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Ecrits après une visite au Cimetière du Père-Lachaise

Je suivais, tout pensif et sombre, ces allées
Que bordent de milliers de tristes mausolées,
Rêvant l’éternité dont la tombe est le seuil ;
Je voyais la nature elle-même être en deuil :
Les feuilles des rameaux, par le froid détachées,
Voltigeaient sur le sol, jaunes et desséchées.
L’hiver venait, l’hiver et toutes ses rigueurs
Qui glacent le vieillard, les plantes et les fleurs ;
Mais la nature, quand reviendra l’hirondelle,
Au printemps renaîtra plus riante et plus belle.
Accablé par les maux et courbé par le temps,
L’homme, jamais hélas ! ne revoit son printemps.

Clovis Tisserand (1835-1898)


( source Gallica )

Le noir roc courroucé que la bise le roule
Ne s’arrêtera ni sous de pieuses mains
Tâtant sa ressemblance avec les maux humains
Comme pour en bénir quelque funeste moule.

Ici presque toujours si le ramier roucoule
Cet immatériel deuil opprime de maints
Nubiles plis l’astre mûri des lendemains
Dont un scintillement argentera la foule.

Qui cherche, parcourant le solitaire bond
Tantôt extérieur de notre vagabond –
Verlaine? Il est caché parmi l’herbe, Verlaine

À ne surprendre que naïvement d’accord
La lèvre sans y boire ou tarir son haleine
Un peu profond ruisseau calomnié la mort.

– – –
Stéphane Mallarmé (1842-1898), in Les Poésies de S. Mallarmé, (1899)

(source Gallica)