Ligne Imaginaire

By Mar_eli

Dimitris P. Kraniotis

Fumées
des cigarettes
et tasses
pleines de café,
à côté
de la ligne imaginaire,
sur la quelle la vitesse
des mots
s’ appuie
et envoie un signale
à mon silence
blessé.

Νοητή Γραμμή

Καπνοί
από τσιγάρα
και κούπες
γεμάτες καφέ,
δίπλα
στη νοητή γραμμή,
που η δίνη
των λέξεων
ακουμπά
και γνέφει
τραυματισμένη
τη σιωπή μου.

ILLUSIONS

Des rides muettes
sur notre front
les limites de notre histoire,
jettent de petits regards
à de petits poèmes d’Homère.
Des illusions
pleines de consciences
libèrent
des murmures blessés
qui sont devenus l’écho
dans des grottes lumineuses
des bêtes et des innocents.

Ψευδαισθήσεις

Βουβές ρυτίδες
στο μέτωπό μας
τα σύνορα της ιστορίας,
ρίχνουν κλεμμένες ματιές
σε στίχους του Ομήρου.
Ψευδαισθήσεις
γεμάτες ενοχές
λυτρώνουν
τραυματισμένους ψίθυρους,
που έγιναν αντίλαλοι
σε φωτισμένες σπηλιές
ανόητων κι αθώων.

LES IDÉAUX

Des montagnes enneigées,
des monuments anciens,
le nord qui nous signe,
la pensée qui coule,
des images mouillées
par les hymnes de notre histoire,
des mots épigraphiques
faits par des idéaux géométriques.

Ιδανικά

Βουνά χιονισμένα,
μνημεία αρχαία,
βοριάς που μας γνέφει,
σκέψη που κυλά,
εικόνες βαμμένες
με ύμνους ιστορίας,
λέξεις επιγραφών
με ιδανικά γεωμετρίας.

Ligne Imaginaire (ISBN : 960-90107-1-7, Larissa, Grèce, 2005)

(c) Dimitris P. Kraniotis
Avec l’aimable autorisation de l’auteur

Notice biobiblio

Dimitris P. Kraniotis est un poète Grec né le 1966 à Stomio, une ville près de la mer à la Grèce centrale. Il a fait des études à la Faculté de Médecine de l’Université de Thessalonique. Il est devenu pathologue spécialiste et travail à Larissa, Grèce. Il est President de la Société Mondiale des poètes (WPS) et Sous-President de l’Union des écrivains et poètes de Larissa. Il a publié trois sélections poétiques :
Des Traces (1985)
Des Visages Céramiques (1992)
Ligne Imaginaire (2005)

ŒIL DE VERRE

By Mar_eli

Elle était très laide et me regardait
D’un seul œil
– mais tout le visage en portait la marque –
Il n’y avait que cette affreuse bille bleue que je vois encore
Quand sur le sable de sa tombe déjà oubliée J’écris son nom :
Brigitte.
Pourtant, elle était bonne, et d’une main tendre
Me guidait.
Toujours elle jouait, et me consolait
Quand je pleurais.
Dans l’ombre du lac elle disparut un soir.
Sa main ruisselant, je la vois encore
Quand sur le sable de sa tombe déjà oubliée
J’écris son nom :
Brigitte.
Au matin, on la trouvera, noyée.
Le soleil doré,
Heureux, jouait sur la passerelle.
Tout cela je le vis.
(Plus tard, quand je fus homme, on me dit
qu’elle aimait votre valet qui, d’elle, se moquait…)
Personne alors ne vint me consoler, je m’en souviens encore
Tandis que sur le sable de sa tombe déjà oubliée
J’écris son nom :
Brigitte
Brigitte.


P. Mustapää  (Martti Haavio) (1899 – 1973)

 

Le Tiroir

By Mar_eli

Mon armoire ma maison
En ce lieu si lointain où toujours je demeure
J’ouvre le vieux tiroir dont le coulisseau pleure
Tous les amis sont là endormis côte à côte
Chacun lance à mon coeur sa musicale note

Une histoire les saisons

J’ouvre le vieux tiroir dont le coulisseau pleure
Viennent la montre bleue qui chantonnait les heures
La vedette de bois à l’orange carène
Les yeux déboutonnés le petit ours en laine

L’écritoire les brouillons

Tous les amis sont là endormis côte à côte
La moire des paquets scintille près des bottes
Le sapin de plastique allongé d’une flèche
A des guirlandes d’or au dessus de la crèche

Les images les santons

Chacun lance à mon coeur sa musicale note
Bonjours rires soleils montent entre les hôtes
La table et son fumet me font lever la tête
Dans le riz safrané s’envolent les fourchettes

Les visages l’horizon

Hier est un présent quelquefois qui s’ignore
Pour moi je l’ouvrirai par un tiroir sonore
Et je garde ce temps délivré de toute heure
En ce lieu si lointain où toujours je demeure

Ma mémoire ma raison.

copyright 1997 Domi Perez

Soleil et Mur

By Mar_eli

Le disque du soleil est un mur blanc de givre,
froid est le mois de mai.
Les oiseaux, les feuilles sur mes yeux circulent,
inaperçus, à leur gré.
Je ne les vois que partis au loin,
dérobés au-delà d’une image immuable
cachant un instant
l’oiseau qui survient
et marche sur mon regard.
Je n’éprouve que l’absence,
je suis aveugle à la vie,
nul n’entre ivre dans mon cœur,
sauvage et nu, mâchant des flammes,
secouant mes obscures fondations.
Toi, prends mon grand savoir,
prends ce que je crois mien,
ma froide certitude et mes victoires inutiles,
arrachent de mon front les chaines de la couronne,
salaire des beaux combats,
et donne-moi un brin de paille pour ma défaite,
pour ma soif un grain de sel,
une pierre pour ma faim,
pour la force de mon âge un sentier où je trébuche,
et que je puisse tout serrer sur ma poitrine,
boire la douleur
de celui qui reste sans larme,
indigne de les nommer frères.

