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Que me veux-tu, chère fleurette,
Aimable et charmant souvenir ?
Demi-morte et demi-coquette,
Jusqu’à moi qui te fait venir ?

Sous ce cachet enveloppée,
Tu viens de faire un long chemin.
Qu’as-tu vu ? que t’a dit la main
Qui sur le buisson t’a coupée ?

N’es-tu qu’une herbe desséchée
Qui vient achever de mourir ?
Ou ton sein, prêt à refleurir,
Renferme-t-il une pensée ?

Ta fleur, hélas ! a la blancheur
De la désolante innocence ;
Mais de la craintive espérance
Ta feuille porte la couleur.

As-tu pour moi quelque message ?
Tu peux parler, je suis discret.
Ta verdure est-elle un secret ?
Ton parfum est-il un langage ?

S’il en est ainsi, parle bas,
Mystérieuse messagère ;
S’il n’en est rien, ne réponds pas ;
Dors sur mon coeur, fraîche et légère.

Je connais trop bien cette main,
Pleine de grâce et de caprice,
Qui d’un brin de fil souple et fin
A noué ton pâle calice.

Cette main-là, petite fleur,
Ni Phidias ni Praxitèle
N’en auraient pu trouver la soeur
Qu’en prenant Vénus pour modèle.

Elle est blanche, elle est douce et belle,
Franche, dit-on, et plus encor ;
A qui saurait s’emparer d’elle
Elle peut ouvrir un trésor.

Mais elle est sage, elle est sévère ;
Quelque mal pourrait m’arriver.
Fleurette, craignons sa colère.
Ne dis rien, laisse-moi rêver.

Alfred de Musset, Poésies nouvelles

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Ce matin, triste et seule,quand j’ai rouvert mon livre
Il était plein de fleurs et de plumes d’oiseaux;
Rappelez-vous nos jeux parmi les grands roseaux,
Et le temps où deux mots de vous me faisaient vivre.

Près de l’étang fleuri vous me laissiez vous suivre,
Nous prenions pour signets les feuilles de bouleaux,
Et nous allons pêcher dans le fond des îlots.
Ou causer dans les foins dont le senteur envivre.

Loin de vous,dans les bois, j’allais aussi m’assoir
Rêvant à des sonnets que j’achevais le soir,
Pensant à des baisers comme on pense à des crimes.

Hélas! tout mon bonheur est parti par lambeaux;
Je n’aime plus ces vers que je trouvais si beaux
N’ayant plus vos grands yeux où je recherchais mes rimes.

Amédée Pigeon (1851 e –  1905)

“Les deux amours. Poésies”. 1876   (Alphonse Lemerre, éditeur)

 

Amédée Pigeon a collaboré à la Gazette des Beaux-Arts où il a donné des articles sur l’art allemand et sur l’art anglais, eu au Figaro. Il la publié u volume de poèmes, Les Deux Amours (1876), deux romans, La Confession de Madame de Weyre (1886), Une Femme jalouse (1888); un ouvrage sur l’Allemagne, L’Allemagne de M. de Bismarck (1885), etc.

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Emblème de la nuit, ta fleur rougeâtre et sombre,SONY DSC
Géranium, attend la nuit pour embaumer.
Ton parfum hait le jour et se répand dans l’ombre.
Oh ! dites, dites-moi, vous qui savez aimer,
Dieu, comme cette fleur, n’a-t-il pas fait votre âme ?
N’est-il pas vrai qu’à ceux dont le cœur est de flamme
Le monde et la clarté sont toujours importuns ?
Et n’est-ce pas la nuit, et sous l’œil solitaire
De la lune voilée, amante du mystère,
Que l’amour doit sur nous épancher ses parfums ?

Alphonse de LAMARTINE

(Œuvres posthumes – 1845)

 

Ô douces fleurs silencieuses,
patience et toute bonté,
ô pucelles très gracieuses,
salut en grande humilité !

Modèles de bénignité,
charitables, officieuses,
Ô douces fleurs !

Vous qui gardez, dévotieuses,
la divine immobilité,
quand vous mourez, délicieuses,
c’est en odeur de sainteté,
Ô douces fleurs !

Andre Mary (1879 – 1962)
– – –
La Petite Illustration” No. 786 –

Poesies : No. 8, 22 Aout 1936