Andre Mary

Ô douces fleurs silencieuses,
patience et toute bonté,
ô pucelles très gracieuses,
salut en grande humilité !

Modèles de bénignité,
charitables, officieuses,
Ô douces fleurs !

Vous qui gardez, dévotieuses,
la divine immobilité,
quand vous mourez, délicieuses,
c’est en odeur de sainteté,
Ô douces fleurs !

Andre Mary (1879 – 1962)
– – –
La Petite Illustration” No. 786 –

Poesies : No. 8, 22 Aout 1936

Ô voyageur, debout ! c’est la diane,
et nous avons dormi de longue-main :
l’heure a sonné de nous tendre la main.
Selle ton bai, je prends mon alezane.

L’un tire au sud, l’autre à la tramontane,
Cueilleras-tu l’épine ou le jasmin ?
Ô Voyageur ?

Pour moi, je crains la nuit sous le platane
plus qu’à midi la poudre du chemin :
serons-nous pas des étrangers demain ?
Tout homme est seul parmi la caravane.
Ô Voyageur !

Andre Mary (1879 – 1962)
– – –
“La Petite Illustration” No. 786 –

Poesies: No. 8, 22 Aout 1936

 

Jeannot de Paris, bras ballant,
Va de Montrouge à la Villette.
On lui vend pour truites merlans,
Gratteculs pour mirobolans,
Quignon dur pour miche moufflette.

Son sens ne vaut pas une gimblette,
Son goût vaut une poire blette ;
C’est le modèle des chalands,
Jeannot.

Tous escogriffes, camps-volants,
Dormeuse ou marchand d’amulette,
Astroloc, faiseur de bilans,
Folliculaires pestilents,
Lui font avaler la boulette.
Jeannot !

André Mary (1879 – 1962)
– – –
(rimes et bacchanales -1935)

Tombe la neige !
Triste manège :
Moucher, toussir,
Prendre élixir,
Au lit gésir.

Maint déplaisir
Mon mal rengrège.
Tombe la neige.

Pardonnerai-je ?
Ou hairai-je ?
Je n’ai loisir
De rien choisir.
Sur tout désir
Tombe la neige.

André Mary (1879-1962)
– – –
( in Rimes et bacchanales – 1935 )