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Ode à la fièvre

February 25, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Pierre de RONSARD (1524-1585)


Ah fievreuse maladie,
Coment es-tu si hardie
D'assaillir mon pauvre cors
Qu'amour dedans et dehors
De nuit et de jour m'enflame,
Jusques au profond de l'ame ;
Et sans pitié prend à jeu
De le mettre tout en feu :
Ne crains-tu point vieille blême
Qu'il ne te brule toimême ?
Mais que cerches-tu chés moi ?
Sonde moi partout, et voi
Que je ne suis plus au nombre
Des vivans, mais bien un ombre
De ceus qu'amour et la mort
Ont conduit delà le port
Compagnons des troupes vaines
Je n'ay plus ni sang, ni venes,
Ni flanc, ni poumons, ni coeur,
Long tems a que la rigueur
De ma trop fiere Cassandre
Me les a tournés en cendre.
Donq, si tu veux m'offencer,
Il te faut aller blesser
Le tendre cors de m'amie,
Car en elle gist ma vie,
Et non en moi, qui mort suis,
Et qui sans ame ne puis
Sentir chose qu'on me face,
Non plus qu'une froide mace
De rocher, ou de metal,
Qui ne sent ne bien ne mal.


 

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Le chat

February 25, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Une queue bien droite -


La moustache de minet


Caresse la chatte.


***


La chatte blessée


Se dresse sur ses griffes -


Orage dans l'air


***


Chat de gouttière


Tombe avec le tonnerre -


Patatras! flic flac


***


Un oil vert et jaune


Réfléchit l'automobile -


Phare terrestre


©Rolland Pauzin - 1-04-2002 - Haïku

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La Soif

February 25, 2011 Rasel Rana 0 Comments


À Émile Verhaeren.


Les marins naufragés, debout sur leur radeau
Que berce et qu’enveloppe un lugubre bruit d’eau,
Cherchent à l’horizon l’aile blanche des voiles.
Quand le calme renaît, quand brillent les étoiles
Comme des lampes d’or sur leur tombeau mouvant,
Ils espèrent revoir le port au jour levant.
Vain rêve : le temps calme est pis que les tempêtes ;
Un soleil tropical tombe à pic sur leurs têtes,
Et leur épave humaine est inerte au milieu
De ce double infini qui semble tout en feu !…
La soif les brûle ; ils n’ont pas d’eau ; l’horrible fièvre
Met le sang à leurs yeux et la bave à leur lèvre ;
Les uns, moins endurcis et plus prompts à fléchir,
Boivent de l’eau de mer, croyant se rafraîchir,
Et promettent de faire au retour des neuvaines.
Mais cette eau, comme un plomb fondu, brûle leurs veines
Et, morts avant le soir, on les jette à la mer
Qui pour l’éternité garde leur râle amer !…
Les autres sont plus forts : sachant que l’eau marine,
Rafraîchissant la bouche, enflamme la poitrine,
Ils guettent, sans rien boire, et la main sur les yeux,
Dans les lointains brûlants le passage joyeux
D’un brick ensoleillé que le vent favorise,
S’imaginant le gai retour et la surprise
Des mères qui viendront, les sachant débarqués,
Les conduire, en pleurant de bonheur, par les quais
Vers les blanches maisons où les nappes sont mises,
Pour boire de la bière auprès de leurs promises !…


De même il faut raidir son cœur et le sevrer
Des légères amours qui ne font qu’altérer,
Pour qu’un amour honnête et pur sur le rivage
Calme sa soif d’aimer indomptable et sauvage.


(Recueil : "Les Tristesses")


Georges RODENBACH

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À Edmond L.

February 25, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Edmond, te souvient-il de nos jeunes années,
De ce temps encor proche et qui semble lointain,
Où tous deux nous tenions nos têtes inclinées.
Sur ces livres méchants de grec et de latin..


Mais voici qu’aujourd’hui tu prends un autre livre,
Le livre le plus pur et le plus gracieux,
Le livre de l’amour, dont rien ne désenivre
Et qu’on lit sur la terre en se croyant aux cieux !


Avec la femme jeune et fidèle qui t’aime,
Sous le double flambeau de ses yeux éclatants,
Tu vas le déchiffrer cet éternel poème
Que l’amour met aux mains des époux de vingt ans.


Ce poème est touchant : parfois il désenchante
Ceux qui n’ont pas au cœur le culte du foyer ;
Mais toi, je te sais bon, et je la sais charmante,
La grâce et la bonté font bien de s’allier.


Le fond c’est la bonté, la forme c’est la grâce,
Une œuvre faite ainsi plaît jusqu’au dénoûment ;
Étant à l’épilogue on reprend la préface,
Et le plaisir est neuf comme au premier moment !


Tu l’aimeras ce livre où l’honneur se propage,
Car ce sera la bonne et vieille édition,
Et des enfants joyeux tourneront chaque page
Mêlant leur frais sourire à ton émotion !


Lisez-le donc longtemps tous deux… prés du vieux père
Qui vous voyant heureux oublîra son ennui ;
Et pour faire renaître à son foyer prospère
La gaîté d’autrefois… lisez-le comme lui !…


(Recueil : "Les Tristesses")


Georges RODENBACH -  ( 1855 -  1898)

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Une larme

February 25, 2011 Rasel Rana 0 Comments



Une
Nuit
Blanche
Sur    une
Page   blanche
Ajoutez  de  la  neige
Bien   froide,   bien  pale
Et   vous  aurez  une  personne
Qui pleure pour un oui, pour un non
Sans    vraiment    savoir    pourquoi.
Allez    donc    dans    sa    chambre
Vous  pensez  n'y   rien  trouver
Mais   soulevez  l'oreiller
Vous  y  trouverez
Une larme
.


©Rolland Pauzin - 2-12-2001

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Ballade à la Lune

February 25, 2011 Rasel Rana 0 Comments

C'était dans la nuit brune,
Sur le clocher jaunit,
La lune,
Comme un point sur un i !


Lune,quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil,
Dans l'ombre,
Ta face et ton profil ?


Es-tu l'oeil du ciel borgne ?
Quel cherubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?


N'es tu qu'une boule?
Qu'un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras ?


Es-tu, je t'en sousponne,
Le grand cadran de fer
Qui sonne
L'heure aux damnés d'enfer ?


Sur ton front qui voyage,
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité?


Est-ce un vers qui te ronge,
Quand ton disque noirci
S'allonge
En croissant rétréci?


Qui t'avait énborgnée
L'autre nuit? T'étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu?


Car tu vins, pâle et morne,
Coller sur mes carreaux
Ta corne,
A travers les barreaux.


Va, lune moribonde,
Le beau corps de Phoebé
La blonde
Dans la mer est tombé.


Tu n'en es que la face,
Et déjà, tout ridé,
S'efface
Ton front dépossédé.


Rends-nous la chasseresse,
Blance, au sein virginal,
Qui presse
Quelque cerf matinal !


Oh ! Sous le vert platane,
Sous les frais coudriers,
Diane,
Et ses grands lévriers !


Le chevreau noir qui doute,
Pendu sur un rocher,
L'écoute,
L'écoute s'approcher.


Et, suivant leurs curées,
Par les vaux, par les blés,
Les prés,
Ses chiens s'en sont allés.


Oh ! Le soir, dans la brise,
Phoebé, soeur d'Apollo
Surprise
A l'ombre, un pied dans l'eau !


Phoebé qui, la nuit close,
Aux lèvres d'un berger
Se pose,
Comme un oiseau léger.


Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours
L'histoire
T'embellira toujours.


Et, toujours rajeunie,
Tu seras du passant
Bénie,
Pleine lune ou croissant.


T'aimera le vieux pâtre,
Seul, tandis qu'à ton front
D'albâtre
Ses dogues aboieront.


T'aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte
Sous le clair firmament !


Et la fillette preste
Qui passe le buisson,
Pied leste,
En chantant dans sa chanson.


Comme un ours à la chaîne,
Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne
L'océan monstrueux.


Et qu'il vente ou qu'il neige,
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je,
Venant ici m'asseoir ?


Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.


Peut-être quand déchante 1
Quelque pauvre mari,
Méchante,
De loin tu lui souris.


Dans sa douleur amère,
Quand au gendre béni
La mère
Livre la clef du nid,


Le pied dans sa pantoufle,
Voilâ l'époux tout prêt
Qui souffle
Le bougeoir indiscret.


Au pudique hyménée
La vierge qui se croit
Menée,
Grelotte en son lit froid.


Mais monsieur tout en flamme
Commence à rudoyer
Madame
Qui commence à crier.


" Ouf ! Dit-il, je travaille,
Ma bonne, et ne fais rien
Qui vaille;
Tu ne te tiens pas bien. "


Et vite il se dépêche.
Mais quel demon caché
L'empêche
De commettre un péché?


" Ah dit-il, prenons garde.
Quel témoin curieux
Regarde
Avec ses deux grands yeux? "


Et c'est, dans la nuit brune,
Sur son clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.


Alfred de Musset


 

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Le Poete Revisionniste

February 22, 2011 Rasel Rana 0 Comments


C’était un grand poète il a une effigie
De douze mètres dix tout en bronze et en fer
Que lui ont érigée ceux des chemins de fer
Ceux des mines et ceux de la sidérurgie


C’était un grand poète il chantait l’énergie
L’huile de bras de coude et celle dont se sert
Le plus humble graisseur de nos chemins de fer
Et il chantait aussi les p’tits gars d’Géorgie


La force productive n’avait aucun secret
Pour lui faut-il le dire et à tous les congrès
Son poème au travail mouillait maint mouchoir rouge


Ce chantre du labeur succomba au combat
Quoique d’aucun disent qu’il mourut dans un bouge
Des suites d’un chancre qu’il avait assez bas


Jean Marie Flemal


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Le Poete Brut

February 22, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Il écrivait
des poèmes d’homme primaire
ne faisait que fort peu de cas
de l’effort à fournir
et rechignait sans patience
à toute peine


Ses images
ne lui coûtaient que peu de voyages
ils les avait toutes
depuis longtemps à portée de main
il lui suffisait de se baisser pour les glaner
et les apprivoiser ensuite
dans sa grande cage à mots


"C’était un poète"
a-t-on dit après sa mort
et il en riait dans sa tombe
se tapant sur les cuisses bruyamment
en se cognant les coudes à la caisse
et en poussant d'abominables jurons
qui chassaient les esprits du cimetière
et gelait l’eau des goupillons
les matinées d’enterrement


Mort comme vivant
jamais il ne résistait au sommeil
et sa production ne l’inquiétait guère
pas plus que la postérité


Il était d’une race en voie de disparition
et n’avait pas gravé son œuvre
dans une matière imputrescible
ou non recyclable


Jean Marie Flemal

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Lecture

February 22, 2011 Rasel Rana 0 Comments


Tous ces livres lus
l'un après l'autre dévorés
puis jetés pêle-mêle
au pied du lit


Tous ces livres
ces histoires ces contes ces poèmes
tous ces livres oubliés
et au bout du compte


la cécité


Jean Marie Flemal

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Poete et Augure

February 22, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Le poète ausculte
le tranchant de l’heure
"tendant la main
raidie déjà vers l’ultime
perception?"


