Harry Martinson

O les servantes dans mon enfance !
Des âmes et des yeux
déserts et sensuels,
ou de poitrines hautes et des hanches puissantes,
chauds monuments hérités des anciens pays de la bure.

Cris et réparties prompts à la fenaison,
psaumes en chœur des servantes dans l’étable ;
rêves à genoux dans les raves ;
lait caillé dans les cruches au bord des champs.
Murmures maussades à propos d’Olga
qui est partie en Idaho.

Pour la plupart, elles restaient aissises, vides,
l’âme pendante ;
mais il en fut aussi des fières : femmes pensivement maternelles,
voix maussadement mélodieuses,
comme un murmure venant du plus profond des contes.

Il en était d’obscures comme des vierges,
avec le châle lourd de légendes
et des grosses questions dans leurs clairs yeux de biche.

L’haleine blanche,
Maria traversait
la scène froide du monde automnal.

Il y avait aussi la servante céleste
qui se lamentait sur sa guitare,
et la négligente qui ne rêvait qu’à danser,
et l’obstinée, la fille à matelots,
celle que l’uniforme attire.

La plus étrange était la nostalgique,
l’ensorcelée des crépuscules d’automne,
prêtresse lourde et morne du séparateur,
qui s’inclinait, qui s’inclinait
sur l’Alfa-Laval rugissant de lait,
le feu de l’âtre
reflété dans ses yeux étonnés.

C’est alors que montait le chant
du terroir ensorcelé
comme un minerai lourd.
Les voix étaient maussades.
Et l’enfant s’étonnait dans son berceau.
Dans son coin le chien de chasse ouvrait un œil.
A jamais n’était-ce pas le chant des paysans,
comme le minerai dans un riche terre ?
Une Demi Siècle de Poésie La maison du poète 2, 158 Rue de la Lune,

Harry Martinson (1904-1978)
Dilbeek, Copyright 1954 by “La Maison du Poète”, Dilbeek