumn’s leaves, Beloved;
take me under this red-gold canopy,
under October’s crystal sky.
Lay yourself on me; cover me
like a carpet of shimmering gold.
Let me inhale autumn’s fragrance
with your rich, warm man-scent.
Silver frosts our hair, Beloved;
our eyes are shadow-grayed.
But the fires of our youth still smolder
in glowing embers needing but
a breath of crisp, sparkling air
to burst into vibrant flame
and warm an autumn’s night…
Share with me again this love
that has grown and ripened
nigh these thirty years
round, sweet and full as red apples.
The passion of youth is hot and quick,
but time has taught us patience
and the trembling joy of each kiss,
each sigh, each potent thrust.
We are Zeus and Demeter, locked
in love, in longing, in renewal.
This is our season, Beloved;
so bed me autumn’s leaves.


Deborah Kellogg  10/09/13


 

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Madrid

October 04, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Madrid, princesse des Espagnes,
Il court par tes mille campagnes
Bien des yeux bleus, bien des yeux noirs.
La blanche ville aux sérénades,
Il passe par tes promenades
Bien des petits pieds tous les soirs.

Madrid, quand tes taureaux bondissent,
Bien des mains blanches applaudissent,
Bien des écharpes sont en jeux.
Par tes belles nuits étoilées,
Bien des senoras long voilées
Descendent tes escaliers bleus.

Madrid, Madrid, moi, je me raille
De tes dames à fine taille
Qui chaussent l'escarpin étroit ;
Car j'en sais une par le monde
Que jamais ni brune ni blonde
N'ont valu le bout de son doigt !

J'en sais une, et certes la duègne
Qui la surveille et qui la peigne
N'ouvre sa fenêtre qu'à moi ;
Certes, qui veut qu'on le redresse,
N'a qu'à l'approcher à la messe,
Fût-ce l'archevêque ou le roi.

Car c'est ma princesse andalouse !
Mon amoureuse ! ma jalouse !
Ma belle veuve au long réseau !
C'est un vrai démon ! c'est un ange !
Elle est jaune, comme une orange,
Elle est vive comme un oiseau !

Oh ! quand sur ma bouche idolâtre
Elle se pâme, la folâtre,
Il faut voir, dans nos grands combats,
Ce corps si souple et si fragile,
Ainsi qu'une couleuvre agile,
Fuir et glisser entre mes bras !

Or si d'aventure on s'enquête
Qui m'a valu telle conquête,
C'est l'allure de mon cheval,
Un compliment sur sa mantille,
Puis des bonbons à la vanille
Par un beau soir de carnaval.

Alfred de MUSSET (1810-1857)

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A te regarder…

October 02, 2013 Rasel Rana 0 Comments

1

A te regarder
Dormir
Dans la tiédeur
De ma main
Dans l’odeur du matin,

A te regarder
Sourire
Aux bourgeons de l’aurore
Couverture aux épaules
Et rosée aux paupières
Au pied de l’arbre lune,

A te regarder
Fleurir
Moiteur
De lèvres insulaires
Toute en rondeur de seins.

A te regarder
Partir
J’ai déjà si mal
De te savoir
Si loin.

2

A t’imaginer
Frémir
Aux ailes de nos murailles
Etoile aux branches nues
Criblées
De sommeils insolites
Tissant
De solaires soliloques
A l’heure
Où les souvenirs vont boire
Aux sources de mémoires
Interdites de rêver
D’insolentes escapades
Entre toi et Grenade.

 

3

A t’imaginer
Sourire
Regard et cristal
Scintillants
A vous brûler les doigts
Hirondelles fluettes
Se coulant
Souffle avide et reptant
Entre rêves d’apostrophe
Et musique sans strophes
Dans le soir
Des bruits qui tombent
Sur ma seule nuit silence
T’imaginer sourire
Et te savoir partie
J’ai si mal
De t’entendre
Si loin.

4

A te sentir
Fleurir
Solitaire à la rencontre
De la crête et du vent
Aux multiples sourires
Messages imparfaits
Qu’indéchiffre l’absence
De ma fièvre abolie
À l’abreuvoir du temps.

5

A t’entendre
T’éloigner
Chargée de voiles et de licols
D’encens et de symboles
Que tes cheveux répandent
Sur la toile de fragrances
Palimpsestes
Que seuls tes doigts remontent
A l’approche de ma voix.

6

A te deviner
Sourire
Danser et fleurir
Légère
Au débarcadère de la vie
Aux toutes dernières plages
Des départs sans retour…

7

Depuis longtemps déjà
J’ai si mal
De t’entendre pleurer
Dans la douleur tue
Au cœur
De ton absence
Danser et sourire
Danser …..
Puis partir
Pour ne plus jamais
Revenir.

Copyright Baghdadi Si Mohamed

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Fire and Ice

September 20, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Some say the world will end in fire,
Some say in ice.
From what I've tasted of desire
I hold with those who favor fire.
But if it had to perish twice,
I think I know enough of hate
To say that for destruction ice
Is also great
And would suffice.

Robert Frost

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The Lake Isle of Innisfree

September 20, 2013 Rasel Rana 0 Comments

I will arise and go now, and go to Innisfree,
And a small cabin build there, of clay and wattles made:
Nine bean-rows will I have there, a hive for the honeybee,
And live alone in the bee-loud glade.

And I shall have some peace there, for peace comes dropping slow,
Dropping from the veils of the morning to where the cricket sings;
There midnight's all a glimmer, and noon a purple glow,
And evening full of the linnet's wings.

I will arise and go now, for always night and day
I hear lake water lapping with low sounds by the shore;
While I stand on the roadway, or on the pavements grey,
I hear it in the deep heart's core.

William Butler Yeats

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Lassitude

September 16, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Je traîne à chaque pas un boulet trop lourd
Fait de regrets, d'ennuis, de souvenirs moroses ;
Mais parfois, remembrant mes plus vieilles amours
Je trouve un doux parfum aux plus tristes des choses.

D'autres fois, le plus souvent quand s'abîme le jour,
Je me sens seul, en proie à un cafard sans cause,
Seul et veule et sans joie, invoquant le secours
D'un sourire défunt qui vaincrait ma névrose.

Etreintes et aveux où donc vous trouvez-vous ?
Sans vous je ne veux que pleurer ma peine amère.
Car le temps est parti portant je ne sais où

Tout ce que j'eus en moi de tendre et de sincère
Echos d'un murmure et reflets d'un souvenir,
Mes rêves les plus doux, mes plus fougueux désirs.

 

Birago Diop (11 Decembre, 1906 - 10 Novembre 1989)

 

Extrait du livre "Leurres et Lueurs"

Source:  biragodiop.com/

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Jean-Marie Flémal

September 15, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Jean-Marie Flémal, né à Liège (B), le 30 mai 1950. Linguiste et traducteur littéraire. Vit à Charleroi (B). Marié, pas d’enfants. Publications : « Boulevard de la Déglingue », 1976, poèmes, yBy, (B). « Théo D’Hooghe », 1979, essai, Maison de la Culture de Charleroi, (B). « Solo Flight », 1983, poèmes, Puzzle, (B). « Retour aux terres froides », 1999, poème, Les ةditeurs Catastrophés, (B)

 

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La bergère du silence

September 15, 2013 Rasel Rana 2 Comments

J’adore la profondeur et l’ampleur du silence !
Quand il me ceint l’ouïe d’une aura de mystère,
Le vide devient musique et avale les misères
Des heures sans parfums et des fades ambiances.
Je voudrais embrasser les déserts aériens,
Rejoindre les nuages cotonneux et légers,
Voler au ciel bleu ses hauteurs et sa paix
Et m’en faire une paire d’ailes de blanc vélin.
Epouser du silence la transe et les rythmiques,
N’entendre que le chant des vents dans les vallées,
Percevoir de la brise les venues et allers
Sur les flans séduisants de montagnes mystiques.
J’aimerais bien devenir la bergère du silence,
En saisir la jouissance dans ses moments magiques
D’absence d’assonances phoniques ou symphoniques
Cherchant l’harmonie loin des tumultueuses nuisances.
Mon troupeau serait fait de brassées de mutisme,
De belles touffes tressées de lumière et de calme
Que la tranquillité éloigne du vacarme
Des bêlements sonores ignares des aphorismes.
Ma flûte traversière mieux que celle de Pan
Fera vibrer le vent traversier, et ma lyre
Composera des chants avec les fins murmures
Du zéphyr alizé célébrant les amants.