La chose
d’une importance capitale
est-elle oui ou non de savoir
si l’humanité bouffera demain
- et quoi ? -  ou la réponse
à la question existentielle
que se pose notre ami le poète


- enfermé comme au secret
depuis tantôt vingt journées
face à son réfrigérateur hollywoodien
bourré à péter de ses gonds -


dans un langage
d’u-ne-vi-sion-ma-chère!
dans lequel "bouffer"
se dit tenez-vous bien
"franchir l’ultime perception"
et "avoir faim"
se traduit par "tendre la main"
alors que l’adjectif "raidie"
est là pour dire
que la mère du poète
a oublié d’allumer le poêle


Jean Marie Flemal

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L'Artificieux

February 22, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Artificiel il parle
il n’avait rien à dire
il n’avait rien appris
alors artificiel il parle


De sa bouche
tombent des n’importe quoi
dans des bruits de n’importe comment


Mais qu’importe le résultat
l’essentiel c’est que cet autre
ou cet un porte le message
dise aux autres
ce que personne avant
n’avait encore dit
ce qu’artificiel il dit
car n’ayant rien à dire
son verbe est invention pure


Artificiel il crée
et broute madame la vache
et pendant qu’il crée
hennit monsieur cheval
bêle monsieur mouton
et gratte morpion des belles lettres
dans le fond de culotte de l’art


Le fond de l’art
effroi


Jean Marie Flemal


 

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Poete des Temps Maudits

February 22, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Confondant blancheur et pureté
tu en es venu à salir
inconsciemment - peut-être -
tout ce que tu touches
poète de ces temps maudits


Les rouages subtils de ton verbe
comme tous les rouages ici-bas
de Pittsburgh au sommet du Parnasse
nécessitent de savants huilages


Il en reste malheureusement
toujours un peu sur les doigts
et partout ce sont des odeurs
tantôt fugitives tantôt persistantes
qui ont pour noms savoir-faire
ou métier virtuosité talent
ou même art


N’empêche
tu ne convaincras jamais que tes semblables
tous ceux qui comme toi sont passés maîtres
dans la fureur de l’engendrement littéromane
et la gestation pénible de l’artifice


L’humanité idéale que tu recrées
avec force ahans et au prix de nuits ulcérantes
n’est constituée que de monstres
qui ne survivraient pas trois minutes
hors de la cloche de verre du boudoir
que pompeusement tu appelles ton antre


Pauvre
pauvre petit médecin de l’âme
et qui n’es qu’un de ses multiples
cancers


Jean Marie Flemal

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Reflexion

February 22, 2011 Rasel Rana 0 Comments

La main droite sur le ventre
la gauche à plat contre les lèvres
le front barré par quelque souci opiniâtre
on voit nettement qu’il réfléchit


La photo que voici
nous le montre occupé à réfléchir :
la postérité plus encor que les lecteurs rares


"Lâches assurément ceux qui absorbés
par de plus terre à terre tâches
l’ont voué aux gémonies"
dit l’exégète qui est en même temps
son concubin
qui sont ses contemporains
a besoin de savoir que cet homme
qui était poète au vu et au su de tous
réfléchissait déjà avant de naître
qu’il profitait de toutes ses heures
d’immobilisme relatif
pour ré
flé
chir


Le monde lui est redevable


de quelques solides casse tête


Jean Marie Flemal

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Buffet de Gare

February 22, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Les tiraillements intérieurs
agitent des bannières poisseuses
derrière lesquelles naissent
et s’estompent en même temps
des faces qui ne sont plus
qu’articulations béantes
de cris


L’inconfort de ce buffet de gare
m’oblige à l’avarice des mots
et le visage qui me regarde écrire
recharge les accus de son agressivité
face à cette main nerveuse et précise
dont il ne comprend pas la différence


Le moindre frôlement d’épaule
aujourd’hui me laboure le ventre


*


Le poète se crée ses propres malédictions
et souvent le courage lui manque :
introverti dans la foule
extraverti dans la solitude
ses regards ses mots
ses gestes ses pas
ne font qu’illimiter l’étendue
de son porte-à-faux sensoriel


Jean Marie Flemal

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Port de Fécamp 1977

February 22, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Il y a de la brume sur le vieux port
où d'immenses carcasses rouillées de cargos
achèvent de se déglinguer
au beau milieu de mon cafard


c'est comme qui dirait le matin
il doit y avoir un chat
en train de miauler dans chaque poubelle
et probablement aussi
quelques vieilles putes blafardes
en carafe dans le cœur
de chacun de ces matelots rencontrés
titubant d'enfer en purgatoire
et de bar en bordel
l'estomac plus noué qu'un paquet de bitords
et les yeux rougeâtres plissés
pour mieux maudire sans doute
les rires stridents des mouettes
et les aboiements des sirènes


il y a de la brume sur le vieux port
les derniers godets de bière éventée
n'ont pas l'air de vouloir passer
c'est bien pire encore
que toute cette mer à boire


aujourd'hui il n'y a même pas besoin
d'un petit coup de calva ou de gnole
pour affronter la froidure des quais


la chaleur humaine s'en va haletant
au gré des haleines rauques


je me sens vieux comme un trois-mâts
qu'on n'aurait plus briqué depuis deux hivers
et j'ai dans la bouche
des relents fades de baisers sans passion
où réprobateurs nagent les yeux
d'un bouillon de moules


Jean Marie Flemal

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Plages

February 22, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Dans les bars
c'est le grand vide
quelques visages neutres
très peu de couples encore


je devine
à travers les vitres sales
les serveuses fatiguées
aux jambes variqueuses


celles-là n'ont pas le sourire
des putes de vacances
ce sont les bonnes femmes
de la morte-saison


la sueur de l'ennui
perle sur leurs visages mal fardés
la musique des jukeboxes
tournoie sur le porte-à-faux
de leur médiocrité
presque enviable


Jean-Marie Flemal

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La lecon de mathématiques I

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

(ou Bible du maître de mathématiques Athé-niant)


Je ne connais rien
À l'histoire, la théologie, la métaphysique
Moi ce que j'aime ce sont les mathématiques:


Dieu et Dieu font Saints
Saint et Saint font Dieu,
Vous me direz mais ca ne colle pas!
Je vous répondrez avec la foi: Si!
Un gros sein et un petit sein
Le tout n'est pas sain
Mais c'est bien dit
Et à y regarder de près
Deux seins de même tailles
Ce n'est pas saint non plus
Mais c'est toujours bien dit
Et voila pour les aditions.


Passons à la multiplication:
Sans foi Dieu
C'est: vin
Et vin et vin…dix fois,
En fait c'est la loi de la distribution.
Ca vous êtes bien d'accord, non?
Ou faut-il que je vous fasse passer l'alcotest?
Donc Dieu sans foi d'eux
c'est: devin bien sûr!
Et Dieu sans foi d'Ys
c'est: divin, tonnerre de Brest!


Maintenant, passons aux tablatures de Dieu:
Une fois Dieu c'est Dieu
Mais attention
Sans foi Dieu c'est pas Dieu!
De même
Une fois Dieu c'est le monothéisme
Trois fois Dieu c'est le panthéisme
Mais quand on sait que trois fois rien
C'est déjà quelque chose… probablement un euphémisme!
On se rend bien compte que tout ces sch. . .ismes
ne riment à rien.


Bon, quelques lois sur les groupes
Dieu à Sète c'est Brassens!
Mais, ces tas d'yeux, ca,
On ne sait à qui c'est!
Comme quoi Dieu n'est pas commutatif
(ni communicatif d'ailleurs).
Non, pas touche à Brassens c'est mon pote!!!
Et puis lui les groupes
Il n'en avait rien a foutre
Alors que Dieu. . .


En conclusion, je dirai
Puisque Dieu est très grand
Dieu au carré
C'est probablement l'infiniment Grand
Mais là, je n'irai jamais
Alors moi, je préfère dormir dans mon
Pieu au carré
Bien tranquille en fumant ma pipe de trois fois rien.


J'espère que cette lecon vaut bien un fromage,
Sur ce,
Amen.


N.B. pour les fromages postez à
C/o Lucie Fair
Boite restante en fer.


Ils me garderont tout ca au chaud
Pour ma prochaine visite, je crois.


©Rolland Pauzin. 20-10-2001 -Bible-Psaume-X,XX,C+

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La carotte n'est pas cornichon

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

La carotte est à poil tout près d'un potiron
Subtile influence de l'attraction lunaire
Et les poils se dressent comme des militaires,
Au garde-à-vous bandé, prêts pour leur mission;


Mais sans la capote, seul les cornichons
Se mouillent à prendre des plaisirs délétères . . .
Enorme légume jouissant de la terre,
Surtout ne tombe pas dans ce piège à bâton!


Il a bon ton bon teint, ce joyaux du jardin;
"Organiquement sain", conclue la médecin
qui goûte des lèvres cette chair tachée


"Ce ferme membre à poils des non-légumineuses,
n'a dans ses racines point de vice caché."
(Sauf pour les lecteurs aux. . . pensées libidineuses).


©Rolland Pauzin - 18-03-2002 - Sonnet : Gotcha!

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Plaisir d'un ventre provencal

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Ma pomme d'amour toute perlée toute rouge
Tu te glisses entre mes lèvres excitées
Je te tiens délicatement avec doigté
Et te couvre de baisers pour que tu ne bouges.


Tu n'es pas de la mauvaise graine d'un bouge
Faussement sucrée ou aigrement affectée
Loin de toi l'idée sote et grenue d'infecter
L'ignoble croquant te passant à l'infrarouge.


Tu te laisses lécher en rougissant un peu
Puis tu envoies les gueux aux sixièmes cieux
A quelques marches des plaisirs les plus exquis.


Quand tu te parfumes les jours de grande dalle
De senteurs enivrantes dont le basilic
Tu es à croquer ma tomate provencale.


©Pendelote alias Rolland Pauzin - 19-03-2002 - Sonnet

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Down by the salley gardens

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Down by the salley gardens my love an I did meet;
She passed the salley gardens with little snow-white feet
She bid me take love easy, as the leaves grow on the tree;
But I, being young and foolish, with her would not agree.


