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Auprès de quelqu'un qui vous aime

July 23, 2012 Rasel Rana 2 Comments

Auprès de quelqu'un qui vous aime,
S'asseoir enfin et demeurer
Tranquillement, longtemps et même
Sans avoir à se séparer.


Etre assis bien près l'un de l'autre,
Tendres, parfois se regarder,
Sentir une main sur la vôtre
Se poser, prête à vous aider.


Loin des disputes et des rires,
Rêver, rêver ou même lire,
Ou méditer, ou composer,
Mais ne rien dire, oh! ne rien dire...


(9 janvier 1945)


Micheline Maurel (1916 - 2009)


(La Passion selon Ravensbruck - Les Éditions de Minuit p. 57)

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La pluie

July 08, 2012 Rasel Rana 0 Comments

la pluieLongue comme des fils sans fin, la longue pluie
Interminablement, à travers le jour gris,
Ligne les carreaux verts avec ses longs fils gris,
Infiniment, la pluie,
La longue pluie,
La pluie.


Elle s'effile ainsi, depuis hier soir,
Des haillons mous qui pendent,
Au ciel maussade et noir.
Elle s'étire, patiente et lente,
Sur les chemins, depuis hier soir,
Sur les chemins et les venelles,
Continuelle.


Au long des lieues,
Qui vont des champs vers les banlieues,
Par les routes interminablement courbées,
Passent, peinant, suant, fumant,
En un profil d'enterrement,
Les attelages, bâches bombées ;
Dans les ornières régulières
Parallèles si longuement
Qu'elles semblent, la nuit, se joindre au firmament,
L'eau dégoutte, pendant des heures ;
Et les arbres pleurent et les demeures,
Mouillés qu'ils sont de longue pluie,
Tenacement, indéfinie.


Les rivières, à travers leurs digues pourries,
Se dégonflent sur les prairies,
Où flotte au loin du foin noyé ;
Le vent gifle aulnes et noyers ;
Sinistrement, dans l'eau jusqu'à mi-corps,
De grands boeufs noirs beuglent vers les cieux tors ;


Le soir approche, avec ses ombres,
Dont les plaines et les taillis s'encombrent,
Et c'est toujours la pluie
La longue pluie
Fine et dense, comme la suie.


La longue pluie,
La pluie - et ses fils identiques
Et ses ongles systématiques
Tissent le vêtement,
Maille à maille, de dénûment,
Pour les maisons et les enclos
Des villages gris et vieillots :
Linges et chapelets de loques
Qui s'effiloquent,
Au long de bâtons droits ;
Bleus colombiers collés au toit ;
Carreaux, avec, sur leur vitre sinistre,
Un emplâtre de papier bistre ;
Logis dont les gouttières régulières
Forment des croix sur des pignons de pierre ;
Moulins plantés uniformes et mornes,
Sur leur butte, comme des cornes


Clochers et chapelles voisines,
La pluie,
La longue pluie,
Pendant l'hiver, les assassine.


La pluie,
La longue pluie, avec ses longs fils gris.
Avec ses cheveux d'eau, avec ses rides,
La longue pluie
Des vieux pays,
Eternelle et torpide !


Emile Verhaeren (21 May 1855 – 27 November 1916)

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Le silence

July 02, 2012 Rasel Rana 0 Comments

Le silence est une page blanche


un mur
un mur
un mur
un mur
un mur
un mur
un mur


une ligne droite une ligne droite une ligne droite une ligne droite


Mon silence rime avec fréquence
Ton silence me tue
Son silence m’inquiète
Notre silence de couple veut tout dire
Vos silences nous punissent
Leurs silences ont l’odeur de la mort


Tous ces silences conjugués forment mes maux


Rolland Pauzin – 18 juin 2012

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