Lyubomir Levtchev

Je vis
avec mon
assassin
dans le même cercle,
dans la même heure.
Il appelle ce monde sien.
Je fais de même…
Nous voilà assis – à trois avec le mensonge
qui nous embrasse
comme une amante commune.
Remplit nos verres…

– A ta santè ! –
dit mon assassin.

Et ses yeux brillent
comme d’énormes diamants.
Une petite larme s’en détache
et tombe dans le verre…
– A la tienne ! –
dis-je.

Et je bois.
Pourtant, je sens comment ce vin coule de ma plaie,
comme sur ma poitrine il colle,
et sur ma chemise apparaît
un rouge fantôme…
Terrifié, l’assassin tourne les yeux vers moi.
Il se met à crier
qu’il manque d’air.
Il me demande une goutte de passion.
Et il caresse
ma main
pourrissante.
Je jure
que je n’ai pas mal.

Le mensonge sourit, indulgent.
Et l’autre écoute, stupéfait.
– Et encore –
dis-je,
la mort, en général, n’est pas terrible.

Il est terrible
d’être trahi par un ami
très pur,
pur comme le cristal
limpide…

Mais le plus terrible, c’est
de tout accepter résigné
et d’embrasser ses ennemis.

Lyubomir Levtchev

Adapté par Pierre Seghers
Poèmes Choisis, copyright : Messidor, 1989