In a field by the river my love and I did stand,
And on my leaning shoulder she laid her snow-white hand.
She bid me take life easy, as the grass grows on the weirs;
But I was young and foolish, and now am full of tears


William Butler Yeats. (1865-1939)

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To a child dancing in the wind

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Dance there upon the shore;
What need have you to care
for wind or water's roar?
and tumble out your air
that the salt drops have wet;
being young you have not known
the fool's triumph, not yet
love lost has soon as won,
nor the best labourer dead
and all the sheaves to bind.
what need have you to dread
the monstrous crying of wind?


William Butler Yeats. (England 1865-1939)

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Les hormones

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Dring! Les hormones sonnent.
Boum! Boum! L'orage tonne.
Cachons nous! Couvrons nous!
Evitons ces remous,
Prenons nos parapluies
Et nos impers tous gris
Pour parcourir les bois
Ou l'hormone se croit
Bannie a tout jamais.
Youpi! C'est fait!
Bien caché, bien couvert.
A l'endroit, a l'envers
Dansons le cha cha cha,
L'hormone n'est pas la!
Coucou la liberté!
Et vlan un pied de nez!
Que la vie est belle
Quand les mirabelles
Ne sont pas injectées
D'hormones avariées!
L'orage a bien tonné,
L'hormone est bien sonnée,
Nous, les gros bras, sortons
Et très fier nous bravons
La femme, la déesse
L'amante, la gonzesse
Désormais aussi sage
Qu'un ange ou une image.


©2001- Rolland Pauzin - 18-6-2001

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Villanelle

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Joachim Du Bellay (1525-1560)


En ce moys delicieux,
Qu’amour toute chose incite,
Un chacun à qui mieulx mieulx
La doulceur du temps imite,
Mais une rigueur despite
Me faict pleurer mon malheur.
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ay ceste douleur.


Dedans vostre oeil gracieux
Toute doulceur est escrite,
Mais la doulceur de voz yeux
En amertume est confite,
Souvent la couleuvre habite
Dessoubs une belle fleur.
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ay ceste douleur.


Or puis que je deviens vieux,
Et que rien ne me profite,
Desesperé d’avoir mieulx,
Je m’en iray rendre hermite,
Je m’en iray rendre hermite,
Pour mieulx pleurer mon malheur
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ay ceste douleur.


Mais si la faveur des Dieux
Au bois vous avoit conduitte,
Où, desperé d’avoir mieulx,
Je m’en iray rendre hermite:
Peult estre que ma poursuite
Vous feroit changer couleur.
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ay ceste douleur.


 

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Le tremblement de terre a tout volé

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

La nuit ferme ses volets
Emprisonnant peurs et pleurs,
Tout espoir est envolé.


Le sol stupide a tremblé
Pourtant devant ce malheur
La nuit ferme ses volets.


Il boit son café au lait
Mais sans l'ami, sans la soeur
Tout espoir est envolé.


Elle fouille les remblais
En sanglotant mais, sans coeur,
La nuit ferme ses volets


Abandonnant bras, mollets,
Têtes, bêches et rancoeurs.
Tout espoir est envolé.


La Camarde a fauché blés,
Certitudes et bonheurs.
La nuit ferme ses volets,
Tout espoir est envolé.


©Rolland Pauzin. 26-10-2001- Villanelle

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Vole plume de la haine

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Vole plume de la haine,
Cher crayon empoisonné
Tu as adouci mes peines.


A Mirabeau dans la Seine
L'amour a enfin coulé.
Vole plume de la haine.


Ecran aux lignes lointaines
Par des touches de clavier
Tu as adouci mes peines.


Dans ma tour inhumaine,
Avant toi, je m'isolais.
Vole plume de la haine.


Toi à la voix incertaine,
T'ayant ainsi rencontrée,
Tu as adouci mes peines


Pendant qu'une aigre rengaine
Chaque jour me torturait.
Vole plume de la haine.


Toi qui a semé les graines
De confiance et d'amitié
Tu as adouci mes peines.


Grâce à toi mes doigts égrenent
A nouveau l'espoir d'aimer.
Vole plume de la haine,
Tu as adouci mes peines.


©Rolland Pauzin. 9-9-2001 - Villanelle

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Dieu, que ta tolérance est grande

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Dieu, les gueux le vilipendent
Lui que l'on ne voit point
Que sa tolérance est grande!


Des va-nu-pieds quémandent
Quand les fermiers font leurs foins.
Dieu, les gueux le vilipendent


L'éthiopien est sans viande,
Le suisse a de l'embonpoint,
Que sa tolérance est grande!


L'enfant souffre dans les Andes
Ses vieux prennent à témoin
Dieu, les gueux le vilipendent


Les bons et les méchants pendent
Leurs morts dans tous les recoins
Que sa tolérance est grande!


Bien qu'ils le couvrent d'offrandes
Les pauvres meurent sans soins.
Dieu, les gueux le vilipendent


L'armée riche tue des bandes
De vieux innocents bédouins
Que sa tolérance est grande!


N'est-il qu'une simple légende
Qu'il n'ouit ceux dans le besoin?
Dieu, les gueux le vilipendent,
Que sa tolérance est grande!


©Rolland Pauzin. 16-10-2001 - villanelle

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Le train siffle Adieu

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Au loin le train siffle Adieu


Au village vieillissant
Et le froid pique les yeux.
L'hiver si long si odieux
Enfile son manteau, quand,
Au loin le train siffle Adieu.
L'enfant - sourire gracieux
S'échappe comme le vent
Et le froid pique les yeux
D'immobiles pauvres vieux
Se sentant vieillir, pourtant,
Au loin le train siffle Adieu
D'un coup alerte et joyeux.
Rien ne sera comme avant
Et le froid pique les yeux
De l'adolescent anxieux
Qui quitte enfin ses parents.
Au loin le train siffle Adieu
Et le froid pique les yeux.


©Rolland Pauzin 3-1-2002 - villanelle

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Fin de fado

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

D'oeillets roses ils s'habillent
Et vont chasser le diktat
Pour que tu sois libre fille.
Pendant que l'armée fusille
Ceux qui ne vont pas au pas,
D'oeillets roses ils s'habillent.
Avec maintes banderilles
Ils se lancent au combat
Pour que tu sois libre fille.
Des va-nu-pieds en guenilles
Déculottent des soldats.
D'oeillets roses ils s'habillent.
Les tanks changent leurs chenilles
En papillons de gala
Pour que tu sois libre fille.


Enfin comme au jeu de quille
Tout tombe sous les hourras.
D'oeillets roses ils s'habillent
Pour que tu sois libre fille.


©Rolland Pauzin. 19-11-2001 version II - villanelle

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Vieille branche

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Pleure, pleure vieille branche.
Tu as perdu pour toujours
Le parfum de ta pervenche.


Tu admires bien le Dimanche
Les jolies fleurs de ta cour,
Pleure, pleure vieille branche,


Mais ton tendre coeur ne flanche
D'amour sincère que pour
Le parfum de ta pervenche


Qui aimait montrer ses hanches
Et surtout, son jupon court.
Pleure, pleure vieille branche.


Enfermé dans quatre planches,
Le jardinier prit un jour
Le parfum de ta pervenche


Pour le vendre à un Romanche
Et te laisser le coeur lourd.
Pleure, pleure vieille branche
Le parfum de ta pervenche


©Rolland Pauzin. 15-10-2001 - villanelle

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L'amour est une vipère

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

L'amour est une vipère
Qui se cache dans les bois.
Que sa morsure est amère!


Sois sage jeune bergère
Sous ses apparats grivois
L'amour est une vipère.


Tu n'écoutes pas ta mère
Qui te dit de bonne foi
Que sa morsure est amère.


Insouciante tu préfères
Ouir le galant sournois.
L'amour est une vipère.


Puis dans une clairière
Il s'amourache de toi.
Que sa morsure est amère!


Tu restes toujours fière
Mais le sida est en toi.
L'amour est une vipère.


Malgré tes vaines prières
Tu meurs sans perdre la foi.
Que sa morsure est amère!


Tu aurais dut ouir ton père
Qui disait: protège-toi.
L'amour est une vipère.
Que sa morsure est amère!


©Rolland Pauzin. 13-10-2001 - Villanelle

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Rondeaux mignons

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Jean Richepin,Les Caresses, 1877


La rosée
S'envole et remonte aux cieux
Quand le soleil radieux
L'a baisée.
Ainsi les pleurs de mes yeux
S'évaporent, quand tu veux,
En rosée.


Rossignol,
Ton doux chant sous la ramée
Semble la voix enrhumée
De Guignol,
Lorsque de ma bien-aimée
Chante la voix parfumée,
Rossignol.


L'hirondelle
S'en revient quand le printemps
A chassé les noirs autans
A coups d'aile.
Ainsi tes ris éclatants
Ramènent de mes vingt ans
L'hirondelle.


Mes amours
Sont comme un vin qui détonne
Et fait craquer de l'automne
Le velours.
Et je chante, et je festonne,
Et je ris, lorsque j'entonne
Mes amours.


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Mon coeur s'ébat

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Triolet - vers 1390 - Jean Froissart


Mon coeur s'ébat en odorant la rose
Et s'éjouit en regardant ma dame :


Trop mieux me vaut l'une que l'autre chose.
Mon coeur s'ébat en odorant la rose.


L'odeur m'est bon, mais du regard je n'ose
Jouer trop fort, je vous le jur' par m'âme.
Mon coeur s'ébat en odorant la rose
Et s'éjouit en regardant ma dame.


 

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Triolet - Quand Colette

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments


Quand Colette Colet colie
Elle le prend par le colet.


Mais c'est trop grant mélancolie,
Quand Colette Colet Colie.


Car ses deux bras à son col lie
Par le doux semblant de colet


Quand Colette Colet colie,
Elle le prend par le colet.


Guillaume de Machaut (1300 ? - 1377)


 

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RONDEAU dans Pantagruel

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Pour ceste foys que à vous, dame très belle,

Mon cas disoys; par trop feustes rebelle
De me chasser sans espoir de retour,
Veu que à vous oncq ne feis austere tour
En dict, ny faîct, en soubson ny libelle.


Si tant à vous deplaisoit ma querelle,
Vous pouviez par vous, sans maquerelle,
Me dire: " Amy, partez d'icy entour
Pour ceste foys"
Tort ne vous fays, si mon cueur vous decelle,
En remonstrant comme l'ard l'estincelle
De la beaulté que couvre vostre atour;
Car rien n'y quiers, sinon qu'en vostre tour
Me faciez de hait la combrecelle
Pour ceste foys.

François Rabelais (1494 – 1553)

 

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Entre deux draps

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Entre deux draps de toile belle et bonne,
Que très souvent on rechange, on savonne,
La jeune Iris au coeur sincère et haut,
Aux yeux brillants, à l'esprit sans défaut,
Jusqu'à midi volontiers se mitonne.


Je ne combats de goûts contre personne :
Mais franchement sa paresse m'étonne ;
C'est demeurer seule plus qu'il ne faut
Entre deux draps.


