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Ecrits après une visite au Cimetière du Père-Lachaise

Je suivais, tout pensif et sombre, ces allées
Que bordent de milliers de tristes mausolées,
Rêvant l’éternité dont la tombe est le seuil ;
Je voyais la nature elle-même être en deuil :
Les feuilles des rameaux, par le froid détachées,
Voltigeaient sur le sol, jaunes et desséchées.
L’hiver venait, l’hiver et toutes ses rigueurs
Qui glacent le vieillard, les plantes et les fleurs ;
Mais la nature, quand reviendra l’hirondelle,
Au printemps renaîtra plus riante et plus belle.
Accablé par les maux et courbé par le temps,
L’homme, jamais hélas ! ne revoit son printemps.

Clovis Tisserand (1835-1898)


( source Gallica )

Oh ! Paris est la cité mère !
Paris est le lieu solennel
Où le tourbillon éphémère
Tourne sur un centre éternel !
Paris ! feu sombre ou pure étoile !
Morne Isis couverte d’un voile !
Araignée à l’immense toile
Où se prennent les nations !
Fontaine d’urnes obsédée !
Mamelle sans cesse inondée
Où pour se nourrir de l’idée
Viennent les générations !

Quand Paris se met à l’ouvrage
Dans sa forge aux mille clameurs,
A tout peuple, heureux, brave ou sage,
Il prend ses lois, ses dieux, ses moeurs.
Dans sa fournaise, pêle-mêle,
Il fond, transforme et renouvelle
Cette science universelle
Qu’il emprunte à tous les humains ;
Puis il rejette aux peuples blêmes
Leurs sceptres et leurs diadèmes,
Leurs préjugés et leurs systèmes,
Tout tordus par ses fortes mains !

Paris, qui garde, sans y croire,
Les faisceaux et les encensoirs,
Tous les matins dresse une gloire,
Eteint un soleil tous les soirs ;
Avec l’idée, avec le glaive,
Avec la chose, avec le rêve,
Il refait, recloue et relève
L’échelle de la terre aux cieux ;
Frère des Memphis et des Romes,
Il bâtit au siècle où nous sommes
Une Babel pour tous les hommes,
Un Panthéon pour tous les dieux !

Ville qu’un orage enveloppe !
C’est elle, hélas ! qui, nuit et jour,
Réveille le géant Europe
Avec sa cloche et son tambour !
Sans cesse, qu’il veille ou qu’il dorme,
Il entend la cité difforme
Bourdonner sur sa tête énorme
Comme un essaim dans la forêt.
Toujours Paris s’écrie et gronde.
Nul ne sait, question profonde !
Ce que perdrait le bruit du monde
Le jour où Paris se tairait !

Victor Hugo

Dans Paris, il y a une rue,
dans cette rue, il y a une maison,
Dans cette maison, il y a un escalier,
Dans cet escalier, il y  a une chambre,
Dans cette chambre, il y a une table,
Sur cette table, il y a un tapis,
Sur ce tapis, il y a une cage ;

Dans cette cage, il y a un nid,
Dans ce nid, il y a un œuf,
Dans cet œuf, il y a un oiseau.

L’oiseau renversa l’œuf,
L’œuf renversa le nid,
Le nid renversa la cage,
La cage renversa le tapis,
Le tapis renversa la table,
La table renversa la chambre,
La chambre renversa l’escalier,
L’escalier renversa la maison,
La maison renversa la rue,
La rue renversa la ville de Paris.

Paul Eluard (1895-1952)

Un amas confus de maisons,
des crottes dans toutes les rues,
Ponts, églises, palais, prisons,
Boutiques bien ou mal pourvues ;

Force gens noirs, blancs, roux, grisons,
Des prudes, des filles perdues,
Des meurtres et des trahisons,
Des gens de plume aux mains crochues ;

Maint poudré qui n’a point d’argent,
Maint homme qui craint le sergent,
Maint fanfaron qui toujours tremble,

Pages, laquais, voleurs de nuit,
Carrosses, chevaux et grand bruit,
C’est là Paris. Que vous en semble ?

Paul Scarron (1610-1660)
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source Gallica : cliquez ici

Dedans Paris, ville jolie,
Un jour, passant mélancolie,
Je pris alliance nouvelle
À la plus gaie demoiselle
Qui soit d’ici en Italie.

D’honnêteté elle est saisie,
Et crois (selon ma fantaisie)
Qu’il n’en est guère de plus belle
Dedans Paris.

Je ne la vous nommerai mie,
Sinon que c’est ma grande amie ;
Car l’alliance se fit telle
Par un doux baiser que j’eus d’elle,
Sans penser aucune infamie,
Dedans Paris.

Clément Marot (1496 – 1544)
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( in L’Adolescence clémentine, 1532 )