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Ma seule amour, ma joie et ma maîtresse,
Puisqu’il me faut loin de vous demeurer,
Je n’ai plus rien, à me réconforter,
Qu’un souvenir pour retenir liesse.

En alléguant, par Espoir, ma détresse,
Me conviendra le temps ainsi passer,
Ma seule amour, ma joie et ma maîtresse,
Puisqu’il me faut loin de vous demeurer.

Car mon coeur las, bien garni de tristesse,
S’en est voulu avecques vous aller,
Ne je ne puis jamais le recouvrer,
Jusque verrai votre belle jeunesse,
Ma seule amour, ma joie et ma maîtresse.

Charles d’Orléans (1394-1465)
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source Gallica

Ô douces fleurs silencieuses,
patience et toute bonté,
ô pucelles très gracieuses,
salut en grande humilité !

Modèles de bénignité,
charitables, officieuses,
Ô douces fleurs !

Vous qui gardez, dévotieuses,
la divine immobilité,
quand vous mourez, délicieuses,
c’est en odeur de sainteté,
Ô douces fleurs !

Andre Mary (1879 – 1962)
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La Petite Illustration” No. 786 –

Poesies : No. 8, 22 Aout 1936

Ô voyageur, debout ! c’est la diane,
et nous avons dormi de longue-main :
l’heure a sonné de nous tendre la main.
Selle ton bai, je prends mon alezane.

L’un tire au sud, l’autre à la tramontane,
Cueilleras-tu l’épine ou le jasmin ?
Ô Voyageur ?

Pour moi, je crains la nuit sous le platane
plus qu’à midi la poudre du chemin :
serons-nous pas des étrangers demain ?
Tout homme est seul parmi la caravane.
Ô Voyageur !

Andre Mary (1879 – 1962)
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“La Petite Illustration” No. 786 –

Poesies: No. 8, 22 Aout 1936

 

De nuit et jour faut être aventureux
Qui d’amours veut avoir biens plantureux :
Quant est de moi, je n’eus onc crainte d’âme,
Fors seulement, en entrant chez ma Dame,
D’être aperçu des languards dangereux.

Un soir bien tard me firent si peureux,
Qu’avis m’était qu’il était jour pour eux :
Mais si entrai-je, et n’en vint jamais blâme
De nuit et jour.

La nuit je pris d’elle un fruit savoureux,
Au point du jour vis son corps amoureux,
Entre deux draps, plus odorants que Baume.
Mon Oeil adonc, qui de plaisir se pâme,
Dit à mes Bras : vous êtes bien heureux
De nuit et jour.

Clément Marot (1496 – 1544)
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( in L’Adolescence clémentine, 1532)

Dedans Paris, ville jolie,
Un jour, passant mélancolie,
Je pris alliance nouvelle
À la plus gaie demoiselle
Qui soit d’ici en Italie.

D’honnêteté elle est saisie,
Et crois (selon ma fantaisie)
Qu’il n’en est guère de plus belle
Dedans Paris.

Je ne la vous nommerai mie,
Sinon que c’est ma grande amie ;
Car l’alliance se fit telle
Par un doux baiser que j’eus d’elle,
Sans penser aucune infamie,
Dedans Paris.

Clément Marot (1496 – 1544)
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( in L’Adolescence clémentine, 1532 )

Je ne sais comment je dure,
Car mon dolent coeur fond d’ire
Et plaindre n’ose, ni dire
Ma douloureuse aventure.

Ma dolente vie obscure.
Rien, hors la mort ne désire ;
Je ne sais.

Et me faut, par couverture,
Chanter que mon cour soupire ;
Et faire semblant de rire ;
Mais Dieu sait ce que j’endure.
Je ne sais.

Christine de Pisan (vers 1364 – vers 1431)
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Jeannot de Paris, bras ballant,
Va de Montrouge à la Villette.
On lui vend pour truites merlans,
Gratteculs pour mirobolans,
Quignon dur pour miche moufflette.

Son sens ne vaut pas une gimblette,
Son goût vaut une poire blette ;
C’est le modèle des chalands,
Jeannot.

Tous escogriffes, camps-volants,
Dormeuse ou marchand d’amulette,
Astroloc, faiseur de bilans,
Folliculaires pestilents,
Lui font avaler la boulette.
Jeannot !

André Mary (1879 – 1962)
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(rimes et bacchanales -1935)

Tombe la neige !
Triste manège :
Moucher, toussir,
Prendre élixir,
Au lit gésir.

Maint déplaisir
Mon mal rengrège.
Tombe la neige.

Pardonnerai-je ?
Ou hairai-je ?
Je n’ai loisir
De rien choisir.
Sur tout désir
Tombe la neige.

André Mary (1879-1962)
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( in Rimes et bacchanales – 1935 )

Qu’on mène aux champs ce coquardeau,
Lequel gâte (quand il compose)
Raison, mesure, texte et glose,
Soit en ballade ou en rondeau.

Il n’a cervelle ne cerveau.
C’est pourquoi si haut crier j’ose :
” Qu’on mène aux champs ce coquardeau. “

S’il veut rien faire de nouveau,
Qu’il oeuvre hardiment en prose
(J’entends s’il en sait quelque chose) :
Car en rime ce n’est qu’un veau,
Qu’on mène aux champs.

Clément MAROT (1496-1544)
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( in L’Adolescence clémentine, 1532 )