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Encre lavande

February 11, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Tiens, la voilà : miss Béate, somnolant
à l’ombre d’un parasol Campari. A côté d’elle,
un bouquin - quelque chose de brillant : Callimaque,
disons, imprimé dans une élégante typo vénitienne -
lu à moitié (et il reste encore
les métaphores les plus osées !),
un verre de gin, buée froide
fleurissant sur le cristal. L’air
caresse sa peau
et la hi-fi du voisin joue
« I Can’t Get Started » dans un recoin
lointain de l’après-midi.


Voiliers sur l’eau.
Tintements de glaçons.


Je t’imagine lisant ces lignes,
redécouvrant Sydney
dans un millier d’années, sans
comprendre tout de suite : tu auras raté
la délicate gueule de bois, le murmure distant
de la ville, l’odeur de cette encre
séchant sur la page.


Traduction et adaptation par Jean-Marie Flémal


(d’après John Tranter)


***


Original :


Lavender Ink


Look, there she is : Miss Bliss, dozing
in the shade of a Campari umbrella. Beside her
a book - something brilliant : Callimachus,
let’s say, printed in an elegant Venetian type -
half-read, with the most alarming
metaphors to come,
and a glass of gin, a cool dew
blooming on the crystal, the air
kissing her skin
and the neighbour’s hi-fi playing
’I Can’t Get Started’ in a distant
corner of the afternoon.


The yachts on the water.
The tinkle of ice.


I’m thinking of you reading this,
reinventing Sydney
a thousand years from now, and not
getting it quite right : missing the
delicate hangover, the distant murmur
of the city, the scent of this ink
drying on the page.


© 2004 


Avec l’aimable autorisation de l’auteur et du traducteur

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