Khadija Elhamrani , Agadir, Samedi 06/10/12 à 21h46.

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Je rêvais de toucher

September 14, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Je rêvais de toucher la tristesse du monde
au bord désenchanté d’un étrange marais
je rêvais d’une eau lourde où je retrouverais
les chemins égarés de ta bouche profonde

j’ai senti dans mes mains un animal immonde
échappé à la nuit d’une affreuse forêt
et je vis que c’était le mal dont tu mourais
que j’appelle en riant la tristesse du monde

une lumière folle un éclat de tonnerre
un rire libérant ta longue nudité
une immense splendeur enfin m’illuminèrent

et je vis ta douleur comme une charité
rayonnant dans la nuit la longue forme claire
et le cri de tombeau de ton infinité."

Georges Bataille (10 Septembre 1897 – 9 Juillet 1962)

Source: The Yale Anthology of Twentieth-century French Poetry

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First Love

September 12, 2013 Rasel Rana 0 Comments

I ne'er was struck before that hour
With love so sudden and so sweet,
Her face it bloomed like a sweet flower
And stole my heart away complete.
My face turned pale as deadly pale.
My legs refused to walk away,
And when she looked, what could I ail?
My life and all seemed turned to clay.

And then my blood rushed to my face
And took my eyesight quite away,
The trees and bushes round the place
Seemed midnight at noonday.
I could not see a single thing,
Words from my eyes did start --
They spoke as chords do from the string,
And blood burnt round my heart.

Are flowers the winter's choice?
Is love's bed always snow?
She seemed to hear my silent voice,
Not love's appeals to know.
I never saw so sweet a face
As that I stood before.
My heart has left its dwelling-place
And can return no more

John Clare (13 July 1793 – 20 May 1864)


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POÈMES PÉRISSABLES

September 09, 2013 Rasel Rana 1 Comments

 

Je recueille bout par bout
ce qui subsiste en moi
Tessons de colère
lambeaux de passion
escarbilles de joie
Je couds, colle et cautérise
Abracadabra !
Je suis de nouveau debout
Pour quelle autre bataille ?

Quand le quotidien m'use
je m'abuse
en y mettant mon grain d'ironie
Voici le chat
et voici la souris
Auteur méconnu de dessins animés
je suis

Laver son cœur
le faire sécher
le repasser
le suspendre sur un cintre
Ne pas le replacer tout de suite
dans sa cage
Attendre
la clé charnelle de la vision
l'impossible retour
le dénouement de l'éternité

De cette feuille
dite vierge
que sortira-t-il
Un bouton de seringa
ou une fleur carnivore ?

C'est moi qui tremble

(Copyright © 2004)  Abdellatif Laâbi

(Éditions de la Différence, 2000)

 

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Sudique

September 08, 2013 Rasel Rana 0 Comments

que je crée par la pluie et les éboulis
que je transforme en lait nuptial pour des
noces de torrents(..)
Sudique
percée d'oubli soudain par des troupes ferventes
de poèmes
qui font éclater chaque pierre sous mes pieds
quand mon corps bée
entre des mains bleues
entre les flûtes
Sudique sur un pic miraculeux
couleuvre jeune récitant des piétinements sans histoire(..)
et ces tristes airs d'abandon et de haine
ces crieurs ces goumiers qui traînent
leur vie mortelle
ces Phéniciens ces nus voraces
Sudique de rutilance et de scorpions
sur tes seins enroulés fermes
et ce maudit esclave qui crache dans ton ombre.

(Ce Maroc !, Le Seuil, 1975, p. 29-31)

Mohammed Khaïr-Eddine

 

pour en savoir plus sur Mohammed Khaïr-Eddine: cliquez ici

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Adieu !

September 07, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Adieu ! je crois qu’en cette vie
Je ne te reverrai jamais.
Dieu passe, il t’appelle et m’oublie ;
En te perdant je sens que je t’aimais.

Pas de pleurs, pas de plainte vaine.
Je sais respecter l’avenir.
Vienne la voile qui t’emmène,
En souriant je la verrai partir.

Tu t’en vas pleine d’espérance,
Avec orgueil tu reviendras ;
Mais ceux qui vont souffrir de ton absence,
Tu ne les reconnaîtras pas.

Adieu ! tu vas faire un beau rêve
Et t’enivrer d’un plaisir dangereux ;
Sur ton chemin l’étoile qui se lève
Longtemps encor éblouira tes yeux.

Un jour tu sentiras peut-être
Le prix d’un coeur qui nous comprend,
Le bien qu’on trouve à le connaître
Et ce qu’on souffre en le perdant.

Alfred de Musset (1810-1857)
- - -
( in Poésies Nouvelles, 1839 )
- - -
source  Gallica

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A Matija Čop

September 06, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Recevez donc, mânes de l'ami chéri!
qui dort tôt au tombeau, mon chant que voilà:
de son très brusque départ il me consola,
il m'a la vieille plaie de l'amour guéri.

Brièveté de nos doux liens, dis aux esprits
combien peu sont nombreux les jours d'éclat,
qu'heureux est celui, qui avec Bogomila
d'espoir du bonheur d'outre-tombe et pris.

J'ai enterré toutes mes pensées altières.
les douleurs de tous mes désirs inouïs,
tel Črtomira l'espoir du bonheur sur terre;

Jour clair, jour sombre vont dans la nuit,
coeur gai, ou malade, coeur qui se serre
trouveront la paix dans le tombal puits.

France PREŠEREN (1800 - 1849)

in L'ULTIME AIMÉE
Poèmes - choix et traduction
Kolja Mićević, Editions Kolja Mićević

pour en savoir plus sur France PREŠEREN : cliquez ici

pour en savoir plus sur Matija Čop: cliquez ici


 

 

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Paysages

September 05, 2013 Rasel Rana 0 Comments

L'air est trois fois léger. Sous le ciel trois fois pur,
Le vieux bourg qui s'effrite en ses noires murailles
Ce clair matin d'hiver sourit sous ses pierrailles
À ses monts familiers qui rêvent dans l'azur...

Une dalle encastrée, en son latin obscur,
Parle après deux mille ans d'antiques funérailles.
César passait ici pour gagner ses batailles,
Un oiseau du printemps chante sur le vieux mur...

Bruissante sous l'ombre en dentelle d'un arbre,
La fontaine sculptée en sa vasque de marbre
Fait briller au soleil quatre filets d'argent.

Et pendant qu'à travers la marmaille accourue
La diligence jaune entre dans la grand'rue,
La tour du signador jette l'heure en songeant.

II

L'horloger, pâle et fin, travaille avec douceur ;
Vagues, le seuil béant, somnolent les boutiques ;
Et d'un trottoir à l'autre ainsi qu'aux temps antiques
Les saluts du matin échangent leur candeur.

Panonceaux du notaire et plaque du docteur...
À la fontaine un gars fait boire ses bourriques ;
Et vers le catéchisme en files symétriques
Des petits enfants vont, conduits par une soeur.

Un rayon de soleil dardé comme une flèche
Fait tout à coup chanter une voix claire et fraîche
Dans la ruelle obscure ainsi qu'un corridor.

De la montagne il sort des ruisselets en foule,
Et partout c'est un bruit d'eau vive qui s'écoule
De l'aube au front d'argent jusqu'au soir aux yeux d'or.

III

Le ciel rouge et doré par degrés a pâli ;
Les oliviers d'argent frémissent ; l'herbe ondule ;
Rose au front, la montagne à sa base accumule
De grands blocs transparents de lapis-lazuli.

C'est le retour des champs... une étoile a frémi.
Dans l'air une douceur de Bethléem circule.
L'homme est à pied ; la femme assise sur la mule
Berce sous son manteau son enfant endormi.

Et partout, sur le front portant en équilibre
Des mannes où l'odeur des violettes vibre,
Par la grand'route grise et par les sentiers bruns,

Des femmes, que l'instant et leur marche rend belles,
Passent avec lenteur en laissant derrière elles
Le divin crépuscule empli de longs parfums.

