Maroc

J’AI VU

By PDM

J’ai vu les couleurs de l’ironie
J’ai connu les degrés de la haine
Et j’ai entendu des violons
Qui s’accordaient
Pour la symphonie de la douleur …
J’ai vu une géante araignée
Répandre sa toile sur une ville
Longtemps muette
Longtemps bâillonnée
Longtemps ligotée
J’ai vu la ville
Prisonnière dans une cage d’insouciance …
Seul à seul
Moi et l’ennui
Nous allons à la vente aux enchères
De la rage et de la folie …
De la misère aussi
Jai vu un homme
Assister fièrement au défilé des escargots
J’ai vu un homme
Etouffer sa colère et taire sa plainte
J’ai vu un homme ……Saigner à blanc
J’ai vu un homme
Pénétrer dans le silence …
Seul à seul
Moi et l’ennui
Nous frappons à la porte
Du souvenir mutilé
De l’oubli
De l’amnésie
J’ai vu une femme
Pour des complots de sexe
Prendre un bain
Dans l’urine des crapauds
J’ai vu une femme
Essayer de transformer la réalité
A la recherche d’une consolation
J’ai vu une femme déçue …
J’ai vu une femme ….Epuiser ses larmes
Seul à seul
Moi et l’ennui
Nous luttons
Mais au fond de moi
Des choses se tordent et se déchirent …

J’ai vu un enfant
Surnommé « ordure «
J’ai vu un enfant
Maudire un soleil indifférent
Qui ne réchauffe plus son corps froid
J’ai entendu sa voix qui s’élevait
Puis se taisait , désespérée
J’ai entendu ses cris éclater dans le vide
J’ai vu un enfant
Mourir
Plein de songes , plein d’ espérances …
Seul à seul
Moi et l’ennui
Nous rêvons de changer la ville
En une blague
Un rire
Un cri … électrique

Noureddine Neggaz – poème de son recueil « CHANTS DU CORPS » paru en Mai 2014

J’adore la profondeur et l’ampleur du silence !
Quand il me ceint l’ouïe d’une aura de mystère,
Le vide devient musique et avale les misères
Des heures sans parfums et des fades ambiances.
Je voudrais embrasser les déserts aériens,
Rejoindre les nuages cotonneux et légers,
Voler au ciel bleu ses hauteurs et sa paix
Et m’en faire une paire d’ailes de blanc vélin.
Epouser du silence la transe et les rythmiques,
N’entendre que le chant des vents dans les vallées,
Percevoir de la brise les venues et allers
Sur les flans séduisants de montagnes mystiques.
J’aimerais bien devenir la bergère du silence,
En saisir la jouissance dans ses moments magiques
D’absence d’assonances phoniques ou symphoniques
Cherchant l’harmonie loin des tumultueuses nuisances.
Mon troupeau serait fait de brassées de mutisme,
De belles touffes tressées de lumière et de calme
Que la tranquillité éloigne du vacarme
Des bêlements sonores ignares des aphorismes.
Ma flûte traversière mieux que celle de Pan
Fera vibrer le vent traversier, et ma lyre
Composera des chants avec les fins murmures
Du zéphyr alizé célébrant les amants.

Khadija Elhamrani , Agadir, Samedi 06/10/12 à 21h46.

POÈMES PÉRISSABLES

By PDM

 

Je recueille bout par bout
ce qui subsiste en moi
Tessons de colère
lambeaux de passion
escarbilles de joie
Je couds, colle et cautérise
Abracadabra !
Je suis de nouveau debout
Pour quelle autre bataille ?

Quand le quotidien m’use
je m’abuse
en y mettant mon grain d’ironie
Voici le chat
et voici la souris
Auteur méconnu de dessins animés
je suis

Laver son cœur
le faire sécher
le repasser
le suspendre sur un cintre
Ne pas le replacer tout de suite
dans sa cage
Attendre
la clé charnelle de la vision
l’impossible retour
le dénouement de l’éternité

De cette feuille
dite vierge
que sortira-t-il
Un bouton de seringa
ou une fleur carnivore ?

C’est moi qui tremble

(Copyright © 2004)  Abdellatif Laâbi

(Éditions de la Différence, 2000)

 

Sudique

By PDM

que je crée par la pluie et les éboulis
que je transforme en lait nuptial pour des
noces de torrents(..)
Sudique
percée d’oubli soudain par des troupes ferventes
de poèmes
qui font éclater chaque pierre sous mes pieds
quand mon corps bée
entre des mains bleues
entre les flûtes
Sudique sur un pic miraculeux
couleuvre jeune récitant des piétinements sans histoire(..)
et ces tristes airs d’abandon et de haine
ces crieurs ces goumiers qui traînent
leur vie mortelle
ces Phéniciens ces nus voraces
Sudique de rutilance et de scorpions
sur tes seins enroulés fermes
et ce maudit esclave qui crache dans ton ombre.

