Bulgarie

Tic-tac tic-tac la mort glisse sur l’ horloge
glisse en haut tic-tac Dieu a inventé le temps
Dieu a inventé la mort cette mort est inventée
tout la dément tout autour tic-tac tic-tac
sur les vitres le brouillard coule tel un torrent
les épées cruelles du désespoir tranchent l’espace
et son enveloppe gluante tic-tac tic-tac
la veuve maudit sans cesse l’ horloge
à cause de ses yeux de plus en plus vides
à cause de ses mains gisant sur les cuisses
tic-tac tic-tac
la mort est pressée les minutes raccourcissent
le sable s’écoule dans l’au-delà
tic-tac tic-tac
quelqu’un doit arrêter l’ horloge
quelqu’un doit arrêter la mort
qui…

Snezhana Ivanova

Je vis
avec mon
assassin
dans le même cercle,
dans la même heure.
Il appelle ce monde sien.
Je fais de même…
Nous voilà assis – à trois avec le mensonge
qui nous embrasse
comme une amante commune.
Remplit nos verres…

– A ta santè ! –
dit mon assassin.

Et ses yeux brillent
comme d’énormes diamants.
Une petite larme s’en détache
et tombe dans le verre…
– A la tienne ! –
dis-je.

Et je bois.
Pourtant, je sens comment ce vin coule de ma plaie,
comme sur ma poitrine il colle,
et sur ma chemise apparaît
un rouge fantôme…
Terrifié, l’assassin tourne les yeux vers moi.
Il se met à crier
qu’il manque d’air.
Il me demande une goutte de passion.
Et il caresse
ma main
pourrissante.
Je jure
que je n’ai pas mal.

Le mensonge sourit, indulgent.
Et l’autre écoute, stupéfait.
– Et encore –
dis-je,
la mort, en général, n’est pas terrible.

Il est terrible
d’être trahi par un ami
très pur,
pur comme le cristal
limpide…

Mais le plus terrible, c’est
de tout accepter résigné
et d’embrasser ses ennemis.

Lyubomir Levtchev

Adapté par Pierre Seghers
Poèmes Choisis, copyright : Messidor, 1989