IV

Voici les vieux métiers : le cuir, le fer, le bois,
La chanson d'établi dans les copeaux éclose ;
Le marteau sur l'enclume, et le fer chaud qu'on pose,
Et cet osier qui court flexible entre les doigts.

Ah ! Vivre ici pareil au ciel changeant des mois ! ...
La ville a pour ceinture un clair jardin de roses
Ah ! Vivre ici parmi l'innocence des choses,
Près de la bonne terre, et loin des tristes lois.

Ô songe d'une vie heureuse et monotone !
Bon pain quotidien ; lait pur ; conscience bonne ;
Simplicité des coeurs levés avant le jour...

Oui, mais qui sait, hélas ! Peut-être quels mystères
Même ici, trame, aux nuits d'orage et d'adultères,
Ce vieux couple éternel, l'Avarice et l'Amour ?

Albert SAMAIN (1858-1900)

“Le Chariot D’Or”

Librairie des Amateurs
A. Ferroud – F. Ferroud, Successeur
127, Boulevard Saint-Germain – 1907

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L'Esté

September 02, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Environné de feux, et couvert de lumiere,
Tu sorts de l'Ocean, Astre de l'Univers ;
Et des premiers rayons, de ta clarté premiere,
Tu m'echauffes l'esprit, et m'inspires ces Vers.

Tu brilles de splendeur ; tu brusles toutes choses ;
Les Vallons les plus frais, en vain t'ont resisté :
Tu fais languir les Lis ; tu fais mourir les Roses ;
Et la Neige est fonduë, aux chaleurs de l'Esté.

L'air est estincelant ; la terre est dessechée ;
La Palme la plus fiere, a la teste panchée ;
Le Laurier le plus vert, resiste vainement :

Tout fume ; tout perit ; par la celeste flame ;
Mais la plus vive ardeur d'un tel embrazement,
M'incommode bien moins que celle de mon ame.

Georges de Scudéry (1601-1667)
- - -
( in Poésies diverses, Paris 1649 )
- - -
source Gallica - pour en savoir plus sur Georges de Scudéry : cliquez ici ou cliquez là
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Helas combien de jours...

September 01, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Helas combien de jours, helas combien de nuicts
J'ay vescu loing du lieu, où mon cueur fait demeure !
C'est le vingtiesme jour que sans jour je demeure,
Mais en vingt jours j'ay eu tout un siecle d'ennuis.

Je n'en veux mal qu'à moy, malheureux que je suis,
Si je souspire en vain, si maintenant j'en pleure,
C'est que, mal-advisé, je laissay en mal'heure
Celle la que laisser nulle part je ne puis.

J'ay honte que desja ma peau decolouree
Se voit par mes ennuis de rides labourée :
J'ay honte que desja les douleurs inhumaines

Me blanchissent le poil sans le congé du temps :
Encore moindre je suis au compte de mes ans,
Et desja je suis vieux au compte de mes peines.

Etienne de la Boétie (1530-1563)
- - -
(in Vers françois de feu Estienne de la Boëtie, (publiés par Montaigne), Paris 1571)
- - -
source Gallica - pour en savoir plus sur Etienne de la Boétie : cliquez ici
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LE REGARD

August 31, 2013 Rasel Rana 0 Comments

     Regard ardant, cruel meurtrier de l'ame,
Et qui le corps retire de la lame,
Portant l'enfer en son superbe trait,
Et paradis en son plus doux attrait.


     Regard posé d'un oeil demy ouvert,
Orné d'esmail, d'esmail noir, blanc et verd,
Dessous le sein d'une voille argentée,
Rasserenant l'oeillade redoutée.


     Regard aygu à la force asseurée
Contre les rais de la torche etherée,
Et qui descend par sa vivacité
Au fond plus creux du val précipité


     Regard en qui tant de vertu s’assemble
Que son moins vainc l’Aigle et le Lynce ensemble.


     Regard pudique irrité quelquefoys
Du vil accent de la lubrique voix,
Qui fait rougir la blancheur lilialle
Sous un ciel paint de honte virginalle,
Et, relevant ses rais en la pensée,
Monstre combien son ame est offensée.


     Regard qui peult seullement par un clin
Du corps mourant retarder le declin,
Et ramener mainte ame vagabonde
Dedans son corps de long temps mort au monde.


     Regard luisant, la transparante porte
Du cueur caché, où amour se transporte :
Regarde moy, seiche mes tristes larmes,
contre le mal foibles et vaines armes,
Oste l’ardeur qui m’esblouit, à fin
Que de mon deuil je puisse voir la fin.


Maclou de la Haye
- - -
( in Cinq blasons des cinq contentemens en amour, Paris 1553 )
- - -
source Gallica
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SECRET DU POETE

August 31, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Je n'ai pour amie que la nuit.

Avec elle, toujours je pourrai parcourir
De moment en moment des heures, non pas vides,
Mais un temps que je mesure avec mon coeur
Comme il me plaît, sans jamais m'en distraire.

Ainsi lorsque je sens,
Encore s'arrachant à l'ombre,
L'espérance immuable
A nouveau débusquer en moi le feu
Et le rendre en silence
A tes gestes de terre
Aimés au point de paraître, lumière,
Immortels.

Giuseppe Ungaretti (1888-1970)
- - -
(traduit de l'italien par Philippe Jaccottet et Jean Lescure)
- - -
( in Vie d'un homme - Poésie 1914-1970, Gallimard, 2005 )
- - -
pour en savoir plus sur Giuseppe Ungaretti : cliquez ici
-

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SOUS LES AILES DE NULMOT

August 31, 2013 Rasel Rana 0 Comments

D'abord tu brûleras
les images. Puis
tu
brûleras

les lettres. Puis tu brûleras
ce qui est écrit
dans l'eau.
Et ce

qui est écrit dans la pierre
tu le
brûleras aussi. Et pour finir ce qui
n'est écrit

nulle part. Des cendres
de nulmot
s'élève
l'oiseau de nulmot. Sous ses coups d'aile

tu te penches
en arrière, tu
respires. Puis
tu brûleras les images.

Jan Erik Vold
- - -
(traduit du norvégien par Jacques Outin)
- - -
(in Il pleut des étoiles dans notre lit - Cinq poètes du grand Nord - Gallimard, nrf, 2011)
- - -
pour en savoir plus sur Jan Erik Vold : cliquez ici
-

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Ma seule amour...

August 31, 2013 Rasel Rana 1 Comments

Ma seule amour, ma joie et ma maîtresse,
Puisqu'il me faut loin de vous demeurer,
Je n'ai plus rien, à me réconforter,
Qu'un souvenir pour retenir liesse.

En alléguant, par Espoir, ma détresse,
Me conviendra le temps ainsi passer,
Ma seule amour, ma joie et ma maîtresse,
Puisqu'il me faut loin de vous demeurer.

Car mon coeur las, bien garni de tristesse,
S'en est voulu avecques vous aller,
Ne je ne puis jamais le recouvrer,
Jusque verrai votre belle jeunesse,
Ma seule amour, ma joie et ma maîtresse.

Charles d'Orléans (1394-1465)
- - -
source Gallica
-

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L'agréable leçon

August 30, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Dans la brise ailée et sonore
S’éveillent les dieux bocagers ;
Et le chalumeau des bergers
Brode de ses accords légers
Le voile rose de l’aurore.


Tircis aux pieds d’Églé dit son âme amoureuse.
L’air est bleu ; la rosée étincelle aux buissons ;
Le ruisseau d’argent clair brille dans les cressons,
Et le chien noir a l’oeil sur la brebis peureuse.


Sur ses pipeaux Tircis à la Journée Heureuse
Prélude ; mais soudain, jalousant ses chansons,
Églé veut à son tour, par d’aimables leçons,
D’une haleine qui chante emplir la flûte creuse.


Inhabile, elle souffle, et, penché sur son cou,
Tircis lève, descend ses doigts sur chaque trou,
Et les maintient crispés sur des accords moroses.


Églé s’irrite ; alors, Tircis pour l’apaiser
Sur sa bouche vermeille appuie un long baiser ;
Et la flûte à leurs pieds roule parmi les roses...