(Ce Maroc !, Le Seuil, 1975, p. 29-31)

Mohammed Khaïr-Eddine

 

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Amie !

By PDM

Permettez-moi, amie, de m’adresser à vous,
De vous parler, quoique je n’en sache rien je l’avoue,
De l’héritage d’une génération disparue ;
En vous et moi, et en d’autres, certes réapparu.
Un don ? –On ne dirait plus. Un mal ? –Oui, peut-être.
Telle est la sensibilité, crime qu’on perpètre 
Vis-à-vis du monde, au détriment de nous-mêmes ;
N’a-t-on dit qu’on ne récolte que ce que l’on sème ?
Puis, comme une bougie brûle pour nous illuminer,
On s’épuise pour que l’autre puisse nous éliminer.
Accablés, moroses probablement nous mourrons ;
Pourtant, le paradis, croyez-moi, nous l’aurons.
On nous accuse de fous, de faibles et de givrés,
Il faut le savoir, personne d’entre eux ne dit vrai.
De l’existence, nous pénétrons les profondeurs,
Et de l’univers, nous découvrons la grandeur.
Laissez-les parler, tels sont tous les passagers,
Volubiles, ils s’en souviennent une fois âgés.
Ainsi sommes-nous, sensibles à la réalité,
Tout homme ne l’étant est dénué d’humanité.
Restons pareil, implorons que l’on nous comprenne
Malgré tous ces innombrables doutes qui nous enchaînent.
Et si, enfin, incompris semblons-nous rester,
Il vaut mieux convoiter des spleens les majestés.
Ce ne sont que les paroles d’un homme comme les autres
Qui, fin, a pu deviner ses maux et les vôtres.

BAKA Jaouad
Le Dimanche 07 Novembre de l’an 2010

Baka Jaouad

Je pensais à elle, à nous ; que j’étais morose !
De l’amour jamais je ne cueillerais la rose.
Séant, mon front posé sur ma main incolore,
Je crois avoir touché de la folie les bords.
C’est beau un ciel nocturne grouillant de claires étoiles.
La lune semble me comprendre, de mes peines j’ôte les voiles.

Dur est d’être dans un monde où l’amour n’est amour,
Où l’oubli, gai, habitera les âmes pour toujours.
J’aime une gracieuse fille que je ne peux embrasser ;
Que dois-je faire pour que nos corps puissent s’enlacer ?
À peine j’approche mes lèvres des siennes qu’elles se retirent ;
Suis-je de Tantale au supplice ? Ou dois-je être martyr ?

Je ne sais si c’était rêve ou réalité ;
Je quittai mon corps, surpris, le vis alité.
Je m’envolai, occupai un nuage tout gris,
Joignis la lune ; d’ici-bas ce fut mon abri.
Le chagrin intense ne nous est pas étranger,
Nous parlions d’amour, de passion sans y songer.

Cela fait une éternité, me disait-elle,
Qu’elle se voit éperdue de Titée l’immortelle ;
Elle l’a vue épouser Uranus, fils du Jour,
Qui mourut de mutilation, ô troubadour !
Méfiez-vous de celle que vous aimez ingénu !
Vous finirez par marcher miteux, les pieds nus.

Tendrement seul un poète crédule peut aimer,
Avec ses pensées, il ne fait que blasphémer.
Dieu est amour, vous le savez comme je le sais,
Amour est Dieu, à quoi bon servent ces larmes versées ?
Dites à tout honnête homme qui prétend le connaître
Qu’il est en lui, qu’il n’attend que l’on lui fasse naître.

Celle que vous estimez votre Muse est Circé,
Elle est entourée de poison, de cœurs percés.
Dès qu’aimée, en une autre elle se métamorphose,
Elle vous étale ses épines comme le fait la rose ;
Céleste et capiteuse, on succombe à son charme,
Et, agenouillé, elle vous poignarde par son arme.

Soudain, le soleil la chasse, et part désolée ;
Elle ne m’a pas tout révélé, ô affolée !
Et, mon âme, pareille, plus que jamais agitée,
Réalise qu’un autre rêve vient de la quitter.
Le présent se révèle insupportable, cruel ;
Le futur entre avec ma conscience en duel.

Une larme, aussi gelée que la pluie de décembre,
Soulage ma peine, coule sur ma joue dans un air sombre.
Un autre jour commence, les douleurs sont les mêmes ;
N’a-t-on dit qu’on ne récolte que ce que l’on sème ?
Ô illustre soleil nocturne ! Ô reine du silence !
Je vous prie, bannissez de mes peines les immenses.

©BAKA Jaouad




Avec l’aimable autorisation de l’auteur

B. Jaouada  participé au “Prix de la création littéraire”, un concours de la poésie qui est organisé  au Maroc,  il a eu le 2ème prix.