Paul La Cour (1902-1956)
– – –
Une Demi Siècle de Poésie La maison du poète 2, 158 Rue de la Lune, Dilbeek, Copyright 1954 by “La Maison du Poète”, Dilbeek

 

Maître, éteins la chandelle, les temps sérieux sont à la porte.
De nuit plutôt compte les étoiles, gémis pour la jeunesse.
Ta parole indocile pourrait s’arracher de sa laisse.

Plante l’oignon dans ton potager, fends le bois, débarrasse le grenier.
Il est mieux que personne ne remarque tes yeux étonnés.
C’est ton métier : tu ne peux rien taire.

Si tu n’y résistes pas et une nuit reprends la plume,
maître, sois raisonnable, ne t’occupe pas de prophéties.
Tente de noter le nom des étoiles.

Les temps sont sérieux, on ne pardonne rien à personne.
Seuls les clowns savent comment s’en tirer :
ils pleurent ayant envie de rire et ils rient quand de pleurs
leur visage est déchiré.

Slavko Mihalić (1928-2007)

(traduit du croate par Vanda Miksic)

Extrait du website :www.amb-croatie.fr/culture/salonpoesie2002.htm

Je vis
avec mon
assassin
dans le même cercle,
dans la même heure.
Il appelle ce monde sien.
Je fais de même…
Nous voilà assis – à trois avec le mensonge
qui nous embrasse
comme une amante commune.
Remplit nos verres…

– A ta santè ! –
dit mon assassin.

Et ses yeux brillent
comme d’énormes diamants.
Une petite larme s’en détache
et tombe dans le verre…
– A la tienne ! –
dis-je.

Et je bois.
Pourtant, je sens comment ce vin coule de ma plaie,
comme sur ma poitrine il colle,
et sur ma chemise apparaît
un rouge fantôme…
Terrifié, l’assassin tourne les yeux vers moi.
Il se met à crier
qu’il manque d’air.
Il me demande une goutte de passion.
Et il caresse
ma main
pourrissante.
Je jure
que je n’ai pas mal.

Le mensonge sourit, indulgent.
Et l’autre écoute, stupéfait.
– Et encore –
dis-je,
la mort, en général, n’est pas terrible.

Il est terrible
d’être trahi par un ami
très pur,
pur comme le cristal
limpide…

Mais le plus terrible, c’est
de tout accepter résigné
et d’embrasser ses ennemis.

Lyubomir Levtchev

Adapté par Pierre Seghers
Poèmes Choisis, copyright : Messidor, 1989


TRAVELLING

By Mar_eli

Les nuits succèdent aux nuits
et chaque nuit tu t’en retournes seul
tu as comme l’impression de marcher
sur le clavier d’un orgue électrique
pas à pas sans trop te hâter
et même pas ivre

des voix te parviennent
il règne un tel silence
qu’elles te semblent proches
mais la seule lumière
encore allumée à cette heure
c’est de l’autre côté du pont
qu’elle vacille

tu marches depuis des heures
tu n’as jamais aimé la nuit
sauf chez toi à ta fenêtre
tu n’as jamais aimé la nuit
mais tu voudrais reculer
le matin qui déjà s’en vient
hésitant dans les grelots
d’un cheval et la voix
du laitier qui passent
mais ils t’ignorent
totalement invisible
que tu es comme
tous tes semblables

tu penses à ta femme
sans parvenir à l’imaginer
et en ce moment précis
c’est comme si tu avais déjà
oublié complètement son visage
après à peine trois mois d’absence

les premiers trains de l’aube
les visages blancs
les bouches qui se taisent
et les pas qui se hâtent
font renaître en toi
pendant quelques furtives secondes
la basse d’Eberhardt Weber
et le jeu traînant
un peu égaré même
de Ian Garbarek

mais aucun sentiment
aucune tristesse rien
n’animent encor tes traits
tu as les yeux figés
et les muscles de ton visage
sont tendus comme vers un but
qui te serait encore inconnu

et qui le sera longtemps encor
et peut-être même toujours
puisqu’en ce moment précis
tu te rends compte
que tu es devenu
partie intégrante du paysage
immobile presque dans
le travelling de l’aurore

copyright 2003 Jean-Marie Flemal
Avec l aimable autorisation de l’auteur

 

des regards qui se croisent
mon cœur qui bat
des mains qui se touchent
mon cœur qui combat
des lèvres qui se trouvent
mon cœur qui éclate
perdu l’un dans l’autre
mon âme aux nues

***

HERZANFALL

blicke die sich kreuzen
mein herz das schlägt
hände die sich berühren
mein herz das sich wehrt
lippen die sich finden
mein herz das zerspringt
einer im anderen verloren
meine seele in den wolken

© Viola Voß

Avec l’aimable autorisation de l’auteur