Quand à rêver ainsi l'on s'abandonne,
Le traître amour rarement le pardonne ;
À soupirer on s'exerce bientôt ;
Et la vertu soutient un grand assaut,
Quand une fille avec son coeur raisonne
Entre deux draps


 Antoinette Deshoulières (vers  1634 - 1694)


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Vous qui vivez à présent en ce monde

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Vous qui vivez à présent en ce monde
Et qui vivez souverains en vertu,
Vous est-il point de la mort souvenu ?
Vos pères sont en la fosse parfonde
Mangés des vers, sans lance et sans écu,
Vous qui vivez à présent en ce monde
Et qui régnez souverains en vertu.


Avisez-y et menez vie ronde,
Car en vivant serez froid et chanu,
Car en la fin mourrez dolent et nu.
Vous qui vivez à présent en ce monde
Et qui régnez souverains en vertu
Vous est-il point de la mort souvenu ?


(vers1400) - Eustache Deschamps

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De triste coeur

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

De triste coeur chanter joyeusement
Et rire en deuil c'est chose fort à faire,
De son penser montrer tout le contraire,
N'issir doux ris de dolent sentiment,


Ainsi me faut faire communément,
Et me convient, pour celer mon affaire,
De triste coeur chanter joyeusement.


Car en mon coeur porte couvertement
Le deuil qui soit qui plus me peut déplaire,
Et si me faut, pour les gens faire taire,
Rire en pleurant et très amèrement
De triste coeur chanter joyeusement.


Christine de Pisan (1363-1431) 


(vers 1430)

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Petit mort pour rire

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

 


Va vite, léger peigneur de comètes !
Les herbes au vent seront tes cheveux ;
De ton oeil béant jailliront les feux
Follets, prisonniers dans les pauvres têtes...


Les fleurs de tombeau qu'on nomme Amourettes
Foisonneront plein ton rire terreux...
Et les myosotis, ces fleurs d'oubliettes...


Ne fais pas le lourd : cercueils de poètes
Pour les croque-morts sont de simples jeux,
Boîtes à violon qui sonnent le creux...
Ils te croiront mort - Les bourgeois sont bêtes -
Va vite, léger peigneur de comètes !


(1873)


Tristan Corbière (18 July 1845 – 1 March 1875)

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Au mois de mai …

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

 

Au mois de mai, l'amoureuse Isabelle
Et le galant qui soupire pour elle
Sont nés tous deux, et de là seulement
Vient leur amour, vient leur contentement
Et de leurs voeux la rencontre éternelle.

Jamais pigeon, en trémoussant de l'aile,
Ne baisa mieux sa compagne fidèle,
Ni ne sut mieux alléger son tourment,
Au mois de mai.

Ils sont épris d'une ardeur mutuelle,
Et si l'amour en la saison nouvelle
Dedans les coeurs prend quelque accroissement,
Ne doutons point que cet heureux amant
N'ait au plus tard la fleur de cette belle
Au mois de mai.

Claude Malleville  (1597-1647)

 

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Rondeau Des Fleurs

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Ô douces fleurs silencieuses,
patience et toute bonté,
ô pucelles très gracieuses,
salut en grande humilité !


Modèles de bénignité,
charitables, officieuses,
Ô douces fleurs !


Vous qui gardez, dévotieuses,
la divine immobilité,
quand vous mourez, délicieuses,
c'est en odeur de sainteté,
Ô douces fleurs !


Andre Mary (1879 - 1962)
- - -
"La Petite Illustration" No. 786 -

Poesies : No. 8, 22 Aout 1936


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Rondeau Du Voyageur

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Ô voyageur, debout ! c'est la diane,
et nous avons dormi de longue-main :
l'heure a sonné de nous tendre la main.
Selle ton bai, je prends mon alezane.


L'un tire au sud, l'autre à la tramontane,
Cueilleras-tu l'épine ou le jasmin ?
Ô Voyageur ?


Pour moi, je crains la nuit sous le platane
plus qu'à midi la poudre du chemin :
serons-nous pas des étrangers demain ?
Tout homme est seul parmi la caravane.
Ô Voyageur !


Andre Mary (1879 - 1962)
- - -
"La Petite Illustration" No. 786 -

Poesies: No. 8, 22 Aout 1936


 

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De celui qui entra de nuit chez s'amie

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

De nuit et jour faut être aventureux
Qui d'amours veut avoir biens plantureux :
Quant est de moi, je n'eus onc crainte d'âme,
Fors seulement, en entrant chez ma Dame,
D'être aperçu des languards dangereux.


Un soir bien tard me firent si peureux,
Qu'avis m'était qu'il était jour pour eux :
Mais si entrai-je, et n'en vint jamais blâme
De nuit et jour.


La nuit je pris d'elle un fruit savoureux,
Au point du jour vis son corps amoureux,
Entre deux draps, plus odorants que Baume.
Mon Oeil adonc, qui de plaisir se pâme,
Dit à mes Bras : vous êtes bien heureux
De nuit et jour.


Clément Marot (1496 - 1544)
- - -
( in L'Adolescence clémentine, 1532)

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De sa grande amie

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Dedans Paris, ville jolie,
Un jour, passant mélancolie,
Je pris alliance nouvelle
À la plus gaie demoiselle
Qui soit d'ici en Italie.


D'honnêteté elle est saisie,
Et crois (selon ma fantaisie)
Qu'il n'en est guère de plus belle
Dedans Paris.


Je ne la vous nommerai mie,
Sinon que c'est ma grande amie ;
Car l'alliance se fit telle
Par un doux baiser que j'eus d'elle,
Sans penser aucune infamie,
Dedans Paris.


Clément Marot (1496 – 1544)
- - -
( in L'Adolescence clémentine, 1532 )

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La bière brune

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

La bière brune se referme, tard ce soir.
Après tant d'espoirs apportés par ton sang noir
Tu déclaras qu'il n'y aurait plus d'au revoirs.
Les funérailles vont voir la procession noire
Faire la queue goulûment devant le comptoir:

Les bruyants Dubliners noyés dans la Guinness,
Les Corkonians dans la Murphy enchanteresse.
La bière brune se referme.

Dans ce pays de légende toi la négresse
Au chef doré tu es ma seule vrai maîtresse
Mais ce soir, mon amante, tu me laisses choir
Et verses ta dernière perle de sang noir
- élixir de déesse - dans mon entonnoir.
Le cercueil est prêt, il n'attendait que mes fesses.
La bière brune se referme.

©Rolland Pauzin - 11-5-2001

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Mort - Rondeau

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Mort, j'appelle de ta rigueur,
Qui m'as ma maîtresse ravie,
Et n'es pas encore assouvie
Se tu ne me tiens en langueur:
Onc puis n'eus force ne vigueur;
Mais que te nuisoit elle en vie,
Mort?
Deux étions et n'avions qu'un coeur;
S'il est mort, force est que devie,
Voire, ou que je vive sans vie
Comme les images, par coeur,
Mort!


François Villon (c. 1431–1464)


 

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Verset ou rondeau

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Repos éternel donne à cil,
Sire, et clarté perpétuelle,
Qui vaillant plat ni écuelle
N'eut oncques, n'un brin de persil.


Il fut ras, chef, barbe et sourcil,
Comme un navet qu'on ret ou pèle.
Repos éternel donne à cil.


Rigueur le transmit en exil
Et lui frappa au cul la pelle,
Nonobstant qu'il dit : " j'en appelle ! "
Qui n'est pas terme trop subtil,
Repos éternel donne à cil.


François Villon (c. 1431–1464)

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Je ne sais comment . . .

February 21, 2011 Rasel Rana 1 Comments

Je ne sais comment je dure,
Car mon dolent coeur fond d'ire
Et plaindre n'ose, ni dire
Ma douloureuse aventure.


Ma dolente vie obscure.
Rien, hors la mort ne désire ;
Je ne sais.


Et me faut, par couverture,
Chanter que mon cour soupire ;
Et faire semblant de rire ;
Mais Dieu sait ce que j'endure.
Je ne sais.


Christine de Pisan (vers 1364 - vers 1431)
- - -
source Gallica : cliquez ici

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Potions magiques : le Mage est X

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

O, que les temps ont changé ! Astérix
Tenait tête aux cieux comme un grand phénix,
Au bords des routes la foule celtique
Applaudissait ses exploits athlétiques
Mais aujourd'hui, de la chapelle six-
-tine au pentagone en passant par l'X
On mettrait sur son nom un gros bel X
D'un poing ferme empli de vadiums magiques.
O, que les temps ont changé !


Admirez tous ces ex - propres - : Dierickx
Hinault, Guimard. . . couvert d'or et d'onyx,
Honnis si peu. C'est la course cyclique,
La loterie : un beau panégyrique
Ou le grand coup de godasse au coccyx !
O, que les temps ont changé !


©Rolland Pauzin - 20-07-2002 - Rondeau

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Ma foi, c'est fait de moi ...

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Ma foi, c'est fait de moi. Car Isabeau
M'a conjuré de lui faire un rondeau.
Cela me met en une peine extrême.
Quoi treize vers : huit en eau, cinq en ème !
Je lui ferais aussitôt un bateau.


En voilà cinq pourtant en un monceau.
Faisons-en huit, en invoquant Brodeau,
Et puis mettons : par quelque stratagème.
Ma foi, c'est fait.


Si je pouvais encor de mon cerveau
Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau.
Mais cependant je suis dedans l'onzième,
Et si, je crois que je fais le douzième.
En voilà treize ajusté au niveau.
Ma foi, c'est fait ! 


Vincent VOITURE (1597-1648)

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Rondeau de Jeannot

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Jeannot de Paris, bras ballant,
Va de Montrouge à la Villette.
On lui vend pour truites merlans,
Gratteculs pour mirobolans,
Quignon dur pour miche moufflette.


Son sens ne vaut pas une gimblette,
Son goût vaut une poire blette ;
C'est le modèle des chalands,
Jeannot.


Tous escogriffes, camps-volants,
Dormeuse ou marchand d'amulette,
Astroloc, faiseur de bilans,
Folliculaires pestilents,
Lui font avaler la boulette.
Jeannot !


André Mary (1879 - 1962)
- - -
(rimes et bacchanales -1935)

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Le thon en rondel

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Le ton monte entre le thon
Et la sirène à tétons;
Les insultes nagent bas
Dans les profondeurs des bas-
fonds où la main de teutons
N'a jamais mis un peton.
"Mais peut-on où peut-on pas",
Le thon
Tonne, "être un thon de bon ton
Quand ton tonton de Canton
Traite nos têtes d'abats
En chantant tout haut : A bas!
A bas le thon! Abattons
Le thon!"