Dans la lumière qui recule
S’endorment les dieux bocagers ;
Et le chalumeau des bergers
Suspend ses accords prolongés
Au voile bleu du crépuscule.


Albert SAMAIN (1858-1900)


“Le Chariot D’Or”


Librairie des Amateurs
A. Ferroud – F. Ferroud, Successeur
127, Boulevard Saint-Germain – 1907

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The Caurnie Poets

August 24, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Oh, caurnie, whaur's your rhymers noo?
You yince had poets quite a few,
But noo I look your paper through,
and no'a verse,
Can it be you've lost the breed
That jingled cot a wee bit screed?
Are they asleep or are they deid?
whit mak's them scarce?

But maybe it's because you're "dry",
And no' a drink to them supply,
That they to ither taverns hie,
and you neglect
And there they sing O' "Ballochmyle","
Or else some place in Erin's Isle,
And you, forgotten a' the while,
gets nae respect.

Oh, wha will rise and sing a sang,
And praise you up baith loud and lang,
For wi' you there's naething' wrang-
oh, one thing, yes,
When will your honest, sober folk
Tak' pity on your bare-faced nock?
They let it staun' the tempest's shock
witoot a glass.

The a'e hauf does its very best,
Fechtin' winds frae east or west,
An tho' at times it's backward pressed,
will no' gi'e in,
Meanwhile, on the sheltered side
The haunds ha'e got a smoother glide,
Waiting not for time nor tide,
aroond they spin.

The two haunds on the northern face
Ha'e found a way to set the pace,
For lockit in a fond embrace
the 'oors flee past,
The wee yin, noo she's got a mate,
Cars'oors flee by at sic a rate,
She's able now tae change the date,
an' jook the blast.

And Archie Leitch, who tols the bell,
How he kens when I canna tell,
Unless the callant's bocht himsel'
a pocket ben.

No, Archie keep your wee watch right,
Tak' care it's no' rowed up too ticht,
Or we'll miss some 'oors sleep some night
awaitin' ten.

I hope I havena' raisen your ire
By criticisin' yor auld spire,
Whar each face ca's the ither liar
behint their back,
For I set oot withoot intention
Ony fan'ts o' yours tae mention,
But maybe noo some fists are clenchin'
my jaw tae smack.

So, for the present, that's enough:
You, for the warld, I widna' huff;
I'll balance this wi'praisin' stuff
when I come back


Kenneth Robertson


K. Herald 6 April 1958

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ORACIÓN VERDE

August 16, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Madre verde que estás con nosotros,
danos tu luz y tu sombra;
danos, madre, tu voz y tu silencio,
la danza y la quietud,
los abrazos del bosque,
el esplendor del mar y de la aurora.
Ven agua madre, ven; deja tus ríos
correr o remansarse,
la tempestad clamar;
que la gracia del tiempo entre las olas,
como un ave nos cante en la alborada.
¿Dónde si no en tu corazón en llamas,
madre fuego, nacieron tus arrullos,
el talismán dorado del ocaso
que es siempre amanecer;
la música estelar,
el bosque iluminado de palabras?
Danos, madre, tu suelo, ese ángel tibio
que nos besa y nos besa;
tus arenas, tus piedras, el polvo enamorado
que nos persigue como un duende loco.
Ahora y en la hora en que juntamos
este caudal de historias, estas fábulas,
danos el viento para navegar, los huracanes,
la brisa sosegada, el soplo de tu aliento,
tú que estás con nosotros,
madre verde de sombra,
madre verde de luz.

CARLOS FRANCISCO MONGE

 

PRIÈRE VERTE  (Traduction: Jean Régis Migne)

Mère verte, notre terre, qui est toujours avec nous,
donne-nous ta lumière et ta pénombre;
donne-nous, mère terre, ta voix et ton silence,
l’agitation et le calme,
les caresses de la forêt,
la splendeur de l’océan à l’aube.
Viens, mère eau, viens; laisse tes rivières
s’écouler ou s’étaler,
laisse la tempête gronder;
laisse le temps au calme bienvenu entre les vagues
chanter pour nous comme une alouette à l’aube.
Si ce n’est dans ton coeur embrasé, mère de feu,
d’où naquit ce doux murmure,
le talisman d’or du crépuscule
qui est aussi l’aurore;
la musique galactique,
la forêt illuminée de mots?
Donne-nous, mère terre, ton sol,
qui, de baisers chauds et mouillés,
sans cesse nous comble;
ton sable, tes rochers, la poussière chérie
qui ne cesse de nous poursuivre comme un elfe fou.
Maintenant et au moment même où nous devenons
part de ce courant d’histoires, de fables,
fais lever le vent dans nos voiles, des ouragans,
une brise placide, un souffle de ton haleine,
toi qui est toujours avec nous,
terre mère de la pénombre,
terre mère de la lumière.

 

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La mort de loup

August 10, 2013 Rasel Rana 0 Comments

I

Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. -- Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs ; seulement
La girouette en deuil criait au firmament ;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d'en bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant ; bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse ;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu'adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ;
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

II

J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuve
Ne l'eût pas laissé seul subir la grande épreuve ;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

III

Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
- Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur !
Il disait : " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. "

Alfred de Vigny ( 1797 - 1863 )
- - -
( in Les Destinées, éditions Michel Lévy Frères, Paris 1864 )
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source Gallica
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Air vif

August 09, 2013 Rasel Rana 0 Comments

(Derniers poèmes d’amour, 1963)

J’ai regardé devant moi
Dans la foule je t’ai vue
Parmi les blés je t’ai vue
Sous un arbre je t’ai vue
Au bout de tous mes voyages
Au fond de tous mes tourments
Au tournant de tous les rires
Sortant de l’eau et du feu
L’été l’hiver je t’ai vue
Dans ma maison je t’ai vue
Entre mes bras je t’ai vue
Dans mes rêves je t’ai vue
Je ne te quitterai plus.

Paul Eluard

.

Paul Eluard

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Quand je suis à tes pieds ...

August 09, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Quand je suis à tes pieds, comme un fidèle au temple
Immobile et pieux, quand fervent je contemple
Ta bouche exquise ou flotte un sourire adoré,
Tes cheveux blonds luisant comme un casque doré,
Tes yeux penchés d’où tombe une douceur câline,
Ton cou svelte émergeant d’un flot de mousseline,
L’ombre de tes longs cils sur ta joue et tes seins
Où mes baisers jaloux s’abattent par essaims,
Quand j’absorbe ta vie ainsi par chaque pore,
Et, comme un encensoir brûlant qui s’évapore,
Quand je sens, d’un frisson radieux exalté,
Tout mon coeur à longs flots fumer vers ta beauté,
Toujours ce vain désir inassouvi me hante
D’emporter avec moi tes yeux vivants d’amante,
De les mettre en mon coeur comme on garde un bijou
Afin de les trouver à toute heure et partout.
Aussi quand je m’en vais, pour conserver dans l’âme
Encore un peu de toi qui brille, douce flamme,
Aux lèvres que tu tends vers mes lèvres d’amant
À longs traits, à longs traits, je bois éperdument
D’une soif de désert, vorace, inassouvie,
Comme si je voulais te prendre de ta vie ! ...
Mais en vain... car à peine une dernière fois
T’ai-je envoyé mon coeur suprême au bout des doigts,
En me retrouvant seul sur le pavé sonore
Dans la rue où là-bas ta vitre brille encore,
Je sens parmi le vent nocturne s’exhaler
Tout ce que j’avais pris de toi pour m’en aller...
Et de tout son trésor mon coeur triste se vide,
Car ton subtil amour, ô femme, est plus fluide
Que l’eau vive, qu’on puise aux sources dans les bois
Et qu’on sent, malgré tout, fuir au travers des doigts...

Albert SAMAIN (1858-1900)

“Le Chariot D’Or”
Composition & Gravures de Charles Chessa

Librairie des Amateurs
A. Ferroud – F. Ferroud, Successeur
127, Boulevard Saint-Germain – 1907

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MA CAMPAGNE

August 08, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Comme' pou eun'  lett'  eud jour de l'an

Où qu' no vèye eun'  bell'  découpure,

Mâs fé d' man mieux pou l'écriture

Sans m' crair' d'emblèye un grand savant.

