Salvador

ça ne nous va pas, nous les fous, d’avoir un nom.

Les autres êtres
portent leurs noms comme des habits neufs,
les balbutient pour fonder des amitiés
et les font imprimer sur des petits cartons blancs
qui passent ensuite de main en main
avec cette gaieté des chose simples.

Ah ! la gaieté qui montrent les Alfred, les Antoine,
les pauvres Jean et les Serges sombres,
les Alexandre au parfum de mer !

Tous ils déploient du fond de leur gorge qui chante
leurs nom enviables comme de bannières de guerre,
leurs noms qui restent, qui résonneront sur la terre
quand eux seront carcasse et que dans l’ombre…

Ah ! mais les fous, seigneur, nous les fous
qui tant oublions, nous qui étouffons,
nous pauvres fous qui confondons jusqu’au rire
et qui trouvons à pleurer au coeur de la gaieté,
comment faire pour les traîner, ces noms,
les choyer,
les polir comme des bestioles d’argent,
nous qui voyons, à jamais sans sommeil,
pour qu’ils ne se perdent pas dans la poussière qui nous flatte
et nous hait ?

 

LOS LOCOS

A los locos no nos quedan bien los nombres.

Los demás seres
llevan sus nombres como vestidos nuevos,
los balbucean al fundar amigos,
los hacen imprimir en tarjetitas blancas
que luego van de mano en mano
con la alegría de las cosas simples.

¡ Y que alegría muestran los Alfredos, los Antonios
los pobres Juanes y los taciturnos Sergios,
los Alejandros con olor a mar !

Todos extienden desde la misma garganta con que cantan
sus nombres envidiables como banderas bélicas,
sus nombres que se quedan en la tierra sonando
aunque ellos con sus huesos se vayan a la sombra.

Pero los locos, ay señor, los locos
que de tanto olvidar nos afixiamos,
los pobres locos que hasta la risa confundimos
y a quienes la alegría se nos llena de lágrimas,
¿ Como vamos andar con los nombres a rastras,
cuidándolos,
puliéndolos como mínimos animales de plata,
viendo con estos ojos que ni el sueño somete
que no se pierdan entre el polvo que nos halaga y odia ?

ROQUE DALTON (1935-1975)

Envoyé par Alliance Française El Salvador

Traduit par MARIA POUMIER, MAI 2002
Poésie Salvadorienne du XXe Siècle, édition bilingue