©Rolland Pauzin - 28-03-2002 - Rondeau

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Rondeau de la neige

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Tombe la neige !
Triste manège :
Moucher, toussir,
Prendre élixir,
Au lit gésir.


Maint déplaisir
Mon mal rengrège.
Tombe la neige.


Pardonnerai-je ?
Ou hairai-je ?
Je n'ai loisir
De rien choisir.
Sur tout désir
Tombe la neige.


André Mary (1879-1962)
- - -
( in Rimes et bacchanales - 1935 )

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Les yeux bleus

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Tes yeux bleus comme deux bluets
Me suivaient dans l'herbe fanée
Et près du lac aux joncs fluets
Où la brise désordonnée
Venait danser des menuets.


Chère Ange, tu diminuais
Les ombres de ma destinée,
Lorsque vers moi tu remuais
Tes yeux bleus.


Mes spleens, tu les atténuais,
Et ma vie était moins damnée
À cette époque fortunée
Où dans l'âme, à frissons muets,
Tendrement tu m'insinuais
Tes yeux bleus.


Maurice Rollinat, Les Névroses, 1883

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Le ballon du bonheur

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Le ballon du bonheur
S'éloigne du p'tit coeur.
Vite! Cours lui après
Ou il va s'échapper
Ce sacré bourlingueur.


Surmontant ta frayeur
Tu chasses ses rondeurs
Mais ne peux rattraper
Le ballon du bonheur.


Les nuits, de pleur en pleurs,
Tu vis ton film d'horreur
Où tes courtes foulées
Doivent laisser filer,
Combien à contrecoeur !
Le ballon du bonheur.


©Rolland Pauzin. 5-1-2002 - Rondeau

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Rondeau

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Paul Eluard


Des ailes, des ailes, des ailes
Comme dans le chant de Ruckert. (1)
Théophile Gautier


Devant mourir, les roses sont plus belles
Et les oiseaux ont des chants bien plus vifs.
Les passions franchissent les récifs
Pour caresser les corps les plus rebelles.


Tout l'univers tient des propos lascifs
Et veut jouir des choses éternelles,
Devant mourir.


Moi je voudrais, un temps, avoir des ailes,
Mettre en mes vers tous mes pensers rétifs,
Saisir, fixer des rythmes fugitifs,
Mais je suis las et fais des ritournelles
Devant mourir.


(1) Frédéric Ruckert, poète allemand très populaire (1789-1866)


(sanatorium de Clavadel - 1914 - pour Gala)


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Rondeau de la suffisance

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Paul Eluard


Des vers d'amour, j'en ai rarement fait.
Je ne sais pas murmurer : "je t'adore"
En rythmes doux, qu'inspiré, l'on décore
Des mots subtils, par lesquels est parfait
Le très cher lien, qui toujours, veut éclore.


Je crois qu'un jour, Daudet vit le préfet,
Dans un grand bois, consommer le forfait
De mal rimer - je dis ce qu'on ignore....
Des vers d'amour.


Je produirais sûrement mon effet
Si j'en faisais, mais je suis satisfait
De mes succès de brillant matamore...
Quand je serai le vieux beau qu'on honore,
J'ouvrerai pour un minois stupéfait
Des vers d'amour.
(sanatorium de Clavadel - 1914 - pour Gala)


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Libre de quoi?

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Libre de rester dans son coin
De manger des pâtes de coing
De parler des petits oiseaux
De l'amour toujours aussi beau
Et de ne pas faire de foin.


Libre de regarder moins loin
De prier ou serrer les poings
Et d'écrire de sots rondeaux.
Libre!


Mais surtout ne dérangeons point
Les bons penseurs qui prennent soin
De prêcher leur sacré credo
Comme au temps béni des fachos
Et de leur zone libre et moins
Libre.


©Rolland Pauzin. 16-1-2002 - Rondeau

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A un poète ignorant

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Qu'on mène aux champs ce coquardeau,
Lequel gâte (quand il compose)
Raison, mesure, texte et glose,
Soit en ballade ou en rondeau.


Il n'a cervelle ne cerveau.
C'est pourquoi si haut crier j'ose :
" Qu'on mène aux champs ce coquardeau. "


S'il veut rien faire de nouveau,
Qu'il oeuvre hardiment en prose
(J'entends s'il en sait quelque chose) :
Car en rime ce n'est qu'un veau,
Qu'on mène aux champs.


Clément MAROT (1496-1544)
- - -
( in L'Adolescence clémentine, 1532 )

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Rondeau

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Jean RICHEPIN


Votre beau thé, moins rare que vos yeux,
Votre thé vert, fleuri, délicieux,
Qui vaut quasi dix mille francs la livre,
Moins que la fleur de vos yeux il enivre
Et fait rêver qu'on s'en va dans les cieux.


J'ai bu les deux arômes précieux ;
Et jusqu'au jour dans mon lit soucieux
Il m'a sonné des fanfares de cuivre,
Votre beau thé.


Je vous voyais passer parmi les Dieux,
Dans un grand char aux flamboyants essieux ;
Et sous la roue en or, n'osant vous suivre,
J'ai mis mon front, et j'ai cessé de vivre
En bénissant, écrasé mais joyeux,
Votre beauté.


(1849-1926) - Les caresses

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Fut-il jamais douceur de coeur pareille

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Fut-il jamais douceur de coeur pareille
À voir Manon dans mes bras sommeiller ?
Son front coquet parfume l'oreiller ;
Dans son beau sein j'entends son coeur qui veille.
Un songe passe, et s'en vient l'égayer.


Ainsi s'endort une fleur d'églantier,
Dans son calice enfermant une abeille.
Moi, je la berce ; un plus charmant métier
Fut-il jamais ?


Mais le jour vient, et l'Aurore vermeille
Effeuille au vent son bouquet printanier.
Le peigne en main et la perle à l'oreille,
À son miroir Manon court m'oublier.
Hélas ! l'amour sans lendemain ni veille
Fut-il jamais ?


(1810-1857) - Poésies nouvelles


Alfred de MUSSET

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Regrets sur la mort du Rondeau

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Pleurez mes yeux, et vous fondez en eau,
Toute ma joie est enclose au tombeau.
Un jeune enfant, ma chère nourriture
Vient d'être mis dans cette sépulture.
Qui le croirait ! c'est le petit Rondeau.
Je fus son père, et sa mère Isabeau.
Ô vous jadis qui le vîtes si beau,
Chaste Julie, après cette aventure,
Pleurez.


Et toi, Phébus, trace de ton pinceau
Dessus sa tombe un superbe tableau,
Où soient dépeints en moult belle figure
Les plus hauts faits du feu petit Voiture ;
Pour vous, passants, voyant cet écriteau,
Pleurez.


Vincent VOITURE (1597-1648)


 

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Le silence de l’horloge

February 21, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Le silence de l’horloge
tictaque dans la tête


Comme un poisson
gobant le temps
il tourne en rond
dans un bocal gris


Une peinture morte
d’incertains buissons
bruissant de l’autre coté de la fenêtre
rappelle ces sons inaudibles
de l’enfance lointaine


Une chaise craque


Son bois vit encore
et a surpris le silence de l’horloge
qui tictaque dans la tête


Rolland Pauzin 8 mars 2010

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À ma Gabrielle

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

"Sur mon destin sois plus tranquille;
Mon nom passera jusqu'à toi:
Quelques soit mon nouvel asyle,
Le tien parviendra jusqu'à moi.
Trop heureux, si tu vis heureuse,
A cette absence douleureuse
Mon coeur pourra s'accoutumer;
Mais ton image va me suivre;
Et si je sesse de t'aimer,
Crois que j'aurai cessé de vivre."



János Batsányi (1763 -1845) 


Extrait Du Livre "Batsányiné Baumberg Gabriella versei"


 

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"Oboe" - hautbois (*)

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

"O-
Boe",
T'es
Très
Beau.
O,
Beau-

Au
Do
Do-

D'é-
Chos
Haut.

( Rolland, 6-06-2002 )
(*) Oboe = Hautbois en anglais. (prononcé O-BO)

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Vingt saouls vains sous le vin souverain

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Vin,
Vins
Tu
Du
Saint
Rhin ?
Vaincs
Tu
Vingt
Reins,
Im-
Bus,
D'hu-
Mains
Vains ?

( Rolland, 8-06-2002 )

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Ronde au Beau Bourg

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Deux sourires qui passaient par la cour
montèrent vers le sommet de BeauBourg.
Dès que Midi sonna dix et deux coups
ils dégringolèrent dans leurs deux cous;
Des fissures sur leurs pommes d'amour
s'incrustèrent en mauvais calembours
comme Hélène se fit belle de jour
par l'ennui et sans filer par un trou
de souris.


Tout à coup dans un bruit de basse-cour :
Coquets coquetant cocoricos sourds...
Deux Athéniens percèrent leurs corps fous
sur un mur argenté mais sans dessous
dessus en disant, en ancien grec, "pour
deux sous ris!"


( Rolland Pauzin - 16-7-2003 )

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Une larme

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Une
Nuit
Blanche
Sur    une
Page   blanche
Ajoutez  de  la  neige
Bien   froide,   bien  pale
Et   vous  aurez  une  personne
Qui pleure pour un oui, pour un non
Sans    vraiment    savoir    pourquoi.
Allez    donc    dans    sa    chambre
Vous  pensez  n’y   rien  trouver
Mais   soulevez  l’oreiller
Vous  y  trouverez
Une larme
.


©Rolland Pauzin – 2-12-2001

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L'aigle imperial...

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Une lèvre sans baiser
D'agneau pauvre et délaissé
Pleure quand un beau matin
L'imperial aigle americain
Tournoie sur sa proie bléssée.


Bouches, venez m'embrasser,
Geind-elle, à trop m'embraser
Vous brûlez, ah c'est malin!
Une lèvre sans baiser.


La bête gemit brisée,
Mal guidée, trop épuisée,
L'oiseau la mange sans faim,
En semant la haine aux fins
Fonds du monde pour drésser
Une lèvre sans baiser.


©Rolland Pauzin - 22-10-2001 - Rondeau

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Pleure fillette

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Pleure fillette, tu es seule.
Un oncle à la morale veule
A poignardé ton innocence
Pour une brève jouissance
En guise d'amuse-gueule.


Encor cachée dans cette meule
De foins aux piqûres immenses
Tu cries adieu a ton enfance.
Pleure fillette.


Toujours tu seras sa filleule
Toujours tu te sentiras seule
Perdue dans une froide errance.
Auras-tu la force et la chance
Un jour de lui casser la gueule?
Pleure fillette.


©Rolland Pauzin - 19-11-2001 - Rondeau

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Que doit on pendre à Bayeux?

