Hongrie

J’ai tenté d’expliquer
l’histoire aux pierres
elles se sont tues
J’ai tenté de l’expliquer aux arbres
ils ont penché leurs feuillages

J’ai tenté de l’expliquer au jardin
il m’a souri doucement

L’histoire se compose
de quatre saisons a-t-il dit
le printemps l’été
l’automne et l’hiver

Maintenant c’est l’hiver qui vient

Kanyadi Sandor (1929 -)

Traduits du hongrois par Margit Molnar

Source: http://www.espritsnomades.com/

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Kanyadi Sandor [Image Source]

Tedd a kezed
homlokomra,
mintha kezed
kezem volna.

Úgy őrizz, mint
ki gyilkolna,
mintha éltem
élted volna.

Úgy szeress, mint
ha jó volna,
mintha szívem
szíved volna.

Attila József

traduction française de Francis Combes

Le Printemps des poétes présente Poésies du Monde Anthologie, Seghers

Là sur mon front

Là sur mon front
Pose ta main
Comme si ta main
Était ma main

Serre-moi fort
Comme à la mort
Comme si ma vie
Était ta vie

Et aime moi
Comme à bonheur
Comme si mon coeur
Était ton coeur

“Sur mon destin sois plus tranquille;
Mon nom passera jusqu’à toi:
Quelques soit mon nouvel asyle,
Le tien parviendra jusqu’à moi.
Trop heureux, si tu vis heureuse,
A cette absence douleureuse
Mon coeur pourra s’accoutumer;
Mais ton image va me suivre;
Et si je sesse de t’aimer,
Crois que j’aurai cessé de vivre.”

János Batsányi (1763 -1845) 

Extrait Du Livre “Batsányiné Baumberg Gabriella versei”

 

Miroir

By Mar_eli

George Szirtes

Traduction et adaptation par Jean-Marie Flémal

A. Miroir où nous ne cessons de disparaître. Ces yeux
ne sont pas les nôtres et ne le furent jamais à mesure
qu’ils cherchaient l’autre, l’absent. Elle se maquillait
et j’étais derrière elle, et le soleil sur le mur brûlait de parler,
mais tout ce qu’il pouvait dire, c’était au revoir, au revoir encore.
Et c’était ce qu’il y avait de mieux, la joie de ce qui nouait la gorge.

B. Je t’ai vu derrière moi et je savais que tu regardais. Nous flottions
dans l’air comme des ombres accompagnées de corps, le temps fuyait simplement,
franchissant la porte vers la noirceur du corridor où pendaient les manteaux.
J’ai enfilé le mien et je suis sortie. J’avais des courses à faire et la rue
se déroulait en une sorte de perspective centrale. La vie
était une géométrie, un dessin de lignes issu du crayon d’un architecte.

A. Miroir où tant de choses ont disparu. Vitrines de magasins
regardant à leur tour la circulation, photographies dans l’album
des choses perdues, quasi-radiographie d’os ensevelis sous le trottoir.
Je la regardais partir. Il faisait brumeux, mes lunettes étaient embuées.
Les verres étaient couverts de traces de graisse quand elle a tourné le coin,
directement face au soleil, brusquement. Elle brûlait à cendres.

B. Tu es encore derrière moi. Je me rince les mains dans le bassin.
Je me redresse et t’imagine te rasant, le visage penché vers l’avant,
touchant presque le miroir. J’entends le bruit du rasoir.
Un avion ronronne dans le lointain, par-dessus la haute nuée. Je t’entends
dire je t’aime et me regarde m’écarter de la surface du miroir,
vers l’espace de la pièce, vide maintenant et qui flamboie.

(d’après George Szirtes)

Tükör

A. A tükör, amelyben folyton eltûnünk. Nem a miénk
a szem, sose volt, hiába nézi mindig, hol van
az a másik, aki elveszett. Az arcát festette,
mögötte álltam, a falon a napfény szólni akart,
de mást nem mondhatott : Isten veled, és újra, Isten veled.
És ez volt benne jó, a torokszorító öröm.

B. Láttam, ott állsz, tudtam, hogy figyelsz. Megöleltelek
a levegôben, árnyék test, és múlt az idô, kilépett
az ajtón a sötét elôszobába, a kabátok közé.
Kabátba bújtam. Vásárolni kellett. Az utca képe
a középpontból futott szerteszét. Kemény ceruzával
kihúzott, pontos perspektíva volt az élet.

A. A tükör, ahol annyi minden eltûnt. Kirakat
néz a forgalomra, fényképek az albumban,
veszteségek, aszfalt alatti csontok röntgen-képe.
Láttam, hogy elmegy. Köd volt, a szemüvegem párás.
A lencsén zsíros ujjnyomok, ô meg befordult,
és most már a napba nézett egyenesen. Porig égett.

B. Mindig mögöttem állsz. Mosom a kezem a csap alatt.
Ott állok ; gondolom, borotválkozol, az arcod egészen
a tükörhöz ér. Hallom a borotva zümmögését.
Egy tornyos felhô fölött repülô egyensúlyoz. Hallom,
kimondod : „Szeretlek”, és látom magam is : a tükör
keretébôl a szobába lépek, amely lángol és nincs sehol.

Traduction hongroise – Mesterházi Mónika

Tükör

Mirror

A. Mirror into which we continually disappear. Those eyes
Are not ours, nor have they ever been, the more they have looked
For that other, the missing one. She was putting on make-up
And I was behind her, and sun on the wall was aching to speak
But all it could say was goodbye, and again, and goodbye.
And that was the best of it, the joy of the catch in the throat.

B. I saw you behind me and knew you were watching. We hung
In the air like shadows with bodies, and time was just leaving, going
Out of the door, into the dark of the hall where the coats hang.
I put on my coat and went out. There was shopping to do and the street
Extended itself in a version of central perspective.
Life was geometry, a drawing of lines with an architect’s pencil.

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A. Mirror into which so much has disappeared. Shop-windows
Staring back at the traffic, photographs in the album
Of lost things, almost an X-ray of bones buried under the pavement.
I was watching her go. It was foggy, my glasses had misted.
There were grease marks all over the lens as she turned the next corner
Facing the sun now, directly. She was burning to ashes.

B. You are always behind me. I am washing my hands at the basin.
I stand and imagine you shaving, your face is pushed forward
Practically touching the mirror. I hear the noise of the shaver.
An aeroplane broods in the distance above the high cloud. I hear you
Saying I love you, and watch myself move from the frame of the mirror
Into the space of the room, which is empty and burning.

© 2005 George Szirtes

Avec l’aimable autorisation de l’auteur