Claes Gill

Comme si tes yeux avaient tout vu :
doucement tu tournes à demi la tête
écoutant de loin une parole qui est dite
quelque part dans l’espace : sur le malheur du cœur,
comme muet il courbe l’arc tendre de ton cou
ar surle pont de se rompre du désir – et voyez !
sur le soir de la fenêtre de clair avril
se dessine indistinct ton profil
la gorge tendue au-dessus du repos de la nuque…

Portrait II

Ainsi je veux te voir :
contre les fraîches épaules du crépuscule
repose ta tête
tendrement comme déferlement de ta robe
en chute douce sur la montagne vieillie
étalée vers le ciel

la blancheur délicieuse de ta gorge
où les souffles amers des houles
montent et sombrent en suavité
un tendre rougeur
de l’éventail de l’oiseau de feu à l’est
caresse ta peau

et le doux arc des bras
contre le cannage des mains
dans les nuages au-dessus des ultimes montagn

le dernier adieu
du souffle glaçant d’une nuit véloce
à travers tes cheveux

Le soleil ! le soleil !
or dévastateur dans le ciel et mer
et lumière contre lumière
de l’abîme de ton œil
– abîme délicieux de tes yeux –

Portrait III

Tu es assise tournée vers le jeu d’ombres et de taches
de soleil dans une mer sombre d’été et blanc rivage.
Au pouvoir de rêves lointoins. Un reflet
de lignes ondulantes de la mer dans le sable
court en bandes de gris sur tes cheveux,
présageant des années qui viennent et restent –
Et mon cœur bat farouchement à cette vue,
car je vois, alors et là – comme en un éclair –
comme ta proche beauté prend
une beauté nouvelle avec de nouvelles années.

Claes Gill (1910 – 1973)

Poésie complètes traduites du norvègien et presentées par Régis Boyer
(Orphee La Difference) copyright E.L.A. La Difference, 1992, pour la traduction