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Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe,
Lune pareille au cygne et l’autre à la colombe,
Belles, et toutes deux joyeuses, ô douceur !
Voyez, la grande soeur et la petite soeur
Sont assises au seuil du jardin, et sur elles
Un bouquet d’oeillets blancs aux longues tiges frêles,
Dans une urne de marbre agité par le vent,
Se penche, et les regarde, immobile et vivant,
Et frissonne dans l’ombre, et semble, au bord du vase,
Un vol de papillons arrêté dans l’extase.

(La terrasse, près d’Enghien, juin 1842)

Victor Hugo (1802-1885)
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( in Les contemplations, livre I, Aurore, III )

Je t’aime parce que tu m’aimes, soeur gentille,
Parce que dans ce monde où je me sens errer
Je n’ai que toi pour bien et pour toute famille,
Et parce que je n’ai que ton sein pour pleurer.

Je t’aime parce que notre si bonne mère,
De sa tombe où sur nous son regard veille encor,
M’a fait de bien t’aimer une loi qui m’est chère,
Et que ton amour seul de jour en jour plus fort
Mêle quelque douceur au regret de sa mort.

Je t’aimerai toujours pour que tu sois heureuse,
Et, si nous le pouvons, dans un commun accord
Nous braverons les vents et la mer orageuse ;
Ensemble nous viendrons voguer au même bord,
Et nous nous trouverons ensemble dans le port.

Germain Nouveau (1851-1920)