 

J'ai dans les yeux des paysâges

Où ma campagn' n'a point vieulli :

Y'  a des caanchons dans ses taillis,

Y'  a tout san coeur dans mes imâges.

 

Y'  a des jours où l' solei la cuit :

Pôr lors à semb' un brin tannéye,

Sa paur'  figü'  est tout'  fannèye

Et nô crairait qu'a'  s'  mour'  d'ennui.

 

Li faut d' la mucreu pou s'essourdre

Et la grande é qui vient d' la mé.

Qu'alle est-y belle en plein mouâ d' Mai,

Limpid' comm' eud' l'iâ qui vient d' sourdre.

 

Guettez-mê c'te pièche d' cossard :

Nô dirait du solei qu' embaume !

Pis c'te mazu' et san toit d' chaume

Décoré comme un vieux hussard.

 

Y' a des boqu'rons, y' a des quênèyes,

D'z' âb' censément draits comm' des i,

Y' a des pommiers partout (ça s' dit !)

Pis des lié' qui n' compt' pu l'z annèyes.

 

Y' a des clochers où l' coq dit l' vent :

D'aucuns en piêrr', d'aôt' en erdoise,

(Tout comme eun' manié d' coëff' cauchoise)

L'z hirondell' y r'vienn' au biaô temps.

 

Nô n' na par moment la berlue,

Comm' çu pêqueux d'vant un champ d' lin

Qui s' mit à brâiller - çu malin ! - :

" Mais fré dé Guiû qu' la mé est blue !"

 

" Tout cha, m' direz-vous, c'est des mots !

Faut la couleu' pis la musique. "

Qu' chacun d' vous un brin seu' y' applique ;

Mê, j' gard' mes pieds dans mes chabots !

 

Ô ma campagne euq' t'es-t'y belle

Aveu tous tes vivants atours !

Eul' rossignol, tan troubadour,

S' pâme en t'offrant ses ritournelles !

Gaston Demongé, dit Maît' Arsène (1888-1973), poète cauchois
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( in Les Terreux, éd. L. Durand & Fils, Fécamp, 1955 )
- - -
Pour en savoir un peu plus : cliquez ici (source Gallica)

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Rondeau amoureux

August 07, 2013 Rasel Rana 0 Comments

M’aimerez vous bien,
Dictes, par vostre ame ?
Mais que je vous aime
Plus que nulle rien,
M’aimerez vous bien ?

Dieu mit tant de bien
En vous que c’est basme,
Pour ce je me clame
Vostre. Mais combien
M’aimerez vous bien ?

Jean MESCHINOT (1420-1491)

MILLE ET CENT ANS DE POESIE FRANCAISE
De la séquence de sainte Eulalie à Jean Genet

Bernard DELVAILLE - Édition Robert Laffont

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Un seul mot

August 06, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Les paroles sont semblables aux abeilles,
Possédant miel et venin.
Tantôt un excès de saveur sans pareil,
Tantôt, elles sont pires qu’un surin.

Un seul mot peut te hisser
Vers l’apogée et la gloire.
Tu connaitras les sommets,
L’aisance et le pouvoir,
Les portes s’ouvriront d’un trait,
Des richesses à gogo vont pleuvoir.

Un seul mot peut causer ta chute,
Tu mordras la poussière.
Tu perdras tout en une minute,
Tout comme par un mystère.
Dont la discussion que tu débute,
Pèse bien les mots que tu profères.

Un seul mot peut changer ton attitude,
D’un coup, il modifie ton humeur.
Tu le rabâches avec hébétude,
Il trouble ta paix intérieure.
Il te fera perdre ta quiétude,
De tes entrailles jaillira la vapeur.

Un seul mot te sera remède,
Il te guérira du mal passé.
Tu jouiras de la gaieté qui succède,
Tu seras réjoui et rassuré.
Ton écho te sera une aide,
Il sera aisé à tes côtés.

Un seul mot te causera des blessures,
Ses plaies sont pires que celles d’un couteau.
Pauvre âme qui souffre et endure,
On dirait des sabres qui traversent la peau,
Les larmes coulent à flot sur la figure,
Le corps semble être dans un fourneau.

Un seul mot te procurera l’ivresse,
Il est pire que le vin et la drogue.
Son effet est tel un océan que l’ouragan traverse,
Ton esprit sera saisi de sensation analogue.
Et tu passeras des nuits blanches sans cesse
Les soucis seront ton épilogue.

Ahcene Mariche 

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Soir d'été

August 03, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Une tendre langueur s'étire dans l'espace ;
Sens-tu monter vers toi l'odeur de l'herbe lasse ?
Le vent mouillé du soir attriste le jardin ;
L'eau frissonne et s'écaille aux vagues du bassin
Et les choses ont l'air d'être toutes peureuses ;
Une étrange saveur vient des tiges juteuses.
Ta main retient la mienne, et pourtant tu sens bien
Que le mal de mon rêve et la douceur du tien
Nous ont fait brusquement étrangers l'un à l'autre ;
Quel coeur inconscient et faible que le nôtre,
Les feuilles qui jouaient dans les arbres ont froid
Vois-les se replier et trembler, l'ombre croît,
Ces fleurs ont un parfum aigu comme une lame...
Le douloureux passé se lève dans mon âme,
Et des fantômes chers marchent autour de toi.
L'hiver était meilleur, il me semble ; pourquoi
Faut-il que le printemps incessamment renaisse ?
Comme elle sera simple et brève, la jeunesse !...
Tout l'amour que l'on veut ne tient pas dans les mains ;
Il en reste toujours aux closes du chemin.
Viens, rentrons dans le calme obscur des chambres douces ;
Tu vois comme l'été durement nous repousse ;
Là-bas nous trouverons un peu de paix tous deux.
- Mais l'odeur de l'été reste dans tes cheveux
Et la langueur du jour en mon âme persiste :
Où pourrions-nous aller pour nous sentir moins tristes ?...

Anna de Noailles 1876 – 1933

(Recueil : Le coeur innombrable)

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A Marceline Desbordes Valmore

August 03, 2013 Rasel Rana 0 Comments

 

L’amour, dont l’autre nom sur terre est la douleur,
De ton sein fit jaillir une source écumante,
Et ta voix était triste et ton âme charmante,
Et de toi la pitié divine eût fait sa soeur.

Ivresse ou désespoir, enthousiasme ou langueur,
Tu jetais tes cris d’or à travers la tourmente ;
Et les vers qui brûlaient sur ta bouche d’amante
Formaient leur rythme aux seuls battements de ton coeur.

Aujourd’hui, la justice, à notre voix émue,
Vient, la palme à la main, vers ta noble statue,
Pour proclamer ta gloire au vieux soleil flamand.

Mais pour mieux attendrir ton bronze aux tendres charmes,
Peut-être il suffirait - quelque soir - simplement
Qu’une amante vînt là jeter, négligemment,

Une touffe de fleurs où trembleraient des larmes.

Albert SAMAIN (1858-1900)

"Le Chariot D'Or"

Librairie des Amateurs
A. Ferroud - F. Ferroud, Successeur
127, Boulevard Saint-Germain - 1907

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L'OMBRE

August 02, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Aux jours où la chaleur arrêtait toute vie,
Quand le soleil, sur les labours exténués,
Pressait contre son coeur le vignoble muet,-
A l'heure où des faucheurs l'armée anéantie
Écrasait l'herbe sous des corps crucifiés,-
Seul debout, en ces jours de feu et de poussière.
En face de sommeil accablé de la terre,
Assourdi par le cri des cigales sans nombre,
Je cherchais votre coeur, comme je cherchais l'ombre.

François Charles Mauriac 1885 – 1970

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Les Aieules

July 31, 2013 Rasel Rana 1 Comments

                            A madame Judith Mendès


A la fin de juillet les villages sont vides.
Depuis longtemps déjà des nuages livides,
Menaçant d’un prochain orage à l’occident,
Conseillaient la récolte au laboureur prudent.
Donc voici la moisson, et bientôt la vendange ;
On aiguise les faux, on prépare la grange,
Et tous les paysans, dès l’aube rassemblés,
Joyeux vont à la fête opulente des blés.
Or, pendant tout ce temps de travail, les aïeules
Au village, devant les portes, restent seules,
Se chauffant au soleil et branlant le menton,
Calmes et les deux mains jointes sur leur bâton ;
Car les travaux des champs leur ont courbé la taille.
Avec leur long fichu peint de quelque bataille,
Leur jupe de futaine et leur grand bonnet blanc,
Elles restent ainsi tout le jour sur un banc,
Heureuses, sans penser peut-être et sans rien dire,
Adressant un béat et mystique sourire
Au clair soleil qui dore au loin le vieux clocher
Et mûrit les épis que leurs fils vont faucher.