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

A Bayeux il est une broderie
Que l'on prend pour une tapisserie
Glorifiant nos ancêtres les Normands.
Nos vieux en décousaient tout en brodant
Un sage : "Allons enfants de la patrie
Qu'un sang impur abreuve nos . . ." prairies.
Gloire à nos trisaieux des cidreries!
Gloire à nos aieux, bisaieux sanglants
A Bayeux!


Des us du Moyen Age l'on se rit
Dans nos démocraties pleines d'esprit;
Pourtant en ces temps là toujours saignants
Les rosbifs de rosbifs fous et méchants
N'etaient pas pendus dans les boucheries
A Bayeux!


©Rolland Pauzin - 26-01-2002 - Rondeau

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Ou vais-je?

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Qui suis-je ? Ou suis-je ? Ou vais-je ?
Au milieu de questions tamponneuses
Je me sens trimbalé de tous cotés.
Les souvenirs grincants
Finissent en un carambolage assourdissant.
Venant d'une parade
Des flûtes stridentes sifflent,
Des tambours tapent sur mes tempes.
Boum, boum… Boum, boum…
Et tous ces bruits envahissent
Ma petite boite crânienne.
Ils viennent voler mon silence
Avec leurs talons qui claquent
Et leurs points d'interrogations.


Qui suis-je ? Ou suis-je ? Ou vais-je ?
Soudain Douvres et ses falaises
Apparaissent
Il me semble que de là
Je cherche le continent
Nostalgiquement.
Zoom, zoom, zoom
L'image se fait plus précise
C'est bien moi
Mais j'ai le menton bas.
Sous moi
Flux et reflux chantent
Et bercent d'illusions
Pourtant la craie s'effrite
Sous l'effet de l'érosion
Insidieuse, sournoise.


Un pan de terre calcaire
Est prêt à s'avouer vaincu,
Un pantin
La tête dans les mains
Le cul sur l'herbe
Suivra enfin son destin.


©Rolland Pauzin - 1-12-2001

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Le miroir de Picasso

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Dans cette chambre adéquate
D’un hôtel sans charme
Il attend la nuit
D’un jour de semaine ordinaire.


Les hasards de la vie
Les nécessités de la survie
L’ont amené ici
Contre son gré.
La, allongé sur un lit étroit
Il fait face a "l’enfant de Picasso".
Ce miroir pittoresque
Réfléchit précisément
Un visage aux formes cubiques
Ou chaque morceau semble s’être logé
Dans le mauvais tiroir.
Les tempes sont prêtes à exploser,
Le front tiraille,
Les joues cisaillent,
Le menton tombe,
La lueur des yeux est absente,
La plage irréelle
Reste telle quelle
Et la confusion de cet enfant abandonné
Retourne chaque soir
Dans ce fidèle miroir
Ou seul les pleurs
Se sont transformés en glacons.


Dans cette chambre froide
D’un hôtel sans soleil
Il subit la nuit
D’un jour de semaine ordinaire.


© Rolland Pauzin - 4-7-2001

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La veuve nous a quittés, Dieu merci.

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Oh! Que vous étiez coquin
Mon cher monsieur Guillotin.
Au nom de la liberté
Et de la fraternité
Vous fîtes des orphelins.


Votre veuve au teint sanguin
A coupé court le destin
D'hommes bien trop entêtés.
Oh! Que vous étiez coquin.


Pis encor! Quel plaisantin
Quand vous dites, plein d'entrain,
Qu'au nom de l'égalité
Il fallait décapiter
Innocents, rois et catins.
Oh! Que vous étiez coquin.


©Copyright 2001- Rolland Pauzin - 29-11-2001 - rondeau


Note: "veuve" = guillotine en argot.

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La barque

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

La barque paisiblement trace son passé
V sur V, ondes sur ondes entrecroisées.
Sa proue fend à coups de rames légères
L'étoffe brillante de la rivière,
Des reflets argentés s'évanouissent
Pour faire place à une cicatrice.


La barque à l'assurance paisible est passée
En suivant un parcours déjà bien tracé.
Les lointains frémissements se sont effacés
Les paillettes argentées ont recommencé
Leurs perpétuels jeux de cache cache.
L'eau imperturbable a lavé les taches.


La barque à l'allure tranquille et sure
N'a même pas laissé une coupure. . .
Que ce cheminement semble futile.


©Rolland Pauzin 2-1-2002

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La lune

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

La lune, ronde comme une banane espiègle,
Nous sourit.
A travers ses orbites volcaniques
Elle réfléchit :
Lumières et ombres,
Reflets et illusions,
Acné de notre monde,
Teint blanc du cancéreux. . .
Toute cette réflexion
Nous passe au dessus de la tête,
Ne nous nuit ni ne nous fuit
Mais nous ne voulons voir que des rêves,
Ronds comme des galets sur l'eau,
Ondulant langoureusement.


©Rolland Pauzin 24-8-2001

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February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Quand ciel et mer s'épousent


Le ciel et la mer ont effacé l'horizon
L'étoile de mer sort enfin de sa prison.


Ton sur ton, gris sur gris
Les couleurs sont parties
Les contours tous enfuis
Fait-il jour, fait-il nuit?
L'air et l'eau font joujou
Avec vous, avec nous.


Un rayon de lune
Éclaire la brume
Des nuées de brume
Éteignent la lune.


Dans le ciel un pêcheur
Qui suit sa bonne étoile
Décroche un poisson lune
Sans aucune fortune.


Une croisière de mariés
En lune de miel s'est égarée.


Le ciel et la mer ont effacé l'horizon
Des étoiles amères brillent sans raison.


©Rolland Pauzin 5-12-2001

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Oubli

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Le professeur de math à toutes les frontières
fait croire aux gabelous qu'il est de même race
que les dieux. Aujourd'hui, il s'est grimé la face
en Neptune. "Et la fourche?" ironise un cerbère.
"Alors, là, j'ai omis le trident!?!" "Laisse... passe!"


( le Zappe )

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" Qui donc es-tu étranger ?

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

" Qui donc es-tu étranger ? " s'inquiète le shérif
en voyant le nouveau, plutôt patibulaire
et dont on devine, rien qu'au vocabulaire,
qu'il vaut mieux écraser sinon de son long rifl'
il massacre les fleurs du saloon, de colère.


( le Zappe )

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Psychomatique, isn't it?

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Chaque fois, la maladie lui tombait dessus aux grandes occasions.
A sa première communion, un étourdissement lui fit perdre conscience.
Au bout de trois mois, son mariage se solda par une crise d'impuissance.
Après quoi, il tua sa bignole et fut pris d'atroces accès de convulsions.
Quand on le guillotina, tous les badauds le virent éternuer dans le panier à son.


( le Zappe )


 

 

 

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BRIMADES

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

La tronche tavelée de taches de rousseur,
On ne l'épargne guère et les vannes déferlent
A son adresse. Il rétorque par quelque perle
ou cinglant quolibet dénué de douceur
et où il est question de mères et de soeurs.


( le Zappe )

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Flambeur

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

A force de sucer des tas de berlingots,
Il finit par claquer le gros de sa fortune.
Bientôt sans un, voilà-t-il pas qu'il m'importune,
Tâte mon humeur et entreprend tout de go
De me taper, l'infâme bourreau de mes thunes !


( le Zappe )

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SOIF DE MEURTRE

February 19, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Etant un tantinet soupe au lait
Il enfonça sans trembler son stylet
Dans le ventre d'albâtre de la rombière
Puis s'envoya coup sur coup dans le gilet
Quelques roboratives chopines de bière


( le Zappe )

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Le dernier souvenir

February 17, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Charles-Marie Lecont de Lisle (1818-1894)


J'ai vécu, je suis mort. - Les yeux ouverts, je coule
Dans l'incommensurable abîme, sans rien voir,
Lent comme une agonie et lourd comme une foule.


Inerte, blême, au fond d'un lugubre entonnoir
Je descends d'heure en heure et d'année en année,
À travers le Muet, l'Immobile, le Noir.


Je songe, et ne sens plus. L'épreuve est terminée.
Qu'est-ce donc que la vie ? Étais-je jeune ou vieux ?
Soleil ! Amour ! - Rien, rien. Va, chair abandonnée !


Tournoie, enfonce, va ! Le vide est dans tes yeux,
Et l'oubli s'épaissit et t'absorbe à mesure.
Si je rêvais ! Non, non, je suis bien mort. Tant mieux.


Mais ce spectre, ce cri, cette horrible blessure ?
Cela dut m'arriver en des temps très anciens.
Ô nuit ! Nuit du néant, prends-moi ! - La chose est sûre :


Quelqu'un m'a dévoré le coeur. Je me souviens.



 

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A une femme

February 15, 2011 Rasel Rana 1 Comments

Enfant ! si j'étais roi, je donnerais l'empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux
Et ma couronne d'or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !

Si j'étais Dieu, la terre et l'air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L'éternité, l'espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !

Victor Hugo

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Tatiana la seringue

February 11, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Tatiana la seringue
à cinq heures moins dix du mat
frime par la fenêtre
le soleil qui se lève
sur l’avenue de l’Indépendance
peuplée de chants d’oiseaux
et de gouttes de rosée
en suspension


Tatiana la seringue
à cinq heures moins dix du mat
profite de l’existence
et à six heures elle meurt
d’overdose


c’est plus flashant
c’est plus rapide
et moins pénible
que la vieillesse
ou la cirrhose


et les chants d’oiseaux
s’éteignent progressivement
avec la belle explosion de l’aube
les portières et les portes qui claquent
et les moteurs qui toussotent
ou les passants qui trottent
en hâte et en tous sens


Tatiana la seringue
jamais tes yeux vagues
n’ont été aussi beaux
que dans la mort


quels paysages contemplent-ils donc
parmi lesquels tu te referais
une douce et belle éternité
Tatiana la seringue ?


©Jean-Marie Flemal

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Jazz d’aurore

February 11, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Etang de
cuivre fron-
daisons de laiton
au centre de la vil-
le champignon en-
core engourdie à cette
heure où l’aube pourtant déjà
s’insinue poussée par
le souffle lent d’une trom-
pette de jazz


ce sont trois noirs as-
sis en sourdine
dans l’herbe du parc et qui sou-
rient
en se balançant doucement sur
un tem-
po subtil


ils ont l’iv-
resse élégante et va-
gue et des yeux
imperceptiblement mobiles où l’in-
nocence et le swing se re-
joignent rê-
veurs


une longue note mourante salue le
bond rapide du soleil par-
dessus les terrasses des grat-
te-
ci-
el


©Jean-Marie Flemal

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Te Vahine Tihani

February 11, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Le vent du crépuscule
Empreint de ton odeur
Parvient jusqu’à nous
Te vahine faateni tihani
Tes yeux lancent des flammes
Semblables aux rayons du soleil
Telles les vagues océanes
Ton corps ondule
Enivrant d’amour les guerriers maohi
Visage dissimulé par ton opulente chevelure
Braise de l’amour
Tu fais pleurer à genoux
Les guerriers maohi
Transpercés par ton amour
O vahine faateni tihani.


