Portugal

Cinque Heures

By Mar_eli

Mário de Sá-Carneiro (May 19, 1890 – April 26, 1916)

Ma table de Café,
Comme je le chéris…. La coquette,
Toute en marbre poli,
Qu’elle est joli et qu’elle est fraîche !

Avec un siphon vert au milieu,
Et, à côté, les allumettes
Devant mon verre rempli
D’une boisson légère.

(J’ai toujours proscrit les liqueurs,
Les trouvant peu décoratives :
Les sirops ont des couleurs
Plus vives et plus brutales.)

C’est sur elle que je peux écrire
Mes vers argentés,
Au grand étonnement des garçons
Qui me regardent sans comprendre.

Sur elle je pose mes bras
Avec détachement,
Cherchant dans l’air les vestiges
De ma vie passée.

Ou bien, grillant des cigarettes,
– Car cela fait un an que je fume –
J’imagine et je confectionne
Mes petites intrigues bizarres.

(Et si par hazard devant moi
Passe l’éclat d’une jolie femme,
La fumée de ma cigarette
Va l’embrasser, bien entendu…)

L’arrivée d’un nouveau client,
C’est un nouvel acteur sur la scène,
Car mon regard ennuyé
Lui prête aussitôt un rôle.

Et le rouge de ces lèvres
Qu’au fond j’aperçois, si tristes,
Dans ma pensée persiste
Et ne la quitte plus.

Telles sont les futilités
Enfermées dans mon souvenir ;
De ces visions fugitives
Naissent mes plus fortes nostalgies…

(Telle histoire en Or, si belle,
Dans ma vie avorta :
Je fus un héro de roman
Inemployé par les auteurs…)

Dans les Cafés, j’attends la vie
Qui jamais ne vient à moi :
– Je ne suis pas en peine
Du temps qui passe en courant.

Mon but est de passer le temps,
L’idéal qui seul me reste :
Pour moi, il n’est plus belle fête,
Et je ne trouve rien plus beau.

– Cafés de ma paresse,
Vous êtes aujourd’hui – quel honneur !-
Tout mon terrain d’action
Et toute mon ambition

(Paris, septembre 1915)

 

 

L’originale :

CINCO HORAS

Minha mesa no Café,
Quero-lhe tanto…A garrida
Toda de pedra brunida
Que linda e que fresca è !

Um sifão verde no meio
E, ao seu lado, a fosfeira
Diante ao meu copo cheio
Duma bebida ligeira.

(Eu bani sempre os licores
Que acho pouco ornamentais :
Os xaropes têm cores
Mais vivas e mais brutais.)

Sobre ela posso escrever
Os meus versos prateados,
Com etranheza dos criados
Que me olham sem perceber.

Sobre ela descanso os braços
Numa atitude alheada,
Buscando pelo ar os traços
Da minha vida passada.

Ou acendendo cigarros,
– Pois há um ano que fumo –
Imaginário presumo
Os meus enredos bizarros.

(E se acaso em minha frente
Uma linda mulher brilha,
O fumo da cigarrilha
Vai beijá-la, claramente…)

Um novo fregués que entra
É novo actor no tablado
Que o meu olhar fatigado
Nele outro enrede concentra.

E o carmim daquela boca
Que ao fundo descubro, triste,
Na minha ideia persiste
E nunca mais se desloca.

Cinge tais futilidades
A minha recordação,
E destes vislumbres são
As minhas maiores saudades…

(Que história de Oiro tão bela
Na minha vida abortou :
Eu fui herói de novela
Que autor nenhum empregou…)

Nos Cafés espero a vida
Que nunca vem ter comigo :
– Não me faz nenhum castigo,
Que o tempo passa em corrida.

Passar tempo è o meu fito,
Ideal que só me resta :
Pra mim não há melhor festa,
Nem mais nada acho bonito.

– Cafés da minha preguiça,
Sois hoje que galardão ! –
Toto o meu campo de acçã
E toda a minha cobiça.
L’Amant sans Amant Traduit du portugais par Dominique Touati et Michel Chandeigne. Orphée/ La Difference, Copyright E.L.A./ La Difference, 1990