Ah ! c’est la saison douce et chère aux bonnes vieilles!
Les histoires autour du feu, les longues veilles
Ne leur conviennent plus. Leur vieux mari, l’aïeul,
Est mort, et, quand on est très-vieux, on est tout seul :
La fille est au lavoir, le gendre est à sa vigne.
On vous laisse ; et pourtant encore on se résigne,
S’il fait un beau soleil aux rayons réchauffants.
Elles aimaient naguère à bercer les enfants.
Le cœur des vieilles gens, surtout à la campagne,
Bat lentement et très-volontiers s’accompagne
Du mouvement rythmique et calme des berceaux.
Mais les petits sont grands aujourd’hui ; ces oiseaux
Ont pris leur vol ; ils n’ont plus besoin de défense ;
Et voici, que les vieux, dans leur seconde enfance,
N’ont même plus, hélas ! ce suprême jouet.


Elles pourraient encor bien tourner le rouet;
Mais sur leurs yeux pâlis le temps a mis son voile; •
Leurs maigres doigts sont las de filer de la toile ;
Car de ces mêmes mains, que le temps fait pâlir,
Elles ont déjà dû souvent ensevelir
Des chers défunts la froide et lugubre dépouille
Avec ce même lin filé par leur quenouille.


Mais ni la pauvreté constante, ni la mort
Des troupeaux, ni le fils aîné tombant au sort,
Ni la famine après les mauvaises récoltes,
Ni les travaux subis sans cris et sans révoltes,
Ni la fille, servante au loin, qui n’écrit pas,
Ni les mille tourments qui font pleurer tout bas,
En cachette, la nuit, les craintives aïeules,
Ni la foudre du ciel incendiant les meules,
Ni tout ce qui leur parle encore du passé
Dans l’étroit cimetière à l’église adossé
Où vont jouer les blonds enfants après l’école,
Et qui cache, parmi l’herbe et la vigne folle,
Plus d’une croix de bois qu’elles connaissent bien,
Rien n’a troublé leur cœur héroïque et chrétien.
Et maintenant, à l’âge où l’âme se repose,
Elles ne semblent pas désirer autre chose
Que d’aller, en été, s’asseoir, vers le midi,
Sur quelque banc de pierre au soleil attiédi,
Pour regarder d’un œil plein de sereine extase
Les canards bleus et verts caquetant dans la vase,
Entendre la chanson des laveuses et voir
Les chevaux de labour descendre à l’abreuvoir.
Leur sourire d’enfant et leur front blanc qui tremble
Rayonnent de bien-être et de candeur; il semble
Qu’elles ne songent plus à leurs chagrins passés,
Qu’elles pardonnent tout, et que c’est bien assez
Pour elles que d’avoir, dans leurs vieilles années,
Les peines d’autrefois étant bien terminées,
Et pour donner la joie à leurs quatre-vingts ans,
Le grand soleil, ce vieil ami des paysans.


François COPPÉE 1842 - 1908
Poèmes Et Récits, Édition Illustrée De 45
Sans date (1886)
Dessins De Myrbach, Gravés Par Florian.

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Ne vas pas gentiment dans cette douce nuit

July 30, 2013 Rasel Rana 1 Comments

(Original)

Do not go gentle into that good night

Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rave at close of day;
Rage, rage against the dying of the light.

Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had forked no lightning they
Do not go gentle into that good night,

Good men, the last wave by, crying how bright
Their frail deeds might have danced in a green bay,
Rage, rage against the dying of the light.

Wild men who caught and sang the sun in flight,
And learn, too late, they grieved it on its way,
Do not go gentle into that good night,

Grave men, near death, who see with blinding sight
Blind eyes could blaze like meteors and be gay,
Rage, rage against the dying of the light.

And you, my father, there on the sad height,
Curse, bless, me now with your fierce tears, I pray.
Do not go gentle into that good night,
Rage, rage against the dying of the light.

 Dylan Thomas 1914 – 1953 

***

Traduction de Rolland Pauzin, conservant la forme de la villanelle :

Ne vas pas gentiment dans cette douce nuit
L’âge devrait brûler ou briser sa clôture
Rage, rage et combats la mort du soir qui luit

Bien qu'un sage vieillard sait que le trou noir suit,
Ses mots étant sans lux, aucune créature
Ne va docilement dans cette douce nuit.

Bonhomme prés du but, pleurant pour ce vert buis
Brillant, où danseraient ses dernières mesures,
Rage, rage et combat la mort du soir qui luit.

L'excité qui chantait le vol d'un soleil cuit
Et qui apprend trop tard le deuil de ses brûlures,
Ne va docilement dans cette douce nuit.

L'homme grave et mourant, dont les yeux, tels des puits,
Peuvent de joie briller avant leurs fermetures,
Rage, rage et combat la mort du soir qui luit.

Et toi père en ce corps qui tristement s'enfuit,
En pleurs fiers, maudis-moi, bénis-moi, je t'adjure,
Ne vas pas gentiment dans cette douce nuit
Rage, rage et combats la mort du soir qui luit.

 

http://ecritsaai.blogspot.de/

 

[caption id="attachment_5054" align="alignnone" width="300"]La maison de Thomas à Laugharne, appelée le Boat House La maison de Thomas à Laugharne, appelée le Boat House[/caption]

 

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La fleur de l’amitié

July 28, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Un jour, en pleine Nature,
...Enfoui sous la verdure,
Un bourgeon m’a souri.
Le regard ému et attendri,
Je l’ai délicatement cueilli ;
Soudain, il s’est épanoui,
Transformé en rose de l’amitié,
Au grand cœur passionné,
Aux tendres pétales colorés,
Au doux parfum printanier.
Cette belle et sensible fleur
Sème l’odeur du Bonheur.

© Katia Hacène

http://katiahacene.monsite-orange.fr/

 

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Je veux sortir de ce monde

July 28, 2013 Rasel Rana 0 Comments

VERS SIMPLES (1891)

Verse XXIII

Je veux sortir de ce monde
Par la porte d'un beau jour,
Et qu'un arbre vert m'inonde
De son végétal amour.

Non, je ne veux pas l'obscure
Nuit pour mon dernier sommeil.
Je suis bon, j'ai l'âme pure
Je mourrai face au soleil

José Martí 1853 - 1895

Poésies - Traduit en français par Armand Godoy
Èditions Bernard Grasset, Paris 1937

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L'Eternité

July 28, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Elle est retrouvée.
Quoi? - L'Éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

Âme sentinelle,
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s'exhale
Sans qu'on dise : enfin.

Là pas d'espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil.

Mai 1872

Arthur RIMBAUD (1854-1891)

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Les souvenirs

July 27, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Les souvenirs, ce sont les chambres sans serrures,
Des chambres vides où l’on n’ose plus entrer,
Parce que de vieux parents jadis y moururent.
On vit dans la maison où sont ces chambres closes.
On sait qu’elles sont là comme à leur habitude,
Et c’est la chambre bleue, et c’est la chambre rose…
La maison se remplit ainsi de solitude,
Et l’on y continue à vivre en souriant…

Henry Bataille (1872-1922)

 

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L'ABIME

July 27, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Un abîme de silence nous sépare l'un de l'autre
Je me tiens d'un côté de l'abîme et vous de
l'autre
Je ne peux pas vous voir ou vous entendre, cependant je le sais
Vous êtes là
Souvent je vous crie votre nom d'enfant
En prétends que l'écho qui répond à mon appel est
Votre voix.
Comment pouvons-nous jeter un pont sur cet abîme? Jamais.
Par une parole ou par une rencontre
Une fois j'ai pensé que nous pourrions le remplir avec des
Larmes
Maintenant je veux le faire relentir de nos rires.