TE VAHINE TIHANI


Na te hupe o te pô
Tihani noa mai to na no’ano’a
Vahine faateni tihani teie
Mai te hihi o te mahana
To na mata purotu
Are miti opape
To na tira ia ori mai
Faahia hema te here
Te mau aito maohi
Rouru te huna ia mo’e
Omo’i pura ura to here
Ta’i turihia te aito
Puta tahema to here
Vahine faateni tihani
Rouru te puro’u i to tino
Omo’i pura ura to here
Ta’i turihia te aito
Rouru tahema to here
Vahine faateni tihani teie.


Araia AMARU


(Envoyé par Pihaatae Raina)


 

 

 

 

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Encre lavande

February 11, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Tiens, la voilà : miss Béate, somnolant
à l’ombre d’un parasol Campari. A côté d’elle,
un bouquin - quelque chose de brillant : Callimaque,
disons, imprimé dans une élégante typo vénitienne -
lu à moitié (et il reste encore
les métaphores les plus osées !),
un verre de gin, buée froide
fleurissant sur le cristal. L’air
caresse sa peau
et la hi-fi du voisin joue
« I Can’t Get Started » dans un recoin
lointain de l’après-midi.


Voiliers sur l’eau.
Tintements de glaçons.


Je t’imagine lisant ces lignes,
redécouvrant Sydney
dans un millier d’années, sans
comprendre tout de suite : tu auras raté
la délicate gueule de bois, le murmure distant
de la ville, l’odeur de cette encre
séchant sur la page.


Traduction et adaptation par Jean-Marie Flémal


(d’après John Tranter)


***


Original :


Lavender Ink


Look, there she is : Miss Bliss, dozing
in the shade of a Campari umbrella. Beside her
a book - something brilliant : Callimachus,
let’s say, printed in an elegant Venetian type -
half-read, with the most alarming
metaphors to come,
and a glass of gin, a cool dew
blooming on the crystal, the air
kissing her skin
and the neighbour’s hi-fi playing
’I Can’t Get Started’ in a distant
corner of the afternoon.


The yachts on the water.
The tinkle of ice.


I’m thinking of you reading this,
reinventing Sydney
a thousand years from now, and not
getting it quite right : missing the
delicate hangover, the distant murmur
of the city, the scent of this ink
drying on the page.


© 2004 


Avec l’aimable autorisation de l’auteur et du traducteur

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Trinité

February 11, 2011 Rasel Rana 0 Comments

pour Dangriga


monde sans fin
sauf ces quatre coins,
à-pics aux bornes du monde,
falaises soudaines
surplombées d’hommes râpeux,
tel celui-ci qui bégaie
ou cet autre qui tremble,
effrayé d’être debout ;
et tous rêvant des rêves.


un jour ils parleront,
sans retenue comme les vagues,
exprimeront les syllabes du corps et danseront
tel de l’or dans un océan de lumière.


Adapté/ Traduit par Jean-Marie Flemal
***


L’original :


for Dangriga


world without end
except these four corners,
bluffs at the world’s rimstone, gruff cliffs
where craggy men jut,
like one stuttering
or one shivering,
afraid to stand ;
where they dream dreams.


one day they will speak,
blunt as the waves,
utter the bodily syllable and dance
like gold in a sea of light.


© Gerard Best

Avec l aimable autorisation de l’auteur et de traducteur

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Fantasmes de Femmes

February 11, 2011 Rasel Rana 0 Comments

(Librement traduit du créole par l’auteur)


Il me plaît de chevaucher aussi
Comme sur les fresques de Pompéi
À la Romaine, à l’Andromaque
Alors vous porteriez ma marque
Pour une femme aussi c’est grand plaisir
Ainsi n’aurez-vous rien à redire
C’est comme ça que vous serez comblé
À faire toutes ces choses que vous dites
Au coq chantant
À l’infini
Toutes ces choses interdites
En théorie
Comme on dit
Un fanstasme de femme


Après tout qu’est-ce que l’on risque
À faire ces choses que vous me dites
Si d’aventure nous le faisions
Pourvu que nous le fassions
En douce folie
Car une femme d’aujourd’hui
Ne sera pas maudite pour autant


Oh, comprenez combien j’hésite
Quelle est cette pudeur féminine
Qui me retient aux abords
Je sais bien qu’il faut que j’évite
De faire ces choses que vous me dites
En malappris
En malfini
Croyez bien que cela m’irrite
Que ce soient choses interdites


Maintenant c’est moi qui vous invite
En mélodie
En harmonie


Faut-il vraiment que l’on soit ivre
Pour faire exulter nos chairs vives
Faut-il que longuement l’on dérive
En féerie
En barbarie
Extrêmes dans nos emportements
Autant que dans nos engouements
En frénésie
En malcadi


Ah ! Pouvoir chevaucher aussi
Comme sur les fresques de Pompéi
À l’Andromaque, à la Romaine
Comme rue d’Enfer à Saint-Pierre
Comme au-dessous du volcan
Sous la Pelée rue Monte au ciel
Faire toutes ces choses interdites
En paradis
M’offrir toutes ces poses que vous dites
En mystique cri
Yé misticri !
M’offrir toutes ces poses interdites
Et cric et crac
Et cric crac
Non, la cour ne va pas dormir
Encore à corps et à cris
En poésie
Philosophie


©SUZANNE DRACIUS, 2003


***


FANTASM FANM


Pou fanm tou sé bèl plézi


Di monté adada osi
« À la Romaine, à l’Andromaque »
Sé pousa ou pé di hak
Sé konsa ou ké kontan
Fè tout sé bagay ou ka di
O pipiri
Tout sé bagay ki intèwdi
An téyori
Kon yo ka di
An fantasm fanm


Sa ki pé rivé nou davré
Di fè tousa ou ka mandé
A sipozé ki nou ka fèy
Dépi nou fè sa épi
Ti bren foli
Puis fanm jodi
Pé ké modi


Mwen ka espéré kou pé konpwann
Sa ki sé kalté pidè fanm
Lè man noz fè
Sa ou ka di-a
Mèm si man sav
Ki fo pa fèy
An jèntifi
De bonnfanmi
Kon yo ka di


Atjolman sé mwen ki bandi
Ek sé mwen ké mandé-w li
An mélodi
An narmoni
Kon yo ka di
An fantasm fanm


Es fok tèt an mwen pati
Pou nou pwan titak plézi
An vakabonnajri
Kon yo ka di
An féyéri
An barbari
Pichonnaj ki pa té ka fèt an gran lari
Dousinaj ki nou ka vwè jodi
An pitènri
Kon yo ka di
An frénézi
An malkadi


Pou an fanm sé bèl plézi
< i monté adada osi
Kon sou lérwin Ponpéyi
Alabodaj an bèl péyi
« À l’Andromaque, à la Romaine »
Pa an sèl wozé pijé grènn
An mannyè pakoté Senpyè
An mannyè a lari Lanfè
Fè tout sé bagay intèrwdi
An paradi
Fantasm fanm


Fè tout sé bagay man ka di
An mistik kri
Yé mistikri
Fè krik krak
Kon yo ka di
Yé krak yé kri
An filozofi
Pou lakou pa domi
An poyézi
An malapri
An malfini


© Suzanne DRACIUS


Avec l’aimable permisson de l’auteur


 

 

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John Crow Batty (*)

February 11, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Ma sœur,
sous un fouillis de lingeries,
a dérobé ce cadeau
aux ardents rayons X de la douane
et a mis en gage son nom
sur le registre, sa signature
précise comme les sillons
du bout de ses doigts.
Le flacon est resté caché
sur l’étagère avec, de mon oncle,
la collection de pierres de l’étang
où il pêchait ses terreux reflets désabusés
avant que les bars ne lui bouffent le foie ;
avec les épines que ma tante garda
chaque fois qu’elle sauva son mariage.
Le flacon est resté dissimulé derrière les vins
bon marché réservés aux puddings
de Noël, tel un célibataire
dans un hôtel de tantes restées
vieilles filles. Je brûlais de goûter
son moelleux, la senteur
des cassettes de cèdre, de la rouille,
j’en imprégnais les auréoles de ma langue
et les cordes de ma gorge,
jusqu’au fond de mes os,
embrassant la noirceur
comme les chauves-souris boivent le crépuscule
dans leur maîtrise de l’air ;
une spirale d’ailes
par-dessus un jaillissement d’hibiscus
martelant la paroi de ma poitrine,
à travers le cercle de peau
mince comme les membranes de mes art-
ères dans l’étroite cage de mes mains.


Geoffrey Philp


Traduit et adapté de l’anglais par Jean-Marie Flémal.


Copyright © by Geoffrey Philp


L’original


JOHN CROW BATTY


My sister
smuggled this gift
through custom’s fiery x-rays
under a web of lingerie,
mortgaging her name
on ledgers ; her signature
precise as the whorls
of her fingertips.
The bottle remained hidden
on the shelf with my uncle’s
collection of rocks from the pond
where he fished his stony reflection
until bars swallowed his liver,
thorns my aunt kept
everytime she saved her marriage.
It lurked behind cheap
wines, destined for puddings
at Christmas, a bachelor
in a hotel of spinstered
aunts. I longed to savor
its smoothness, the taste
of cedar caskets, rust,
seared the aureoles of my tongue
and rope of my throat,
to the pit of my spine,
embracing the darkness
like bats drink twilight
in their mastery of air ;
a spiral of wings
over a burst of hibiscus,
battering the wall of my chest
through the circle of skin
thin as the membranes of my art-
eries into the small cage of my hands.


Copyright © by Geoffrey Philp


Avec l’aimable autorisation de l’auteur


Geoffrey Philp (www.geoffreyphilp.com) est l’auteur de Twelve Poems and A Story for Christmas et du roman Benjamin, My Son. Ses poèmes et ses nouvelles ont été publiés dans The Oxford Book of Caribbean Verse et The Oxford Book of Caribbean Short Stories (Anthologies oxfordiennes de poésie caraïbe et de nouvelles caraïbes).


(*) Une variété de rhum jamaïcain, très brun, très fort, appelé également « rhum JB ». « John Crow » est le surnom des vautours que l’on voit survoler la Jamaïque. « Batty » = « butt » = cul, postérieur.


