Mexique

Nous sommes brusquement détachés
et nous sommes restés
les doigt tendus comme si une girlande
s’était échappée de nos mains;

les yeux baissés
comme à la vue d’un cristal en morceaux:
le cristal de la coupe en laquelle nous bûmes
un vin délicat et pâle…

Comme si nous nous étions perdus,
nos bras
se cherchent dans l’ombre…Cependant
nous ne nos rencontrons plus!

Dans l’alcôve profonde
nous pourrions aller des mois et des ans,
à la recherche l’un de l’autre,
sans nous trouver…

Jaime Torres-Bodet

(Traduit de l’espagnol par Edmond Vandercammen)

Source: “Un demi siècle de poésie 2” – La maison du poète 1954

Isabel

By Mar_eli

Hoy mi oído oye su voz,
y mis ojos la ven andar
cuando la veo alejarse en el mar
donde no hay lugar para los dos.

Si no la conociera, si no supiera su nombre
Sería feliz como cualquiera, incluso ella con otro hombre.
Y es que si no está, en ella pienso;
y si está, no es conmigo.
fue un solo un segundo, solo un respiro
fue su aroma intenso a mujer que no olvido.

Que me despierta con ansias de querer,
con esas ganas de amar, sin miedo a perder
por lo que nunca fue y será;
con deseos de volver,
porque sé que me amará,
aunque que Isabel nunca me conocerá.

Luis Eduardo Gamero (México)

 

Dormir

By Mar_eli

Ce que j’ai, ami, c’est un profond
désir de dormir…
Sais-tu ? Le Sommeil
est un état de divinité.
Celui qui dort est un Dieu…

Ce que j’ai,
mon ami, c’est un grand désir de dormir-
Le Sommeil est dans la vie le seul monde
à nous, car la veille nous plonge
dans l’illusion commune, dans l’océan
de ce qu’on nomme RÉALITÈ, Eveillés,
nous voyons la terre, l’eau, l’air, le feu,
les créatures éphémères…Endormis,
chacun est dans son monde ;
hermétique, fermé aux yeux étrangers,
aux étrangeres âmes ; chaque esprit file
son propre rêve (ou sa vérité : qui sait !)

Même l’être le plus adoré
ne peut entrer avec nous par la porte
de notre sommeil. L’épouse même,
qui partage ton lit
et l’entend dialoguer avec les fantômes
qui creusent leurs sillons dans ton esprit
tandis que tu dors, ne pourrait,
quelle que fût ton angoisse,
franchir le seuil de ce monde,
de TON MONDE merveilles des ombres.

Oh, bienheureux ceux qui dorment !
Pour eux s’éteint chaque nuit,
avec toute leur douleur, l’univers
quotidien que crée notre esprit.
Comme ils éteignent leur lumière s’éteint le COSMOS.

Le pire châtiment est la veille :
l’insomnie est exil
du meilleur paradis…

…Ne trouble done pas ma paix par tes discours,
ami : tu es savant,
mais mon sommeil l’est davantage…Eloigne-toi !
Je ne veux nulle gloire, nul héritage :
ce que j’ai, ami, c’est un profond
désir de dormir…

Amado Nervo (1870 – 1919)