Katherine Mansfield 1888 - 1923

(Poémes - Traduit et présentés par Jean Pierre Le Mée, Collection NQR Plein Midi 1946)

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À la Bien-Aimée

July 26, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,
Et ma voile de soie et mon jardin de lys,
Ma cassolette d’or et ma blanche colonne,
Mon par cet mon étang de roseaux et d’iris.

Vous êtes mes parfums d’ambre et de miel, ma plume,
Mes feuillages, mes chants de cigales dans l’air,
Ma neige qui se meurt d’être hautaine et calme,
Et mes algues et mes paysages de mer.

Et vous êtes ma cloche au sanglot monotone,
Mon île fraîche et ma secourable oasis…
Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,
Et ma voile de soie et mon jardin de lys.

Pauline Tarn, aka Renée Vivien, 1877-1909

(Recueil : "À l'heure des mains jointes")

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Mon Rêve Familier

July 26, 2013 Rasel Rana 0 Comments

 

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur, transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse? - Je l’ignore.
Son nom? je me souviens qu’il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

Paul VERLAINE 1844 - 1896
- - -
( in Poèmes Saturniens )
- - -
source Gallica
-

s

Source: Youtube Phil Sucrepop

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L'HORLOGE

July 23, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : " Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible,

Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! "

Charles Baudelaire (1821-1867)
- - -
(in Les Fleurs du Mal, Spleen et Idéal, LXXXV, éd. de 1861)
- - -
source : Gallica

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ΤΗΣ ΕΛΕΝΗΣ

July 23, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Ελένη, μάθε να μην γυρίζεις ποτέ πίσω.
Κι αν κυριεύτηκε η Τροία,
κι αν παίρνονται τα κάστρα τα περήφανα,
κι αν ζώνουν το παλάτι εχθροί,
κι αν φτάνουν μες στα δώματα
οι θρήνοι από τα τείχη,
πάσχισε εσύ αιχμάλωτη να μην πιαστείς.
Πάντα θα υπάρχει κάποια δίοδος μυστική
για να ξεφύγεις,
να μην προσπέσεις στου Μενέλαου
τη διάθεση.
Ακόμα κι αν συλλογίζεσαι
πως δεν θα είναι ολότελα πικρή η επιστροφή
μα κάπως σαν λιμάνι, σαν καταφύγιο βολικό
μετά τη μάταιη φυγή σου, αρνήσου.
Πάσχισε εσύ να βρεις μονάχα την έξοδονα φύγεις.
Και μη λυπάσαι για την εστία,
το τζάκι, τους δικούς που εκεί στη Σπάρτη έχουν μείνει.
Και μη σκεφτείς πως θα ήταν μία λύση
η επιστροφή - φύγε Ελένη.
Μη φοβάσαι χωρίς εφόδια να κινήσεις
για το άγνωστο.
Συλλογίσου μόνο τις χώρες τις ιδανικές
που ονειρευόσουνα εκεί στη Σπάρτη,
τους τόπους που αναζήταγες
κι έφυγες για την Τροία
και πες πως τώρα είναι ευκαιρία για σένα
να τις προσεγγίσεις. Και πες πως τώρα
είναι ευκαιρία για σένα ν’ αρχίσεις
όλο να προχωράς.

Ira Feloukatzi
- - -
( in ΔΙΑΔΡΟΜΗ ΣΤΑ ΔΟΝΗΤΙΚΑΤΟΠΙΑ )

site de l'auteure : www.ira-feloukatzi.fr

- - -
(traduction française par Vassilis Vassilikos)

HELENE

Hélène,
Apprends à ne jamais retourner en arrière.
Même si Troie est tombée
si les fières citadelles succombent
si les ennemis encerclent le palais
si les lamentations te parviennent des remparts
ne te laisse pas capturer.
Il y aura toujours une issue secrète
pour t'échapper
ne plus te soumettre encore
au bon plaisir de Ménélas.
Même si tu penses que le retour
ne serait pas si amer
qu'il pourrait être un havre
un refuge confortable
après ta vaine fuite
refuse !
Fais tout pour trouver l'issue.
Ne regrette pas le foyer
la famille restée à Sparte.
Ne crois pas que le retour
soit une solution – pars, Hélène!
Ne crains pas d'aller sans bagages
vers l'inconnu.
Pense seulement aux pays idéaux
dont tu rêvais à Sparte
aux lieux que tu cherchais en partant pour Troie
et dis-toi qu'à présent ils sont tout proches.
Et qu'à présent pour toi un chemin s'ouvre
pour aller toujours
en avant.

- - -
(in Paysages Vibrants, éd. L'Harmattan)

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Ελπίδα/ Espoir

July 22, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Πάντα περιμένουμε κάτι να τελειώσει
για ν’ αρχίσει επιτέλους αυτό που προσδοκούμε
Φοράμε την ελπίδα μας
κι οδεύουμε στο χρόνο
αθόρυβα
σπέρνοντάς τον με όνειρα

Σε κάποιο σημείο
νιώθουμε την ψυχή μας να τρέμει
γδύνουμε πυρετωδώς το σώμα μας
μετά κοιτάμε έκθαμβοι
-θαρρείς βρισκόμαστε σε μουσείο τέχνης-
το έργο των βασάνων μας
με τις ποδοπατημένες επιθυμίες μας

Γυμνοί κι αδύναμοι
σαν να ξυπνάμε από μια βαριά αρρώστια
περιμένουμε να περάσει ο πυρετός
και ξαναφοράμε
την ελπίδα μας

Constance Dima

http://www.constance-dima.com/

(traduction française par l'auteure elle-même)

Espoir

Toujours on attend
que quelque chose s'achève
que commence enfin le premier de nos songes
on se vêt du voile de l’espoir
et on progresse dans le temps
sans bruit
en le parsemant de rêves

A un certain point
on sent l’âme frémir
on se dévêt fiévreusement
se découvre avec des yeux ébahis
comme la statue d’un musée
chef d'œuvre de ses souffrances
désirs enfouis
désemparés, dénudés

Rescapé improbable on attend
que la fièvre passe
puis on se revêt
de l'espoir

Hope


 Always waiting for something to end
so what we truly anticipate can finally begin
Clothed in hope
we move through time
silently
sowing it with dreams 


At some point
the soul shudders
we undress our body feverishly
and then gaze incredulously
- as if in an art museum –
at the masterpiece of our suffering
created by our trampled desires 


Naked and exhausted
as if just rousing from a grave illness
we wait for the fever to pass
then wearily cover ourselves again
in hope


Translation from Greek: SOTIRIS BIZIOURAS

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After Great Pain, A Formal Feeling Comes

July 20, 2013 Rasel Rana 0 Comments

After great pain, a formal feeling comes--
The Nerves sit ceremonious, like Toombs--
The stiff Heart questions was it He, that bore,
And Yesterday, or Centuries before?

The Feet, mechanical, go round--
Of Ground, or Air, or Ought--
A Wooden way
Regardless grown,
A Quartz contentment, like a stone--

This is the Hour of Lead--
Remembered, if outlived,
As Freezing persons recollect the Snow--
First--Chill--then Stupor--then the letting go--

Emily Dickinson

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I'll not weep..Je ne pleurerai pas

July 20, 2013 Rasel Rana 0 Comments

I'll not weep that thou art going to leave me
There's nothing lovely here,
And doubly will the dark world grieve me
While thy heart suffers there -

I'll not weep - because the summer's glory
Must always end in gloom
And follow out the happiest story,
It closes with the tomb -

And I am weary of the anguish
Increasing winter bear -
I'm sick to see the spirit languish
Through years of dead despair -

So if a tear when thou art dying
Should haply fall from me
It is but that my soul is sighing
To go and rest with thee -

May 4th 1840

Emily Brontë (1818-1848)
- - -
( in Cahiers E.J.B. )

- - -
(traduction de Claire Malroux
Cahiers de Poèmes, Points, édition bilingue)

Je ne pleurerai pas de voir que tu me quittes
Ici il n'y a rien d'enchanteur,
Et doublement m'affligera le sombre monde
Tant qu'y souffre ton coeur -

Je ne pleurerai pas - car la splendeur de l'été
Toujours doit finir en ténèbre
Et le conte le plus heureux, à terme
Se clôt avec la tombe -

Et puis je suis lasse de la détresse
Qu'engendrent les hivers grandissants
Ecoeurée de voir l'esprit se languir
Dans le pur désespoir des ans -

Si donc une larme à l'heure de ta mort
Vient par hasard à m'échapper
C'est seulement que mon âme soupire
D'aller près de toi reposer -

4 mai 1840

[caption id="attachment_4968" align="alignnone" width="300"]Haworth cemetary Haworth, cimetière[/caption]

-

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Amie !

