Argentine

Il n’y a pas de porte. Tu y es
Et le château embrasse l’univers
Il ne contient ni avers ni revers
Ni mur extérieur ni centre secret.
N’attends pas de la rigueur du chemin
Qui, obstiné, bifurque dans un autre,
Qu’il ait une fin. De fer est ton destin
Comme ton juge. N’attends pas l’assaut
Du taureau qui est homme et dont, plurielle,
L’étrange forme est l’horreur du réseau
D’interminable pierre qui s’emmêle.
Il n’existe pas. N’attends rien. Ni cette
Bête au noir crépuscule qui te guette

Jorge Luis Borges (1899 – 1986)

Quand la clarté s’endort dans son crépuscule, nous nous muons en navigateurs sans horizons et faisons naufrage dans la mer d’un hier sans souvenirs. Ruminant l’oubli, nous découvrons la saveur amère de la mémoire indocile qui, en captivité, renverse la frontière et voit tomber le mur. De l’autre côté du néant, l’insolente calomnie du temps, qui nous endort et nous protège dans l’hiver immortel de la vie.

La Claridad

Cuando la claridad se duerme en su crepúsculo, nos transfiguramos en navegantes sin horizontes naufragando el mar de un ayer sin recuerdos. Masticando el olvido hallamos el amargo sabor de la memoria indócil que, en cautiverio, revoluciona la frontera, ve caer el muro. Tras él la nada, la insolente calumnia del tiempo, que nos adormece y nos arropa en el inmortal invierno de la vida.

Clarity

When clarity falls asleep in its twilight, we change ourselves in navigators without skylines, shipwrecked in the sea of a yesterday with no recollections. Ruminating oblivion, we discover the disobedient memory’s bitter flavour which, in captivity, revolutionizes the border and sees the fall of the wall. Across nothingness, the insolent slender of time lulling and tucking us in life’s everlasting winter.

©2003 Damián Cavallo

Traduction française et anglaise par Jean-Marie Flémal

Avec l’aimable authorisation de l’auteur et traducteur

“Perito Moreno” ©Piotr Schielmann