Bahreïn

Du bout de la nuit
Tu viens te poser sur mon épaule
Comme un oiseau élu par le petit matin
Je deviens aussi vert que l’éclair
Qui, tel un serment originel,
Rougirait dans la bourrasque
Aiguisant mon appétit de dialogue
Et m’incitant à lâcher les soucis pour les rêves
Le rire du phare jaillit alors des ténèbres immenses.
Tu viens telle une voile
Naviguant sur mes lèvres
Je me déploie comme l’espace qui s’étale en toi
Ton buste se répand sur le jour.
Je suis ce vert ; ma ceinture est un pays
Où les souhaits grisonnent
Et les chants abattent les murs
Tu es dans les branches océanes
La turquoise de mon âme,
La blancheur scintillante de la passion
Tu viens de toutes choses
Des mots que l’oiseau propage dans les geôles
D’une fille du vent bourlinguant ça et là
Du rêve qui s’aventure dans le doute
Tu viens dans toutes choses
Dans la verdure de l’âme enlaçant la fête des saisons
Dans la boue des noces souillant la robe de la mariée
Tu viens.
Quand ta présence devient l’océan
Et mon cœur une voile
Alors, il n’y a plus de rivages.

Ali al-Charqwi 1948 (Manama, Bahreïn)

(Traduction : Antoine Jockey, A. K. El Janabi et Mona Huerta)

Extrait du “Le poème arabe moderne” (Maisonneuve & Larose, 1999) avec la permission de son auteur A.K. El Janabi

Membre de la Société des gens de lettres du Bahreïn et du Groupe de théâtre Awal, Ali al-Charqwi a participé à plusieurs festivals poétiques arabes. Poète prolifique il a écrit une vingtaine de recueils. Sa poésie, abondante en images bien construites, recèle une complexité technique certaine. Elle est ouverte à toutes les expérimentations et se nourrit parfois de contes et de légendes populaires.