July 19, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Permettez-moi, amie, de m’adresser à vous,
De vous parler, quoique je n’en sache rien je l’avoue,
De l’héritage d’une génération disparue ;
En vous et moi, et en d’autres, certes réapparu.
Un don ? –On ne dirait plus. Un mal ? –Oui, peut-être.
Telle est la sensibilité, crime qu’on perpètre 
Vis-à-vis du monde, au détriment de nous-mêmes ;
N’a-t-on dit qu’on ne récolte que ce que l’on sème ?
Puis, comme une bougie brûle pour nous illuminer,
On s’épuise pour que l’autre puisse nous éliminer.
Accablés, moroses probablement nous mourrons ;
Pourtant, le paradis, croyez-moi, nous l’aurons.
On nous accuse de fous, de faibles et de givrés,
Il faut le savoir, personne d’entre eux ne dit vrai.
De l’existence, nous pénétrons les profondeurs,
Et de l’univers, nous découvrons la grandeur.
Laissez-les parler, tels sont tous les passagers,
Volubiles, ils s’en souviennent une fois âgés.
Ainsi sommes-nous, sensibles à la réalité,
Tout homme ne l’étant est dénué d’humanité.
Restons pareil, implorons que l’on nous comprenne
Malgré tous ces innombrables doutes qui nous enchaînent.
Et si, enfin, incompris semblons-nous rester,
Il vaut mieux convoiter des spleens les majestés.
Ce ne sont que les paroles d’un homme comme les autres
Qui, fin, a pu deviner ses maux et les vôtres.


BAKA Jaouad
Le Dimanche 07 Novembre de l’an 2010

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Tedd a kezed

July 09, 2013 Rasel Rana 1 Comments

Tedd a kezed
homlokomra,
mintha kezed
kezem volna.

Úgy őrizz, mint
ki gyilkolna,
mintha éltem
élted volna.

Úgy szeress, mint
ha jó volna,
mintha szívem
szíved volna.

Attila József

---

traduction française de Francis Combes

Le Printemps des poétes présente Poésies du Monde Anthologie, Seghers

Là sur mon front

Là sur mon front
Pose ta main
Comme si ta main
Était ma main

Serre-moi fort
Comme à la mort
Comme si ma vie
Était ta vie

Et aime moi
Comme à bonheur
Comme si mon coeur
Était ton coeur

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SPLEEN

July 08, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Ah ! quel voyage nous allons faire
Mon âme et moi, quel lent voyage

Et quel pays nous allons voir
Quel long pays, pays d'ennui.

Ah ! d'être assez fourbu le soir
Pour revenir sans plus rien voir

Et de mourir pendant la nuit
Mort de moi, mort de notre ennui.

Hector Saint-Denys Garneau (1912-1943)
- - -
( in Regards et jeux dans l'espacePoésies Complètes, Fides, Montréal 1972 )

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DER KIRCHHOF/ LE CIMETIERE

July 06, 2013 Rasel Rana 0 Comments

Du stiller Ort, der grünt mit jungem Grase,
Da liegen Mann und Frau, und Kreuze stehn,
Wohin hinaus geleitet Freunde gehn,
Wo Fenster sind glänzend mit hellem Glase.

Wenn glänzt an dir des Himmels hohe Leuchte
Des Mittags, wann der Frühling dort oft weilt,
Wenn geistige Wolke dort, die graue, feuchte,
Wenn sanft der Tag vorbei mit Schönheit eilt !

Wie still ists nicht an jener grauen Mauer,
Wo drüber her ein Baum mit Früchten hängt ;
Mit schwarzen tauigen, und Laub voll Trauer,
Die Früchte aber sind sehr schön gedrängt.

Dort in der Kirch ist eine dunkle Stille
Und der Altar ist auch in dieser Nacht geringe,
Noch sind darin einige schöne Dinge,
Im Sommer aber singt auf Feldern manche Grille.

Wenn einer dort Reden des Pfarrherrn hört,
Indes die Schar der Freunde steht daneben,
Die mit dem Toten sind, welch eignes Leben
Und welcher Geist, und fromm sein ungestört.

Friedrich Hölderlin (1770-1843)
- - -
( in Derniers poèmes )

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(traduction française de Jean-Pierre Burgart,
Derniers poèmes, Points, édition bilingue )

LE CIMETIERE

Toi, lieu tranquille qui verdis de jeune herbe,
Où gisent homme et femme, où des croix se dressent,
Où conduits au loin des amis s'en vont,
Où des fenêtres sont brillantes de verre clair.

Quand brille sur toi la haute lumière du ciel
A midi, quand le printemps là souvent s'attarde,
Quand des nuages pensifs là-bas, gris et humides,
Quand tendrement le jour avec beauté passe et s'enfuit !

Quelle tranquillité n'est pas sur ces murs gris
Par dessus lesquels un arbre pend avec ses fruits ;
Couverts de rosée noire et le feuillage plein de deuil,
Les fruits cependant sont massés avec une grande beauté.

Là-bas dans l'église est une obscure tranquillité
Et l'autel est aussi dans cette nuit bien peu,
A l'intérieur sont encore quelques belles choses,
Mais en été dans la campagne chante maint grillon.

Quand on entend là-bas les paroles du pasteur
Tandis que se tient à ses côtés le groupe des amis
Qui sont avec le mort, quelle vie singulière,
Et quel esprit, et se recueillir sans être troublé.

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L'ÎLE DES BOSSUS

July 04, 2013 Rasel Rana 0 Comments

CONTE-CHANSON

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

Un jour, le vent moqueur y jette
Un puîné de Jean de Calais ;
Jean débarque et prend sa lorgnette :
" Tudieu ! que ces magots sont laids ! "
Et Jean, d'un air superbe,
Les toise à chaque pas ;
Car il est un proverbe
Que Jean ne connaît pas :

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

D'un air triomphant, il s'étale
Le soir aux Bouffes ; mais soudain
Autour de lui, de stalle en stalle,
Bourdonne un rire de dédain.
Maint faiseur d'épigramme
Crie : A la porte ! il va
Faire avorter le drame
Et la dona diva.

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

Jean le comprit, et d'une haleine
Vite à son auberge il courut
Endosser deux bosses de laine ;
Puis dans le monde il reparut ;
Et soudain chaque belle,
Prise à ce tour subtil,
Du beau Polichinelle
Voulut tenir le fil.

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

Mainte vieille, à la dérobée,
Epuisa pour lui soins et fard ;
Mainte fois sa bosse est tombée
Aux pieds d'une Putiphar ;
Enfin, pouvant à peine
Suffire à son bonheur,
Jean d'une énorme reine
Fut… l'écuyer d'honneur.

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

Mais du roi Pouf il vit la fille ;
L'auguste enfant, des plus jolis,
Epouvantail de sa famille,
Avait poussé droit comme un lis.
De ce côté sans cesse
Jean soupire, et, vainqueur,
Aux pieds de la princesse
Met sa bosse et son coeur.

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

Tous deux s'esquivent : bon voyage !
Puis en France il vont saintement
Ajouter à leur mariage
La formule du sacrement.
Bref, de sa double bosse,
Inutile à Calais,
Pour danser à la noce,
Jean se fit des mollets.

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

Il eut un enfant, deux, trois, quatre ;
Fut échevin et marguillier,
Vit des abus sans les combattre,
Ecouta des sots sans bâiller.
Et, vieux, de la jeunesse
Devenu le Mentor
Au sortir de la messe,
Il fredonnait encor :

Dans le pays des bossus
Il faut l'être
ou le paraître :
Les dos plats sont mal reçus
Au pays des bossus.

Hégésippe Moreau (1810-1838)
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( in Le Myosotis, 1838 )
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source Gallica : cliquez ici

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