 

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Les Boat People

February 11, 2011 Rasel Rana 0 Comments

On les appelles les boat people
Des pauvres illettrés
En quête de liberté
A moitié affamés


On les appelles les boat people
Ils laissent tout derrière
Et prennent la mer
Adieu misère


On les appelles les boat people
Ils pensent vraiment
Sur un autre continent
Trouver contentement


On les appelles les boat people
Empilés sur un esquif
Petits, grands tous chétifs
Garde aux récifs


On les appelles les boat people


Ils voguent au gré de l’océan
A vos ordres commandant
Vivons pour le moment


On les appelles les boat people
Ballottés par les vagues
Des nuages plein d’orages
Souvent cause de naufrage


On les appelles les boat people
Sur un ton dérisoire
Un mépris sans savoir
On fait l’histoire


On les appelles les boat people


On les montrent du doigt
En faisant le signe de la croix
Et ils y croient


On les appelles les boat people


On rapatrie sans engagement
Les quelques survivants
Comme des mendiants


On on on...
Vous vous vous...
Avec vos sourires charmeurs sans pitié
Avec vos airs d’anges sans piété


C’étaient des hommes femmes et enfants
Qui cherchaient ailleurs
Une vie meilleure
Qui rêvaient de pouvoir enfin
Dormir dans un lit
Manger a leur faim
De se promener le soir
Sans avoir peur
Du noir
De pouvoir élever leurs enfants
Qu’ils sachent lire
Et écrire


C’étaient des hommes femmes et enfants
Qui croyaient que le bon dieu
Etait toujours bon
Et qu’il suffisait de vouloir
Et d’y croire
Pour pouvoir
Qu’ils n’avaient
Plus rien à perdre
Et tant à gagner
Pauvres malheureux
Qui préféraient voir
En fermant les yeux


On les appelles les boat people
C’étaient des hommes femmes et enfants
Qui ont finalement trouver la paix
Au fond des océans
Ils sont enfin heureux
Ils ne savent pas
Que leurs rêves
Sont morts
Et dort
Avec eux
Au fond des océans


Et les on et les vous
Qui n’ont jamais connu la misère
Continu dans cette savante ignorance
A les appeler avec fausse sollicitude
« les boat people »


Août 2002


Muriel Vieux

Avec l aimable autorisation de l’auteur





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L'oiseau sur le chemin - Prose poétique (fragment)

February 11, 2011 Rasel Rana 0 Comments

(...) Soudain surgit devant moi l’oiseau à deux becs. Il me fixa de son petit oeil noir, brillant comme un puits, et d’un seul coup de bec il avala un morceau de chemin d’au moins un kilomètre. L’oiseau semblait ne pas avoir aucune intention de me nuire, mais son appétit ne pouvait sans aucun doute attendre. Je fis donc, prudemment un saut de côté et l’observais, depuis le fossé, s’avancer le bec ouvert, dévorant tranquillement le chemin.

Sur le coup ma situation était devenue assez singulière. L’oiseau faisait disparaître mon chemin, mais avec son bec arrière il en créait un nouveau. Si bien que, non seulement je ne pouvais pas arriver là où j’avais l’intention de me rendre, mais de plus je ne pouvais revenir chez moi, ni rejoindre quelque endroit connu.

Dans d’autres circonstances je me serais inquiété, mais là, franchement, non. La guerre de Yougoslavie s’était étendue jusque dans ma rue, nommée rue Y, et ma maison avait été tardivement détruite par plusieurs bombes à retardement (une deuxième coïncidence n’est jamais fortuite.)

Le chemin que l’oiseau chantait devant moi n’avait rien d’inhospitalier. Au lieu d’être pavé, en terre, ou en bitume, il était fait d’une substance noire, très dense, ferme mais douce comme le caoutchouc, de laquelle se détachaient des touffes d’herbe d’un vert sombre et juteux. Je me penchai pour en examiner une et je vis qu’elle était conformé par de nombreux gratte-ciels miniatures. Emerveillé par cette découverte, je pris la "pierre" (c’est ce à quoi cela ressemblait le plus : à une pierre du chemin). Cependant, en l’approchant de mon visage, je crus comprendre qu’au lieu de ressembler à des immeubles, ses éléments formaient une infinité de faisceaux plongeant vers le coeur de la chose. Je dus prendre bien de précautions dans mon analyse car il suffisait de frôler du doigt l’une de ces énigmatiques canalisations pour s’y retrouver dedans.

Je reposai l’étrange objet à sa place... C’est-à-dire à côté car, en le soulevant, la masse noire et inerte qui formait le chemin s’était cabrée et agitée comme la houle, donnant ainsi naissance à une nouvelle sphéroïde verte. Il en jaillit de tout petits feux d’artifice lorsque je posais sa compagne au sol. Je suis sûr qu’une fois ma curiosité frustrée, les trous verts étaient redevenus de minuscules gratte-ciels, de toute évidence habités. Par qui ? Ça je ne le saurai jamais (...)

Joel Franz ROSELL

Avec l aimable autorisation de l’auteur

 

Cuba, 1954. Ecrivain et critique littéraire, il a travaillé aussi comme professeur et journaliste, notamment à Radio France Internationale. Après avoir quitté La Havane, en 1989, il a vécu à Rio de Janeiro, à Copenhague, à Buenos Aires et à Paris, où il se consacre actuellement à l’écriture et aux animations littéraires. Auteur de nombreux livres pour la jeunesse, publiés à Cuba, au Brésil, en Espagne, en Argentine, au Mexique. En français on trouve La légende de taïta Osongo (Ibis Rouge, Cayenne), Cuba, destination trésor, Malicia Horribla Pouah, la pire des sorcières et Les aventuriers du cerf-volant (les trois derniers chez Hachette, Paris). Le dernier titre a été indiqué par la Bibliothèque International de la Jeunesse (Munich) comme un des meilleurs livres pour enfants publiés dans le monde (Sélection The White Ravens, 1997).

 

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Fantôme d'enfant

February 11, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Ce n’est pas nous qui avons créé
Les préjugés la haine
La soif de pouvoir
Alors pourquoi sommes-nous
Parmi les victimes
Des balles et des bombes


Si j’avais eu le moindre soupçon
Qu’autant de misère
D’impuissance et de désespoir
M’attendaient à ma naissance
Je serais mort-né.


Pourquoi subissons-nous
Douleur mutilation et mort
A cause de l’ignorance
Des générations passées et présentes


Pour moi
Il n’y a plus
De notion de vie ou d’existence
Les larmes m’ont abandonné
Et je ne ressens pas
D’émotion pour pleurer


A sept ans
Je marche avec une béquille
Cela me rappelle le jour
Où d’autres moins chanceux
Sont partis en morceaux
Lors d’un attentat-suicide.


Je ne vivrai pas assez longtemps
Pour savoir pourquoi
Ou comprendre la raison
De ma condamnation
A cette vie
De mort imminente.


Adisa Andwele - traduit par Claire Grivet, France 2004


L’Originale


Ghost child


by AJA


we did not create
the prejudices the hate
the lust for power
so why we too
are the victims
of bullets and bombs


if I had the slightest indication
that such misery
hopelessness and desperation
awaited me at birth
I would have miscarried


why do we suffer
pain maim and death
because of the ignorance
of past and present generations


for me
there is no longer
a notion of life or existence,
my tears have abandoned me
and I don’t feel
the emotion to cry


at seven years old
I walk with a crutch
it reminds me of the day
when some less fortunate
were blown to pieces
by a suicide bomber


I will not live long enough
to know why
or understand the reason
why I was condemned
to this life
of imminent death


©(p) 2003 Adisa Andwele,
31 Crane Lodge, St. Michael,
Barbados. WI.


Avec l aimable autorisation de l’auteur AJA


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Nostalgie de l'ancien village

February 11, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Et tu as au cœur la nostalgie de ceux des hameaux voisins,
Parce que l’ennemi les a trompés et qu’ils ont abandonné le pays natal,


Arrachés au vieux village, aux bons amis,
Le petit frère séparé du grand, et le grand loin du petit.
Notre lit laissé vide, personne n’y dort plus.
Le battant de la porte, plus personne ne l’ouvre.
Le petit tabouret laissé là, plus personne ne s’y assoit.
La pipe à eau est envahie par la mousse,
Le petit au cœur trop jeune écoute et suit l’ennemi
Qui parque et pousse les gens du pays sur les routes du Sud.
Les escargots des rizières dorment sous le champ aride ;
Ils attendent la main qui retiendra les eaux.
Soir et matin, en aval de l’embarcadère, passent les poissons
Qui jamais plus ne retrouveront la belle, venue laver sa tunique
couleur de ces terres.


Peut-être toi, l’ami du pays as-tu aussi le cœur en nostalgie ?
Nostalgie du village d’autrefois avec tous les proches ;
Nostalgie de l’autel des ancêtres au vase d’encens si menu ?
Chaque année, quand vient de Têt, et le souvenir des aeïux,
On pense au village, avec toutes les femmes
Assises près de la maison, brodant les tuniques couleur d’indigo ;
Quand le chien aboyait au bout du village, annonçant l’étranger,
Elle se retiraient pour se faire jolies et accueillir l’homme aimé,
Et tu gardes au cœur la nostalgie de l’etabel et du buffe dodu.
Chaque matin, nous partirons ensemble, marchant derrière la charrue,
Et tu as au cœur la nostalgie de la maison avec son petit torrent :
Le matin, on sortait s’y laver le visage, et voir sa silhouette ;
Et tu as au cœur la nostalgie du sentier avec l’ombre fraîche des pins ;


Quand nous passions sous le soleil de midi,
L’ombre des arbres nous protégeait de sa douce brise :
De l’autre côté du sentier, il est une voix qui chante en répos....


(Anthologie de la poésie vietnamienne)


BAN TAI DOAN 1965


Cent poème sur l’exil - Ligue de Droits de L’homme cherche midi éditeur, 1933


 

 

 

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Sur La Vie

February 11, 2011 Rasel Rana 0 Comments

Nazim Hikmet
traduit par Hasan Gureh


La vie n’est pas une plaisanterie
Tu la prendras au sérieux,
Comme le fait un écureuil, par exemple,
Sans rien attendre du dehors et d’au-delà
Tu n’auras rien d’autre à faire que de vivre.


La vie n’est pas une plaisanterie,
Tu la prendras au sérieux,
Mais au sérieux à tel point,
Qu’adossé au mur, par exemple, les mains liées
Ou dans un laboratoire


En chemise blanche avec de grandes lunettes,
Tu mourras pour que vivent les hommes,
Les hommes dont tu n’auras même pas vu le visage,
Et tu mourras tout en sachant
Que rien n’est plus beau, que rien n’est plus vrai que la vie.
Tu la prendras au sérieux
Mais au sérieux à tel point
Qu’à soixante-dix ans, par exemple, tu planteras des oliviers
Non pas pour qu’ils restent à tes enfants
Mais parce que tu ne croiras pas à la mort
Tout en la redoutant
mais parce que la vie pèsera plus lourd dans la balance




Nazim Hikmet-Anthologie poétique édition TEMPS ACTUELS - traduit par Hasan Gureh


 

 

 

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