Yakoute Abdouroihamane
Où rien n’est défunt
Les purs des fruits à gogo
Comme si le tam-tam  résonne le tango.
Un endroit où santé est prospérité
Quel genre de vie sans une priorité
Il est vrai que la mer est capricieuse
Pour y nager la sirène doit  être malicieuse.
Parait-il que tout est science
Naturelle que virtuelle sans perdre conscience
L’œil distrait des beautés d’une vivacité sereine
Arbres sur qui je passe, la lune baptisée reine.


Aux iles de la lune

 

Une étoile, une vie de chacune
Ça m échappe, charmes du jour où je lasse la contemplation
Oh ! Je remonte à la source d une unique constellation.
Quel genre d’espèce a ton humble
Climat ; l’Animal s en comble
De joie;  ces iles où montagne est temple
Vous êtes  si belle, végétation ample.
Tout le monde se procure du désir
Dans vos forets si parfumées, sur ces  marécages
Et sur les  plages de sables fins, on tourne la pag
Devant le muet  plaisir.


Aux iles volcaniques

 

Un regard nostalgique
Ronge l’ordre canonique
Vos paysages, vos plages sont des images
Qui habient mes pensées, ainsi je les rends hommage.
© Yakoute Abdouroihamane

 

Avec l’aimable autorisation de l’auteur

 

 

1-Youssef Al Khal

Hier, je me suis souvenu de votre beau jardin,
Je me suis souvenu de ses feuilles et du chant des pigeons
Et du visage de mon grand-père.
Hier je me suis souvenu de la distance entre le son d’une voix et la cheminée
de ma mère et notre beau réveil.

Hier, je me suis souvenu des mouchoirs sur un marbre éclairé
Et des soucoupes entre deux ciels :
Entre la mort des aimés et la belle pluie
Hier je me suis souvenu des lampes de ceux qui sont partis,
Je me suis souvenu de votre noblesse
Je me suis souvenu d’un fils mince entre deux herbes
Et d’un fil qui déchire ce voile
Je me suis souvenu du chanteur
Et de vos amis égarés
Et j’étais le premier qui s’empresse
Au sein de ma mère.

2- Khalil Haoui

Te voilà trompé par le guide
Et sorti d’un nuage pour aller vers un autre
Tu présentes notre corps
Et tu appelles la mer une plaisanterie
Te voilà heureux
Pour ta mort sur les lettres
Et la mer agitée
Et la chêne détruit la montagne nouvelle
Et secoue dans la nuit
La mer de glaces
Et la paix, le Soufre, le Sel de Sodome
Construisent pour toi le cercueil incrusté de pierres
Te voilà paralysé
La nuit n’a pas allumé en toi le feu de la braise
Ou la braise du jour
Dans la grotte, après les glaces.
Te voilà vivant le soir
Et la nuit et les vagues, et la pluie heureuse
Et l’obscurité du bâtiment
Et la lumière de la cheminée.
Te voilà sortant de Sodome
Et Sodome enfant qui a fermé le buisson vaste
Sodome n’est pas un cimetière.

3- LORKA

Si je t’avais vu mes pieds ne se seraient pas reculés,
Ou ils n’auront pas caché mon visage.
Si je t’avais vu, je n’aurais pas fait ces guerres que
Tu avais aimées,
Si je t’avais vu avant ce dernier adieu
J’aurais été replié sur moi-même comme se replient les feuilles des arbres.
Si je t’avais connu avant ce matin heureux
Je t’aurais donné ma voix que j’aime
Son bel écho
Ou je t’aurais donné une nuit noire
Qui te cache des ennemis
Cependant je ne t’ai pas vu
Pour cela je me contente de lire vos poèmes
Et je me confie à leurs belles métaphores
Toi, poète Qormoti.

4 – MARGE POUR JOSEPH

….Et je dors
Moi, qui se jette
Sur les routes
Et sur les points de lance des bédouins
L’ennui qui plane sur l’âme
Me dégoûte,
Faut-il entrer dans mes temps
D’un trou de la blessure
Ou d’une pierre dans le désert ?
Ou faut-il marcher sur le feu ?
Et mes frères, vont-ils me chercher
Dans le puits
S’ils entendent ma voix dans le désert ?
Vont-ils dire nous sommes revenus
Dans nos mains un habit et un sang et de l’encre ?
Vont-ils dire nous avons oublié
De lui dire
Que son nom est Joseph,
Que son début ressemble à sa fin :
Un voyage,
Une folie,
Une parole.
Alors je serais seul dans le puits
Seul, comme un sang
Comme un sabre,
Comme si je n’étais qu’une montagne d’illusions,
Pour cela qui va m’enseigner tous les noms,
Qui va me parler ou me dire :
Oh Joseph !
Tu es donc :
Un corps
Une prière
Un désert .

©Abderrahmane Bouali

Avec l’aimable permission de l’auteur