Québec

Ah ! quel voyage nous allons faire
Mon âme et moi, quel lent voyage

Et quel pays nous allons voir
Quel long pays, pays d’ennui.

Ah ! d’être assez fourbu le soir
Pour revenir sans plus rien voir

Et de mourir pendant la nuit
Mort de moi, mort de notre ennui.

Hector Saint-Denys Garneau (1912-1943)
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( in Regards et jeux dans l’espace – Poésies Complètes, Fides, Montréal 1972 )

Un soir, elle était là, rêveuse à mes côtés ;
Le torrent qui grondait nous lançait son écume ;
Son oeil d’azur jetait ses premières clartés ,
Comme un jeune astre qui s’allume !

Sa main touchait ma main, et sur mon front brûlant,
Ses cheveux noirs flottaient ; je respirais à peine…
Et sur mes yeux émus je sentais en tremblant
Passer le vent de son haleine !

Mon Dieu, qu’elle était belle ! et comme je l’aimais !
Oh ! comme je l’aimais, ma Louise infidèle !
Infidèle ! que dis-je ? … Elle ne sut jamais
Que je me fus damné pour elle !

Louis-Honoré Fréchette (1839-1908)
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( in Mes Loisirs, 1863 )

Certe, il ne faut avoir qu’un amour en ce monde,
Un amour, rien qu’un seul, tout fantasque soit-il ;
Et moi qui le recherche ainsi, noble et subtil,
Voilà qu’il m’est à l’âme une entaille profonde.

Elle est hautaine et belle, et moi timide et laid :
Je ne puis l’approcher qu’en des vapeurs de rêve.
Malheureux ! Plus je vais, et plus elle s’élève
Et dédaigne mon coeur pour un oeil qui lui plaît.

Voyez comme, pourtant, notre sort est étrange !
Si nous eussions tous deux fait de figure échange,
Comme elle m’eût aimé d’un amour sans pareil !

Et je l’eusse suivie en vrai fou de Tolède,
aux pays de la brume, aux landes du soleil,
si le ciel m’eût fait beau, et qu’il l’eût faite laide !

Emile Nelligan (1879-1941)
– – –
( in Poésies complètes, éd. BQ, 1992 )