Uruquay

Encore frissonnant
Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Épargne encore un peu
Ce que j’ai de nocturne,
D’étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

Jules Supervielle, tiré de ‘La Fable du monde’ (1938)

Source:  Youtube “Gilles-Claude Thériault”

Si la vida es amor, bendita sea!
Quiero más vida para amar! Hoy siento
Que no valen mil años de la idea
Lo que un minuto azul del sentimiento.

Mi corazon moria triste y lento…
Hoy abre en luz como una flor febea;
La vida brota como un mar violento
Donde la mano del amor golpea!

Hoy partio hacia la noche, triste, fría
Rotas las alas mi melancolía;
Como una vieja mancha de dolor
En la sombra lejana se deslíe…
Mi vida toda canta, besa, ríe!
Mi vida toda es una boca en flor!

***

Explosion

Si la vie est amour, bénie soit-elle!
Je veux plus de vie encore pour aimer! Car je sens
que mille ans de l’idée ne valent pas
une minute azurée de sentiment.

Mon coeur s’étiolait triste et dolent…
Aujourd’hui, fleur de Phébus, il s’ouvre en lumière;
la vie éclate comme une mer violente
par la main de l’amour meurtrie!

Aujourd’hui s’en est allée vers la nuit, triste et froide,
ailes brisées, mon humeur chagrine;
telle une vieille tache de douleur
dans l’ombre lointaine elle se dissipe…
Ma vie toute chante, caresse, rit!
Ma vie toute est une bouche en fleur!

(El libro blanco)

Delmira Agustini (1886 – 1914)

Source: Poésie uruguayenne du XXe siècle 1998
Edition bilingue – Patiño – Unesco
Renard, Marilyne Armande (trad.)

***

English –Translation by Valerie Martínez

If life were love, how blessed it would be!
I want more life so to love! Now I feel
A thousand years of ideas are not worth
One blue minute of sentiment.

My heart was dying slowly, sadly…
Now it opens like a Phoebean flower:
Life rushes forth like a turbulent sea
Whipped by the hand of love.

My sorrow flies into the night, sad, cold
With its broken wings;
Like an old scar that continues to ache–
In the distant shade it dissolves…
All my life sings, kisses, laughs!
All my life is a flowering mouth!

 

Source: Youtube Liliana Varela

I live, I die, I burn, I drown
I endure at once chill and cold
Life is at once too soft and too hard
I have sore troubles mingled with joys

Suddenly I laugh and at the same time cry
And in pleasure many a grief endure
My happiness wanes and yet it lasts unchanged
All at once I dry up and grow green

Thus I suffer love’s inconstancies
And when I think the pain is most intense
Without thinking, it is gone again.

Then when I feel my joys certain
And my hour of greatest delight arrived
I find my pain beginning all over once again.

Delmira Agustini (1886 – 1914)

Unique Poème

By Mar_eli

María Eugenia Vaz Ferreira (1875 – 1924) 

Mer sans nom et sans rivages,
j’ai rêvé d’une mer immense,
infinie, mystérieuse
comme l’espace et le temps.

La mort, mère sans âge de la vie,
remontait le mouvement de ses vagues,
mais elle cessaient
dans l’instant qu’elles repaissaient.

Que de naître et de mourir
au sein de la mort immortel !
Jouant à berces et tombes
la Solitude était là…

Soudain un oiseau errant
traversa l’étendue marine ;
« Chohé..Chohé… », répétait
sa plaintive tache mouvante.

Il s’abîme dans le lointain
égrenant « Chohé..Chohé… »
Je m’éveillai alors et sur les flots
je me repris une fois encore à voler.

(La isla de los cánticos)

Poésie Uruguayenne du XXe Siècle Édition Bilingue Maryline-Armande Renard, PATINO/

Éditions UNESCO© copyright 1998 by Éditions Patino, Genève (Switzerland)ISBN Unesco 92-3-003492-4